Le départ en  2009

Laetitia & Davide en 2009
Laetitia & Davide en 2009

 

1er septembre 2009, le réveil sonne!

Mes yeux se baladent sur cet appartement complètement vide, légèrement illuminé par les premières lueurs du jour. C’était notre dernière nuit dans notre petit nid douillet. Il est l’heure de dégonfler les matelas, de plier les dernières affaires et de les mettre sur les vélos. Voilà, on est prêt.

  

Ça frappe à la porte. L’heure a sonnée, il est temps de faire place au solennel protocole administratif et de rendre les clés de notre appartement. En quelques minutes on passe du statut de domiciliés à celui de nomades, on se retrouve ainsi sur le pied de notre porte exactement : à la rue. C’est un sentiment étrange et excitant que de ne pas avoir d’attachement, ne pas avoir de maison. On regarde une dernière fois cette porte qui nous est désormais fermée.

 

Une allégresse sereine nous envahit, enfin le moment est arrivé.

Durant des mois, on l’avait parlé, organisé, rêvé, et à cet instant précis il devient finalement palpable, réel, ce départ. 

 

On foule les mêmes rues qu’empruntées tous les matins pendant des années, mais cette fois c’est différent.

C’est le cœur battant la chamade, les yeux éveillés, conscients que demain ils ne reverront pas ces lieux, qu'on avance dans Genève.

A compter de ce jour, chaque matin on cheminera dans des rues inconnues. Chaque jour c’est en direction de l’inconnu qu'on flânera. Plus on se rapprochera de lui et plus on s’éloignera de la terre apprise, cette terre où l'on a grandi. C’est vers l’Est qu’on se dirige, toujours plus à l’Est.

 

Un dernier au revoir à des amis, à la famille , à ces lieux connus. On ne sait pas où la route nous mène, on ne sait pas pour combien de temps.

Ainsi, on est parti. 

 

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Hong Kong, pas que des buildings...

Période de voyage: août - septembre 2010

Comment accède-t-on à la région administrative spéciale de HongKong de la République Populaire de Chine

Aube à Shenzhen
Aube à Shenzhen

Nous sommes à Shenzhen, Chine, très très proches de Hong Kong. Le bus-couchettes que nous avons pris à Yangshuo nous a déposés quelque part sur une grande route, juste avant l’aube. Nous n’avons qu’à continuer sur nos vélos et suivre les indications sur les panneaux que nous allons sans doute aperçevoir sur la route. Il est tôt et encore frais, nous avons toute la journée devant nous pour nous rendre à Hong Kong et trouver ce camping situé au centre ville et en même temps en bord de mer où nous pourrons nous poser pour quelques jours. Nous l'avons trouvé sur google maps donc il doit bien être là à sa place (ne vous marrez pas déjà, nous on y croit aveuglement).

Shenzhen est une très grande ville-frontière chinoise, avec des gros buildings modernes, des belles routes larges et propres, bordées d’espaces décoratifs fleuris. A cette heure-ci la ville dort encore, tout est très calme et paisible, très agréable pour la traverser à vélo.

 

C'est là qu'on va...
C'est là qu'on va...

Nous cherchons en vain des panneaux indiquant la voie pour Hong Kong. Nous demandons aux passants. La réaction des chinois que nous connaissons déjà depuis un moment survient le plus souvent: l'informateur potentiel secoue la tête et s’en fuit pour éviter une situation embarrassante. D’autres nous écoutent sans comprendre ce qu’on veut. Nous tentons de prononcer "Hong Kong" en utilisant des tons différents, ce qui est vraiment important en chinois car le sens change complètement: "Hòng Kòng; Hông Kòng; Hõng Kóng? Hóng Köng! …" rien… Essayons avec le nom chinois car Hong Kong est en cantonnais: Xiang Gang, avec tous les tons aussi mais nous n’arrivons pas à obtenir une seule indication… Inutile de s’énerver avec les chinois en les jugeant d’être peu intuitifs (mais deux occidentaux à vélo à Shenzhen, à quelques km de l’une des mégalopoles les plus populaires d’Asie… où voudraient-ils bien aller?). Nous nous plaignons plutôt de nous-mêmes de souvent se lancer à l’aveugle dans nos aventures. En fait la seule idée que nous avons de ce que nous voulons faire est une envie de mer! plus une photo d’une page google maps avec un point indiquant un camping juste en face de la fameuse Hong Kong Island.

Après quelques tours en ville nous nous débrouillons pour trouver le poste frontière de Lok Ma Chau (eh oui, il faut connaître les noms précis des villages situés à la frontière. Le passage est très simple, en quelques minutes on se retrouve avec un tampon gratuit valable 3 mois! Mais les gardes nous disent qu'on ne peut pas continuer à vélo car il y a un pont à passer interdit à tous sauf aux bus-navettes locaux. Pas de problèmes, on peut mettre les vélos dedans. Mais d’abord il faut faire un billet pour un autre bus et il y en a plusieurs amenant dans des lieux divers et bien sûr nous n'en connaissons aucun. Nous prenons le moins cher en présumant qu’il n’ira pas loin et on pourra ainsi continuer à vélo. Donc après avoir chargé dans la navette, déchargé la navette, chargé dans le bus et déchargé du bus, nous arrivons à Kam Tin.

 

 

 

Comment nous sommes allés à Hong Kong et comment nous en sommes sortis

Dans la région de Hong Kong il y a des autoroutes qui accèdent directement dans différents coins de la ville mais elles sont malheureusement interdites aux vélos. Nous empruntons donc les routes secondaires et passons une petite colline raide recouverte de dense forêt tropicale. Il commence à faire bien chaud et humide, ce qui est assez désagréable comme sensation surtout si on n'y est pas habitué. De l’autre côté nous découvrons une belle vue sur juste un bout de cette mégalopole tentaculaire. Des nombreux gratte-ciel de verre scintillant s’imposent sur un tissu urbain s’étalant même sur les collines environnantes, sans espaces vides . Nous pédalons des km et des km dans cet espèce de hammam qui devient de plus en plus étouffant avant de rejoindre la péninsule de Kowloon et se mettre à la recherche de notre camping.

Voilà... après des heures il nous faut nous l'avouer; il n’existe pas. Que des buildings et du béton ici, jusqu’à la limite de la côte! C’était l’adresse du bureau de gestions des camps de scouts… On y a cru jusqu’au bout. Nous qui voulions dormir dans notre tente dans le cœur d’Hong Kong (à y penser maintenant ça nous semble absurde, je crois que la chaleur de l’été chinois nous a fait perdre la tête) nous nous retrouvons à devoir chercher un autre endroit où passer la nuit. Nous avons le choix entre les fameux multi-ethniques Chungking Mansions ou les hôtels de luxe, ou encore des petits hôtels à heure pas vraiment conçus pour y dormir… Mais en ce jour-ci rien nous va, nous préférons sortir de la ville et pédaler vers Est pour chercher une plage ou un espace camping (il y en a plusieurs) dans les parcs de la région de Honk Kong. Mais cette zone est plutôt hostile aux vélos, nous ne trouvons pas la route, la ville est juste énorme et semble chaque fois nous renvoyer au même endroit. Il commence à se faire tard et nous sommes fatigués mais la ville semble ne pas nous laisser partir. Soudain, nous voyant en difficulté, un monsieur nous vient en aide, il nous conseille d’aller à Sai Kung (là où on voulait aller d'ailleurs) avec un taxi-fourgon qu'il appelle pour nous. Nous voilà sortant de la ville à l'intérieur d'un comfortable véhicule pendant que dehors commence une ordinaire tempête tropicale.

 

 

Comment nous avons connu Wietz, Minette et Kei-Lisa et comment ils nous ont mis sur un kayak et envoyés à la mer

Le taxi nous dépose à Sai Kung, localité de résidence en bord de mer, assez appréciée par les expatriés. Un endroit tranquille et sympa. Il fait sombre, il continue à pleuvoir et nous ne savons toujours pas où passer la nuit. Vaut mieux s’asseoir et manger quelques spécialités cantonaises; j’opte pour des wonton tandis que Laeti opte pour ne rien manger et s’en va explorer les alentours et demander des infos. Apparemment il n’y a pas vraiment de quoi dormir ici…

Assis dans la gargote nous remarquons un grand homme occidental qui passe vers nous pour la deuxième fois. Laeti l’arrête pour lui demander s’il connaît un endroit pour dormir. Le gars (Steve), passionné de vélo, sort le téléphone, appelle un copain qui habite dans le petit village à côté et nous y envoie!

C’est ainsi que Wietz, Minette et leur fille Kei-Lisa nous accueillent avec un grand sourire et nous offrent douche et lit. Nous nous écroulons dans le lit, exténues par cette longue journée.

 

C'est la l'inévitable magique du voyage, des tournures inattendues, des gestes simples mais essentiels qui remettent en questions les valeurs de la Vie, nous font penser à ce qui est vraiment important et nous font sentir vivants. Nous avons traversé des pays avec des cultures très différentes, nos moyens de communications étaient limités, mais la barrière linguistique a été facilement surmontable par un regard dans les yeux, un sourire et une entente tellement naturelle qui fait que nous, les êtres vivants sommes tous reliés. Et la main nous a été tendue quand on en avait besoin, souvent sans rien avoir demander.

Nous avons tellement souvent connus des personnes magnifiques qu'on aurait pu dire qu'elles ont été crées expressement pour nous, et cela au tout hasard ou parce que c'était notre destinée, selon ce que l'on croit.

Avec Wietz & Minette l'entente a été instantanée, ils nous ont ouvert leur porte comme s'il nous attendaient depuis toujours.

 

Nos hôtes parlent Afrikaans, une version de hollandais developpée par les colons qui se sont installés en Afrique du Sud, Namibie et Botswana et Zimbabwe depuis le 17ème siècle. Ils viennent donc de Cape Town, vivent à Hong Kong depuis 3 ans et y travaillent comme vétérinaires. Nous découvrirons vite que nous avons beaucoup de valeurs et passions en commun. Quand nous leur partageons nos intentions d'aller camper dans les plages des territoires presque sauvages de l'Est de la région, ils nous conseillent d'explorer les îles et les plages dans les alentours en kayak plutôt qu'à vélo... ils en ont tout juste un assez grand pour deux personnes et les bagages. Deux jours après nous prenons le large munis de tente, provisions, crème solaire et photocopie d'une carte de la région... Une nouvelle aventure inattendue commence!

 

Mais d'abord...

 

 

... une visite à Hong Kong

Le jour suivant est dédié à une petite visite de Hong Kong et à la demande du visa pour le Vietnam... la suite du voyage.

 

 

Que dire de Hong Kong? Nous ne sommes pas vraiment des fans de grandes villes mais il est difficile de ne pas rester subjugués par le génie mégalomane de l’humain. Parfois on se sent très petit face aux artefices que nous sommes capables de produire… même si cela n’est rien comparé à ce que l’artiste qui est notre Mère Nature a créé sans faire de calculs, sans diplômes et sans marcher sur les pieds des autres. Donc nous voilà au milieu de milliers de tours vertigineuses construites les unes à côté des autres et toutes éclairées la nuit par des spots colorés. Pour se déplacer plus rapidement, on peut utiliser un métro super efficace et serviable avec des panneaux informatifs à mesure d’homme, presque en version "pour les nuls". Les rues sont bourrées d'informations en caractères chinois mais aussi en anglais, des magasins locaux et internationaux comme des 7eleven ; une population parlant souvent aussi anglais très disponible et aimable avec les étrangers et surtout, je dirais, très disciplinée : personne ne traverse la route avec le feu rouge et ils font des queues atteignant quelques dizaines de mètres pour monter dans les bus (y a même des lignes au sol à suivre), sans pousser ou se bousculer… Je ne voudrais pas toucher des sujets tabous mais, décidément, ici ce n’est pas la Chine !

 

Carte du métro avec indicateurs lumineux
Carte du métro avec indicateurs lumineux

D’autres différences avec l’Empire du Milieu? 156 ans sous domination anglaise qui se sentent et se voient très clairement... Un autre système politique, une autre monnaie, un coût de la vie plus élevé, une conduite à gauche (aahh ces anglois…), pas ou beaucoup moins de censure internet, existence de la liberté d’expression et d’autres libertés civiles (et droits de l’homme), …

Les rues fourmillent de tout genre de gens dans un chaos asiatique, hommes d'affaires en costard-cravate, des visages occidenteaux, asiatiques, indiens, moyen-orientales et même africains se mélangent dans la foule, les stands de bouffe "sur le pousse" trouvent leur place entre les boutiques de mode et les revendeurs bon marché, les bâtiments de groupes financiers ou les supermarchés technologiques, les kiosques, les restaurants, les vendeurs de produits de médecine traditionnelle chinoise qui est toujours bien ancrée dans la culture locale...

Finalement nous n'avons pas fait grand chose à part flâner dans Kowloon et Honk Kong Island, sans vraiment prendre des photos, désolés...

 

10 jours en kayak

Sérieux, c'est parti!
Sérieux, c'est parti!

Nous voici prêts pour la grande pagayade, sans entraînement, sans aucune notion de courants marins, des typhons tropicaux, et de comment mener kayak! Nous partons à l'aventure sous un ciel menaçant et revenons 10 jours après super satisfaits de l'expérience. En fait il y a bien eu une alarme typhon pendant ces jours mais il n'est arrivé que plus tard après notre rentrée. La mer était néamoins bien agitée et nous a obligé à une sorte de naufrage sur une magnifique plage frequentée par la jeuneusse de Hong Kong pendant les week-ends. N'étant pas située sur une île, les campeurs se rendent en bus jusqu'en haut de la montagne et rédescendent à pieds, hyper chargés de nourriture et matériel de camping, le chemin bétonné (!?) qui en 40 minutes conduit à la plage appelée Long Ke. Le lendemain, ils jettent tout (vraiment tout!) à la poubelle pour ne pas avoir un sac à dos trop lourd pour la remontée... Grâce à ce phénomène, nous avons pu survivre dans ce lieu pour quelques jours de plus, en jouissant de pommes de terres, sauces au curry, légumes, chips, nouilles, spirales anti-moustiques, charbon, fourches pour grillades et d'autres trésors abandonnés sur place.

Les jours de la semaine, quand tout-le-monde travaille, ces endroits magnifiques sont déserts, sauf quelques rares visiteurs. C'est le paradis pour qui a besoin d'un moment sans interaction sociale, pour qui pète un câble dans le rythme frénétique de Hong Kong ou pour le distrait qui a oublié son maillot de bain :P (nononon va pas chercher dans les photos plus bas...)

Voici le trajet:

 

Et voici quelques photos du kayak trip:

 

Sweet Life in Tai Wan Tsuen

Après 10 jours dans la mer, nous sommes restés dans le petit village de Tai Wan Tsuen, chez Wietz & Minette pour un bon moment, aussi grâce à cette entente particulière qui nous liait depuis les premiers instants. Nous avons partagé beaucoup et une amitié est née de cette rencontre inattendue.

Les activités de ces journées ont été de tout genre mais jamais stressantes: du longboard, de la plage et des cascades, des bons repas, du vin rouge, des longues discussions, de la musique, des sourires et des câlins avec la petite puce Kei-Lisa, des recherches de postes de volontariat pour le futur proche dans le sud-est asiatique (trouvé! les gibbons à Phuket), visite à Hong Kong by night, des typhons impressionnants, notre premier diaporama en public avec tous les potes à Wietz & Minette...

 

Et soudain, le moment de partir est arrivé. Nos parents vont bientôt nous rendre visite à Guilin en Chine, tout est en grande partie organisé. Nous reprenons nos vélos qui ont eu le temps de rouiller un peu à cause du climat particulièrement humide. Cette fois on pédale vers une station de métro qui nous amène directément à Lo Wu, l'autre poste frontière piéton bien plus pratique que celui de Lok Ma Chau.

 

Bye bye Hong Kong, on reviendra un jour car maintenant on le sait: il n'y a pas que des buildings! 

 

 

Un merci du coeur à nos nouveaux amis pour être comme ils sont.


Pour terminer, encore quelques photos:

 

 

... et un bonus test, dites-nous ce que vous en pensez!

 

 

Pour en savoir plus sur Hong Kong et pour voir des belles photos, vous pouvez faire des recherches par vous même, mais pour commencer voici le link wiki: 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hong_Kong

 

 

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Au pays des pandas

Période de voyage: début août 2010

La floraison du bambou

Le bambou d’Asie ne fleurit généralement qu’une seule fois dans sa vie. Il va grandir, il va s’étendre et se répandre pendant environ 30 ans, puis parfois soudainement il va fleurir. Après sa floraison bien souvent il se fane, il jaunit, il se meurt gentiment.


Le voyage que nous avons entrepris n’est pas juste un trajet à vélo, c’est une vie, c’est peut-être un mode de vie quelque peu différent mais il n’échappe pas aux réalités de la vie. Il est fait d’un quotidien avec ses surprises, ses joies et ses tristesses. Lors de notre arrivée à Chengdu ville emblème du panda, la disparation d’un ami très proche nous a tristement été partagée.

 

...

 

 

La décision de prendre un peu de temps avant de reprendre la route a été inévitable et sommes alors demeurés dans une petite auberge de jeunesse. C’est là que nous avons fait la rencontre de Stéphanie et son fils Olivier qui ont égayé nos cœurs. Durant cette semaine nous avons effectués quelques brèves visites telles que la réserve des pandas, mais toutes autres sorties touristiques préalablement envisagées ont été annulées. On donnera nos corps avachis et endoloris aux mains de fers des masseurs chinois traditionnels, douillets s’abstenir !

 

La reprise du voyage fut néanmoins difficile. Reprendre la route dans un mode qu’on peut clairement qualifier d’automate n’est pas très souhaitable. L’itinéraire avait pour but de rejoindre Guilin dans la province du Guangxi afin là-bas d’y organiser la venue de nos familles respectives. Pour cela il fallait donc traverser quelques milles kilomètres en basse altitude, moyenne 200 mètres, en plein mois d’août dans l’une des régions comptée parmi les plus chaudes et plus humides de la Chine.

 

Et on s’est lancés dans cette fournaise, on pédale, on avance, sans réelle motivation et bien que la route ne soit pas des plus intéressantes on tente malgré tout de se laisser éveiller par les beautés qui nous entourent, comme ces porteurs vendant leurs fruits dans le village voisin et pour cela transportent des kilos de pêches sur un balancier fait d’une tige de bambou et de deux paniers en osier aux bouts ; ou encore toutes ces plantes aux tailles inhabituelles, tous ces papillons eux aussi inhabituellement grands virevoltants au gré du vent.

 

Mais il fait chaud, extrêmement chaud, même si l’on interrompt la journée aux heures caniculaires, l’avancée dans ce hammam infesté de moustiques et de ces minuscules « sandflies » est pour ainsi dire quasi insupportable. Autour de nous une végétation dense, des parcelles de terrains cultivées à tout bout de champs, pas un espace n’est libre et laissé à lui-même, ce qui équivaut à ce qu’il n’y a pas un endroit où mettre la tente. Il nous faut donc au coucher du soleil espérer trouver ne serait-ce même qu’un bout de béton sur lequel nous puissions poser la tente, et une fois cet espace identifié il nous faut comprendre à qui il appartient pour enfin essayer vainement de communiquer pendant une heure. L’aboutissement de cette discussion incompréhensible sera toutefois toujours positive, et les chinois nous invitent à dormir sur le lieu choisi. Mais il fait bien souvent déjà noir quand nous le comprenons et c’est, on doit l’avouer, un peu fatiguant.

 

Dans les villages, des émissions radios grésillent des haut-parleurs à un volume perceptible à des kilomètres à la ronde. Par terre à même la route, des maïs sur le sol bitumé sèchent sous le soleil ardent. La Chine rurale, nous avançons à travers elle, car parfois lorsqu’on se retrouve dans les grandes villes chinoises, signe d’une économie croissante, on a tendance à oublier que dans ce pays en plein essor, la population active agricole représente 40%. L’agriculture est l’un des secteurs économiques les plus important du pays et la Chine possède la production agricole la plus importante au monde.


On découvre qu’ici chacun fait son maraîchage, chacun possède son propre potager. Les maisons se ressemblent, noircies par le temps, aux tuiles recouvertes de lichen et de mousse verdâtres. Souvent sur le côté de la porte de ces maisons de pierres sont accrochées des écritures chinoises et des symboles sur fond rouge vestiges du nouvel an chinois; appelants au bonheur, à la chance et la prospérité. Parfois on retrouve aussi des représentations de féroces guerriers empêchant ainsi les mauvais esprits de franchir la porte.

 

Dans les cours intérieurs les familles travaillent sur la dernière récolte, on y voit alors 4 générations réunies tous assis sur ces petits tabourets hauts tout juste d’une vingtaine de centimètres. Des landaus roulent sur des bambous, ou tout simplement suspendus et alors doucement balancés par un geste répétitif d’un pied d’une grand-mère à la tâche. Le bambou est utilisé pour toutes sortes d’usages, tout comme le vélo est quant à lui utilisé par tous les âges. Ce sont parfois des forêts entières de bambous qui nous entourent dont un son assourdissant de cigales s’échappe sans répit pendant des heures.

 

 

 

 

 

L’humidité émanée de la végétation est étouffante. Il est rare de trouver des espaces d’ombres. Il fait chaud… sur le compteur s’affiche 39°.

 

Alors sous un cocktail aux ingrédients tels que : baisse de motivation, de nuit à suffoquer sous une moustiquaire où il fait 32° et pas le moindre filet de vent pour vaciller une brindille, des klaxons à vous faire des cheveux blancs, de la difficulté à trouver un endroit où dormir devenant 1 heure de discussion quotidiennement, à une monotonie du paysage tout cela assaisonné de jambes enflées recouvertes de centaines de pustules purulentes, réaction allergiques à ces sandflies invisibles qui vous bouffent en quelques secondes sous la chaleur torride lors d’un bref moment de repos ; et quand le soir venu ces centaines de piqures brûlent à se gratter jusqu’au sang et que pas un pet de vent et là pour calmer ces démangeaisons alors nous avons décidés de rejoindre la ville la plus proche (Chongqing) pour y prendre un train et nous rendre à Guilin.


Mais trouver cette ville n’a pas été des choses les plus aisées même pour nous voyageurs aguerris que nous sommes. Malgré les panneaux de signalisations, des infrastructures routières optimales et l’aide généreuses des gens… trouver Chongqing aura été digne d’un parcours du combattant toujours dans cette ambiance caniculaire suffocante.

 

Donc après avoir tourné des heures dans une première ville pensant être Chongqing, après avoir reçus divers conseils erronés de passants (rappelons tout de même que nous sommes à la recherche d’une ville de plus de 8 millions d’habitants se situant à moins de 20 km à la ronde), après avoir fait des aller retour sur des routes inachevées et cela toujours sous recommandations de piétons, après avoir tourné en rond et finalement avoir été escortés par deux voitures à l’entrée d’un croisement, après avoir gravis une colline et suivis une route sans aucune indication… après avoir désespérément envisagé que cette ville est fantôme et n’existe pas, nous avons passé sur l’autre versant, pédalé encore une dizaine de kilomètres quand soudain la vue s’offre à nous, des milliers de gratte-ciel, des ponts suspendus, un métro serpentant dans les airs, une ville au relief irrégulier, traversée par une rivière zigzagante, découpant ainsi la ville en diverses parties, le tout déposé sur un ciel bleu embrumé de smog dans des températures avoisinants les 34°, où des millions de véhicules circulent, des millions de gens fourmillent, cette ville semble sorti d’un monde de science fiction dans lequel il ne manquerait plus que les voitures volantes. Et c’est la dedans que nous devons nous aventurer, l’aventure semble ne faire que commencer… Bien évidemment nous ne comprenons pas grand-chose aux indications, ni aux explications, et tant de kilomètres sont encore à parcourir avant de trouver l’auberge de jeunesse, nous interrompons constamment notre avancée afin de s’assurer que nous allons bien dans la bonne direction, car si par malheur on arrive sur la mauvaise colline, passer alors d’une rive à l’autre n’est pas un jeu d’enfants. Mais au bout du compte on s’en sort pas trop mal et arrivons enfin où lit et douche nous attendent sur le bord de la rivière Yangzi.

 

Petite anecdote : En Chine, il est bien rare que les gens répondent à une question par oui ou non. C’est ainsi que si vous demander à un croisement : dois-je prendre la route à gauche ou à droite ? Les gens vont par politesse s’embarquer dans une explication aux mots coulants à flots sans pour autant répondre à votre question. Il va sans dire que cela vient pimenté notre avancée à souhait. Voilà comment en arrivant à Chongqing, nous étions entouré de bien 10 personnes, toutes discutant de quelle route nous devions prendre (alors que nous étions sur l’axe principal) sans répondre à la question qui était : tout droit Chongqing?

 

Le train

C’est organisé dans la chaleur pesante de l’après-midi que nous partons de cette mégapole. Itinéraire clairement identifié, enfin on croit, il y aura tout de même à quelques reprises de brèves hésitations, car ayant un timing bien réglé : un train à prendre, il serait dangereux de s’aventurer sur la mauvaise voix d’autoroute qui nous mènerait à faire un détour pouvant nous retarder de bien plus d’une heure. Donc tout comme ces milliers de véhicules qui se dirigent dans toutes les directions, nous roulons, parmi ce trafic incessant de début de fin de journée, en direction de la gare.

 

 

 

Timing parfait, arrivés à la gare le pneu de Davide explose ! Comme quoi un imprévu est toujours à prévoir. Du coup, nous devenons l’attraction, l’occupation de l’attente pour les chinois. Davide change son pneu vite fait bien fait sur le seuil de la gare sous l’œil attentif d’un public intéressé par la mécanique.

 

Envie d’expérience nouvelle, nous achetons des billets en « hard seat » soit banquettes en bois en 4ème classe. Dans le wagon, il n’y a pas de climatisation, mais on compte sur la fraîcheur de la nuit et sur les vieux ventilos poussiéreux. Nous sommes 3 par banquette, autant dire que c’est serré, surtout qu’il va falloir dormir de la sorte. Mais même pour nos fessiers habitués à rude épreuve, il est difficile de rester ainsi assis des heures sans même avoir l’espace d’étendre les jambes. Collés les uns aux autres vient davantage accentué la chaleur déjà accablante. Nous avons tous des peaux suintantes et dégoulinantes, les habits mouillés et la tête assommée, et dire que nous sommes en début de soirée. La chaleur émanée dans ce wagon, vient décupler les odeurs lourdes qui l’habitent, odeurs de poissons séchés que les gens mangent, de transpiration ou encore de pisse. Il y a ici des familles entières qui voyagent, alors que chez nous ceci semblerait juste inconcevable. Bébés, arrière grand-mères, enfants, tous se partagent sièges étroits et genoux fatigués. Rapidement la nuit tombe, les fenêtres sont ouvertes laisser passer non seulement le bruit sourd du train lent avançant sur les railles mais aussi le vent chaud d’une journée écoulée. Les gens alors sortent leur repas, allant bien évidemment des nouilles bouillantes, repas indispensable lors d’un voyage en train, aux pieds de poulets. Puis l’assommement prend place pour enfin se laisser bercer et verser dans un sommeil léger interrompu constamment, par le bruit, le voisin, les douleurs, la chaleur. C’est les uns sur les autres que nous dormons…

 

Dès le lever du soleil, on commence à sentir ce fidèle soleil qui réchauffe la carcasse du train. Le paysage défile lentement, l’arrivée est prévue pour dans environ 10 heures (la durée totale du voyage est d’environ 20 heures). L’activité matinale se met en place, toilette, déjeuner, discussion. Dans le train il y a toutes sortes de marchands ambulants voulant vous vendre toutes sortes de marchandises inutilement drôles.

 

L’un d’entre eux parviendra a capter l’attention de tout le wagon soit 118 personnes (j’ai compté J). C’est un homme qui veut vendre une serviette capable d’absorber une grande quantité de liquide. Il parle fort, il est rigolo, et il est pour un moment l’occupation qui fait passer le temps. Quand tout à coup, l’indésirable se produit ! Nous sommes en plein après-midi sous un soleil de plomb quand le train tombe en panne. Nous sommes là bloqués, sans un souffle d’air, entassés comme des sardines dans ce wagon en plein soleil… nous cuisons, pas de ventilateurs, juste des bouts de cartons pour tenter de se ventiler soi-même. Nos peaux perlent et mes jambes quant à elles ressemblent dorénavant à des tubes prêt à exploser avec des centaines de pustules purulentes qui suintent, les démangeaisons sont atroces. Une combinaison de chaleur, de nombreuses heures assises, de réaction allergique et le résultat est juste hideux ! Les chinois ne se cachent pas de montrer leur dégout méfiant face à elles.


On attend, on attend… on dégouline… Personne ne sait quand le train va redémarrer, mais on espère au plus vite. Bien une heure s’écoule et par chance on repart, c’est le scénario le moins catastrophique imaginé. Finalement, nous arrivons à Guilin tard le soir.

 

Au milieu des karsts

Prise de température de la ville, visite d’hôtels, recherche d’informations, notre séjour à Guilin est clairement logistique en vue d’organiser l’arrivée de nos parents. En Chine, le système de logements hôteliers est très bien organisé et répertorié. C’est ainsi que nous avons l’avantage à différentes reprises de séjourner dans des auberges de jeunesse non seulement offrant un prix très abordable, mais surtout nous offrons un pied d’attache fort agréable avec souvent des ambiances détendues avec une infrastructure vous invitant à la paresse ou la bière. On s’approprie très rapidement ces lieux devenant notre chez nous. On y rencontre des voyageurs et on échange. Ces « hostel » sont aussi bien pratiques car ils vous donnent le choix de dormir en dortoir à moindre prix si bien évidemment place il y a. Beaucoup de jeunes chinois utilisent ces auberges et cela nous permet de sentir et de voir l’atmosphère « back-packer » locale. On regarde les voyageurs qui vont, qui viennent, qui passent.


Mais la chaleur toujours torride nous fera minimiser nos sorties préférant l’air brassé des ventilateurs. Dans les rues les petites gargotes locales partagent le trottoir avec les salons de massages érotiques, les épiceries ou encore les mécaniciens. Devant les restaurants, des tortues, des grenouilles et bien d’autres animaux attendent vivants dans des bassines d’être servis en plats.

 

Durant la visite de nos parents nous envisageons de passer visiter spécialement un seul endroit, et celui-ci bien que très touristique et impressionnament beau. C’est l’une des destinations les plus fameuses de Chine, spécialement pour les chinois eux-mêmes, c’est Yangshuo. Yangshuo se situe à 70 km au Sud de Guilin. Nous nous y rendons à vélo. La route bien que très fréquentée est belle de part le paysage qui la longe. On découvre tous ces pics creusés par l’érosion il y a de ça des millénaires. Dès la sortie de la ville, rapidement nous retrouvons autour de nous cette Chine rurale, aux terres cultivées de riz, aux buffles d’eau prenant des bains de bous et luisant sous le soleil. L’atmosphère dégagée par ces montagnes aux formes biscornues est tout simplement magique. Des centaines de papillons volent autour de nous, ils sont si grands, si légers. Malheureusement, une grande partie d’entre eux finiront asséchés sur la route après avoir été violemment frappés par une voiture roulant à toute vitesse.

 

En fin de journée nous arrivons à Yangshuo et c’est un tourisme de masse que nous découvrons. Cette petite ville dirons nous pour la Chine, le district compte quelques 250'000 habitants peut recevoir par jour parfois la moitié de ce chiffre en touristes. Toutefois, on comprend vite pourquoi. Le cœur de Yangshuo est, il est vrai, principalement un nid à touristes avec rues piétonnes dans lesquels on trouve de tout, mais toutefois très charmant dans lequel il est possible de contempler malgré tout une Chine authentique. Néanmoins cette petite ville est littéralement entourée de ces splendides et imposantes montagnes et bordée par la rivière Li. Et de plus il faut moins de 5 minutes à vélo pour se retrouver dans le calme total, complètement isolé parmi les petits villages.

 

On savoure durant quelques jours cette ambiance féérique animée par cette folie touristique. On organise le séjour de nos familles. Réservation d’hôtels en poche, idées d’itinéraires en tête et motivation à plus 200% pour aller voir la mer, on embarque dans un bus couchette : direction Hong Kong !


 

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Arrivés en Chine!

Période de voyage: juillet 2010

L'arrivée

Chine, 中国 ! Jusqu’au dernier instant, ce pays tant espéré nous aura fait patienter avant d’enfin nous laisser entrer sur son territoire. D’abord, il y a eu la difficulté d’obtention du visa. Toutes les ambassades depuis l’Azerbaïdjan nous refusaient catégoriquement. Puis lorsque nous étions au Tadjikistan, des frontières fermées à la suite des évènements au Kirghizistan. Et pour finir des bruits couraient à travers les hauts sommets du Pamir que les frontières chinoises fermeraient également pour d’autres raisons, telles que festivité… mais le 30 juin 2010, nous voilà arrivés aux portes occidentales de la Chine, c’est un moment décisif. L’imposante clôture nous sépare encore de cette terre promise. Devant, quelques camions attendent. A l’intérieur il semble que la vie est en suspens. Au delà de la barrière fermée, personne… c’est désert. Nous comprenons que nous aussi devons attendre. Le camionneur chinois en première ligne cherche la communication, celle-ci est plus que bienvenue. Davide, se remémore quelques mots en chinois appris plusieurs années auparavant. L’homme nous explique que pour l’instant tout le pays est en pause déjeuner. Réglé à l’heure de Beijing, alors que nous sommes à 4’500km de là, tout s’arrête !


Nous voici face à cette réalité chinoise, la rigueur d’un pays très centralisé administrativement, qui suit scrupuleusement l’autorité et aux règles établies difficiles à transgresser.

Le vent souffle et le temps tourne, gentiment la pluie arrive et toujours pas un signe de reprise du service de l’autre côté. Généreusement, le camionneur nous invite à patienter à l’abri dans sa cabine. Il nous offre alors toutes sortes de friandises sous vide dont les chinois raffolent. Pour nous qui venons tout juste du Tadjikistan, où il n’était possible de trouver que quelques rares denrées comme des carottes, oignons, instant noodles, nous plongeons en l’espace d’une seconde dans cette puissance économique en plein essor, qui compte une population de plus d’un milliard d’habitants, producteur et consommateur d’une quantité infinie de produits divers, en boîte, sous vide…

 

Finalement, après plus de trois heures de patiente attente, une parade orchestrée démarre, officiers alignés, marchent au pas rythmé par le son perçant d’une trompette. Les militaires se mettent en place, enfin la grille s’ouvre : c’est avec hâte que nous faisons nos premiers pas en Chine, ou plutôt dans ce no man’s land pour le moment. Cette frontière est quelque peu spéciale, jeunes militaires fusil à la main veillent à ce que personne n’enfreigne les règles. Tout est dicté, dirigé, et l’atmosphère est plus que contrôlée.


Ils veulent tout inspecter, toutes nos sacoches, dans les moindres recoins. Ils regardent chaque objet très attentivement, mais en fin de compte ils sont à la recherche d’une seule et unique chose: d’informations que nous pourrions introduire sur le territoire. Cartes géographiques, journaux et livres sont les articles suspectés sur lesquels ils mettent l’accent pour notre fouille. Le jeune soldat très motivé, regarde chacun de nos mouvements, et ne cesse de nous demander : Do you have maps ?


Je lui répond que bien évidemment nous en possédons et lui montre alors les dizaines de photocopies de cartes, mais il n’est pas satisfait, il veut des vrais cartes. Il scrute ces papiers truffés de ces informations géographiques, et soudain il nous adresse ces mots: You know, in some maps Taiwan is like a different country, but NO, Taiwan IS China !

La perquisition terminée, ils nous disent que nous pouvons poursuivre. C’est avec soulagement qu’on s’imagine enfin libre d’avancer sur ce territoire, mais après quelques kilomètres c’est reparti, un autre poste, celui ordinaire cette fois. Inspection à nouveau avec les mêmes questions quant aux médias que nous détenons, puis tampon sur le passeport et via… finalement tout se déroule bien, mais c’est long.

 

La Chine ! …cette fois nous y sommes ! Les montagnes sont de toutes beautés, colorées aux ondulations et formes géologiques singulières, plissées, dentelées, c’est un relief varié qui se présente face à nous et nous l’embrassons allègrement. Les panneaux signalétiques nous amusent beaucoup, avec des flèches qui zigzaguent. Nous sommes dans la province du Xinjiang, région principalement peuplée de Ouïghours, une minorité musulmane sunnite. Du coup, bien que nous soyons en Chine et malgré le constat d’une certaine modernité, la population et les villages traversés ressemblent fortement aux pays précédents, et nous ne ressentons pas un changement radical. Par endroit il y a même des yourtes kirghizes. Les gens parlent le ouïghour, langue turcophone à l’alphabet arabe. Seules ces maisons rectangulaires, les unes à côtés des autres, peintes en jaune, aux inscriptions chinoises rouges sur les murs extérieurs nous permettent de ressentir un changement de pays, une autre culture.


Dorénavant, c’est la descente des 3'000 mètres pour rejoindre la plaine qui nous attend. La température est agréable, la route est belle et tranquille mais pourtant pour différentes raisons j’ai envie de rejoindre la ville de Kashgar au plus vite. Alors après notre deuxième jour, à la fin d’une longue journée, les nerfs un peu à bout, la pluie approchant, nous arrêtons un véhicule et lui demandons de nous emmener à la ville suivante à une quinzaine de kilomètres de là, afin de pouvoir prendre un bus ou un taxi pour nous rendre à Kashgar (~100km).

 

C’est alors qu’une aventure que nous n’aurions jamais pu imaginer commence !


Le véhicule qui nous avait donc pris en stop précédemment se propose pour nous emmener ce soir même à Kashgar. Tip top ! Sauf que le chauffeur après nous avoir promené pendant une heure et demie dans la ville, reviens sur sa décision. Cette promenade avait pour seul but la quête d’autres voyageurs à transporter. La nuit tombe, il pleut des cordes et nous sommes coincés dans cette voiture. Un peu d’agitation, on monte la voix en toutes les langues afin de convaincre le chauffeur qu’il se doit de maintenir son engagement, qu’à présent il est trop tard pour changer de plans. A cet instant une voiture de police déambule, un policier descend, demande brièvement ce qui se passe, monte dans la voiture et donne l’ordre d’aller illico au poste.


Assise sur la banquette arrière de ce véhicule, policier collé à ma gauche et Davide à ma droite, nous sommes comme dans une boîte à sardines. J’essaie discrètement de dissimuler le Lonley Planet que je tiens à la main avec à l’intérieur la carte de la Chine sur laquelle Taiwan est clairement indiqué comme pays indépendant. Nous voilà dans de beaux draps. Après cette interminable journée et seulement 2 jours en Chine, on nous conduit directement au poste, bien joué ! Inspection méticuleuse de nos passeports, de notre visa chinois (on imagine déjà le scénario catastrophique… expulsés !) ; mais au final tout est bien qui fini bien. La police aura joué le rôle de médiateur en donnant un second ordre net et concis à notre chauffeur : nous conduire sur le champ à Kashgar.


Youth hostel à Kashgar
Youth hostel à Kashgar

Nous y arrivons enfin, il est tard, presque 23h. Nous savons que certains de nos compagnons de voyage sont dans une auberge quelque part au milieu de cette immense ville de plus de 400'000 habitants. Non seulement nous n’avons aucune indication pour trouver ce lieu mais en plus il y a fort longtemps que nous n’avons pas été confrontés à autant de gens, de circulation, de lumière, de bruit etc.…. L’envie de retrouver nos copains est forte, la fatigue est grande, la faim est douloureuse et la nuit avance. Par de drôles de coïncidences nous parviendront après beaucoup de difficultés et de tentatives ratées, passé minuit, à dénicher cette chaleureuse auberge de jeunesse au décor rappelant celui des caravansérails et au staff convivial.

 

Tous ensemble!

Les retrouvailles sont inattendues et amusantes. Arnau, Grégoire et Gaëtan sont là, assis dans le noir à chuchoter… ils leur faut quelques secondes avant de réaliser qui sont ces deux ombres qui s’approchent d’eux et les saluent! La joie partagée de se revoir, nous nous évadons aussitôt pour tenter de dégoter quelque chose à nous mettre sous la dent. Ils nous emmènent dans une petite gargote qu’ils connaissent. Des laghmans ! C’est un régal… ces nouilles délicieusement servies avec des oignons, des carottes, des tomates, assaisonnées de poivre, de coriandre et de gros morceaux d’ail est une explosion de saveurs pour nos papilles ! Le cadeau mérité après cette extrêmement longue journée aux émotions à l’allure de « montagnes-russes ».

 

Cours de russe
Cours de russe

Le lendemain, c’est avec plaisir aussi que nous retrouvons Marcella et Bernardo, rencontrons enfin Sabine, que nous connaissions à travers Gaëtan, et faisons la connaissance de Nadine. Bien des gens habitent dans ce lieu! Cela nous permet finalement d’élucider qui est le mystérieux bienfaiteur du Tadjikistan. Cet être généreux ayant abandonné ses pneux Schwable Marathon dans l’hôtel à Dushanbe ; durant toute la route du Pamir nous n’avons cesser de le remercier. Cette découverte nous révéla être la personne de Sabine. Danke viel mal !

 

Cette auberge est un délectable havre de paix où un rendez-vous involontaire rassemble les voyageurs de toutes horizons qui se mélangent et échangent. Pour les voyageurs à vélo, c’est un lieu stratégique après la Route du Pamir et avant la Karakoram Highway, et vice et versa. Chaque jour l’un s’en va alors que d’autres arrivent. Ainsi, nous faisons aussi la connaissance de Marco avec son vélo-couché, et aurons également le plaisir de revoir, Lena et Beni, ainsi que, Helen et Ed.

 

Tous à vélos... Sabine, Arnau, Marcella, Gaëtan, Grégoire, Marco, Bernardo, Nadine, Davide et Laeti
Tous à vélos... Sabine, Arnau, Marcella, Gaëtan, Grégoire, Marco, Bernardo, Nadine, Davide et Laeti

Très rapidement nous ressentons la chaleur des basses altitudes en cette saison, il fait sec, très sec. On passe beaucoup de temps au sein de la cour intérieure à l’ombre, à chercher un peu de fraîcheur ou plutôt à simplement fuir le soleil. Tandis que l’eau des fruits est d’un grand secours face à cet air brûlant, nous minimisons les déplacements afin d’éviter un réchauffement corporel… l’acclimatation est progressive.


Du côté des mâles, Davide, Arnau et Grégoire c’est la reprise des parties d’échecs. Ils sont aussi atteints de cette envie insoutenable d’acquérir les fameux couteaux de renommés de la région… ils vont bien évidemment céder à ce besoin et vont tous par la suite bichonner ces lames, les comparer, dormir à leur côté et les admirer à peine les yeux ouverts. Cependant pour des raisons encore inconnues à ce jour, Davide, devra tout interrompre le laps d’une journée complète. Il est frappé d’une crise intestinale accompagnée de fièvre qui disparaîtra dès le jour suivant. Chaleur ? Excès de nourriture? Virus ?

 

Au coin de la rue, il y a un marché qui déborde de fruits ! C’est incroyable ! Tellement de fruits ! Des paniers remplis d’abricots, des pastèques par kilos, des charrettes qui s’écroulent sous les melons, et nous, nous nous ruons dessus dès les premières heures du matin, mais aussi à midi et le soir, résultat : des selles plus liquides que normales, spécialement pour Davide.


Des galettes de pain au centre croquant, des artisans à la pelle, les gens sont souriants et le marchandage est de mise. Il faut alors flâner, humer et se laisser guider vers un marchand avec lequel on va partager quelques mots et échanger, pour parvenir à un compromis, où lui et moi seront contents. Ça grouille de monde, de vie, de produits, d’odeurs, on a envie de tout essayer ! Le parfum des brochettes « chachlick » posées sur des grilles reposant sur des demi-tonneaux remplis de charbon, le petit resto aux aliments fraîchement sortis du four à bois, l’invitation à goûter est irréfutable ! Mais les fruits… !!! Les fruits demeurent notre choix de prédilection, surtout que la plupart d’entre eux viennent directement de la région et que c’est la bonne saison.

 

Aux alentours, on peut voir ce contraste entre modernité grandissante et une vie d’époque qui tend à s’effacer petit à petit. Les anciennes maisons se font détruire, leur ruines au milieu de cette ville en développement, sont abandonnées ainsi pour un temps. Ces décombres demeurent toutefois la maison de ses anciens résidents qui malheureusement n’ont pas d’autres habitations où aller vivre, alors que non loin, des buildings se construisent sans pour autant se terminer. La disparité est présente partout, allant du bout de la petite rue où artisans habiles qui toujours fabriquent tout genre d’objets par des méthodes séculaires transmises de génération en génération, et au croisement lorsqu’on bifurque à gauche, ce sont des grandes voies longées d’immenses supermarchés qu’il faut traverser par un pont suspendu. Les allées sont bondées de ces scooters électriques, donc il faut faire attention aux collisions car ceux-ci ne faisant aucun bruit il est facile de se faire surprendre. Mais au milieu de cette croissance frénétique subsiste cette ambiance d’antan qui peine à s’incliner promptement.

 

Alors, malgré tous ces véhicules dernier cri, il y a la présence de cette considérable variété de moyens de transport hybrides inclassifiables selon les normes occidentales. Tous se déplacent sur la même route, se côtoient et se partagent les voies. Certains chargés comme des mulets, d’autres à 4 sur une sorte de moto, des vieux sur leurs vélos une vitesse à la roue voilée, des triporteurs, des side-cars, des charrettes, toutes ces 2, 3, ou 4 roues sont modifiés artisanalement et adaptées à l’usage premier auxquels elles sont destinées (transport de gens, de bidons, de déchets, etc…). Il y a une certaine magie dans ce pot-pourri du transport.


Très vite on se familiarise avec cette multitude d’offre, de gens, de produits. On trouve tout, et facilement. Les grandes surfaces sont colossales, des actions tous les mètres, une voix qui hurle dans des haut-parleurs faisant la publicité des promotions, des vendeurs à tout bout de champ aux sourires digne d’une campagne dentaire, des centaines de chinois qui avancent lentement examinant chaque produit et ces rayons fournis de tout en tout genre. S’aventurer dans ces magasins n’est jamais une partie de plaisir. Par contre c’est bien plus lentement qu’on s’habitue à cette manie culturelle qui nous dégoûte quelque peu dans certaines circonstances : le crachat ! Ce raclât de la gorge si présent dès le réveil est pourtant si propre à la culture chinoise étant donné qu’en médecine traditionnelle il est mauvais de ne pas expectorer les mucus des bronches.

 

Les décisions quant à la suite se prennent, choisir où l’on veut aller, dans quelle direction, ce que l’on veut voir et parvenir à concilier tout cela avec des réalités géographiques et temporelles. Car la Chine est grande… très grande… On discute et échange des infos avec d’autres voyageurs. Pour nous le choix est pris, nous ne longerons pas le désert du Taklamakan à vélo, mais privilégierons plutôt une route recommandée dans les hauts plateaux de la région du Sichuan.


Il va donc falloir prendre un train dans un premier temps pour rejoindre Ürümqi, puis un second pour Lanzhou, qui se situe approximativement au Centre de la Chine. Ainsi nous avancerons de quelques 2’000km en seulement quelques jours. Cela nous offrira plus de temps pour profiter de certains lieux.

 

Boîtes à sardines
Boîtes à sardines

Le train ! Bien différent du Kazakhstan… En Chine tout est plus qu’organisé. Inspection détaillée comme dans les aéroports, rien ne passe et par conséquent les garçons ont cachés leurs couteaux dans les tube de selles pour espérer ne pas se les faire confisquer et quant à moi je transporte une bouteille d’eau à moitié remplie, le policier me demande alors d’en boire un peu devant lui pour lui démontrer que c’est bien de l’eau et non pas … que sais-je … un liquide inflammable.

 

Nous embarquons avec nos deux amis belges et Sabine. Les instant noodles ultra-piquantes qu’on ébouillante et que les chinois mangent en suçant en moins de 5 minutes constituent le menu principal lors d’un voyage en train. Il y a aussi tous ces enfants qui rient et égayent tout autour d’eux, ils jouent aux singes entre les banquettes, et s’accrochent aux échelles créant de la sorte un terrain d’aventures. Les plus jeunes sont vêtus de pantalon fendu à l’entrejambe, laissant voir en plus de leur petit cul de bébé tout lisse, les bijoux de famille. Car ici, les couches culottes ne sont pas coutume. Les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à réclamer pour leur besoin.


Par la fenêtre défile lentement l’aridité du désert, malgré quelques tentatives d’irrigation et de plantation, l’étendue de terre sèche et de sable est absente de vie sur des milliers de kilomètres, c’est très lumineux et il vente fort… quelques pensées s’envolent alors pour nos amis qui ont décidé de faire cette route à vélo.

 

Ürümqi, dans la ville tout est propre, des gens partout nettoient constamment. Des néons de couleurs, des publicités à n’en plus finir, des marchands ambulants avec triporteurs et la vision d’une première pagode commence gentiment à nous transporter dans l’ambiance chinoise imprimée dans notre imaginaire.


Les routes se séparent à nouveau, mais cette fois pour de bon, car nous allons direction Sud alors que Arnau et Grégoire vont direction Beijing pour rejoindre ultérieurement la Mongolie. La Mongolie, destination primée de bien des voyageurs à vélos rencontrés. Voici le moment venu où nos routes différent et où notre aventure en commun s’arrête. Davide et moi, prenons un train qui nous emmène à Lanzhou, ville traversée par le fleuve jaune, aux multiples pagodes car elle fut un centre important pour le bouddhisme. Encore quelques milliers de kilomètres, quelques 32 heures de voyage en train et nous pourrons enfin reprendre nos montures pour nous évader vers les hauteurs et retrouver, on l’espère, un peu de fraîcheur et de calme.

 

En route pour les hauts plateaux

Vue depuis notre chambre
Vue depuis notre chambre

Lanzhou, est peuplée de plus de 1'500'000 habitants. Elle est le centre géographique de la Chine et s’étire sur plus de 30 km le long du fleuve Jaune. Arrivés de notre long trajet en train nous logeons dans un hôtel au 17ème étage, les enseignes lumineuses ne s’interrompent pas de la nuit ni d’ailleurs le bruit du trafic. Nous sommes dans la province du Gansu, et allons monter gentiment pour regagner les hauteurs de la province du Sichuan.


La circulation est dense et désagréable. Cela faisait quelques mois que nous n’avions plus l’habitude de partager ainsi la route ; des véhicules passent perpétuellement à nos côtés. De plus, sans aucune parcimonie les conducteurs font usage de leurs klaxons, nos oreilles en souffrent et nos nerfs aussi. 

 

Une ascension d’environ 2’500mètres en perspective, et on espère sincèrement retrouver la tranquillité des altitudes. Dès, les premiers kilomètres nous commençons à monter. D’abord par une légère pente puis par quelques zigzag espacés et finalement par des lacets.

 

Durant plusieurs jours notre avancée se dirige vers le haut et vers le sud. On découvre des collines cultivées, des maisons traditionnelles dans des petits villages escarpés. Dans les terrasses de riz des familles entière travaillent, cultivent, tous habillés de ce chapeau de paille triangulaire. Les terrasses donnent à ces petites montagnes des couleurs différentes par niveau, par parcelle. C’est joli et cela devient de plus en plus paisible. Sur les cimes on peut voir à l’horizon différents temples, à l’architecture typique, de là où nous les apercevons ils semblent petits, c’est alors qu’on se rend compte de la grandeur des collines qui nous entourent. 

Outre les maisons anciennes ou les monuments historiques, le style architectural chinois aux influences diverses des différentes dynastie est encore bien souvent utilisé pour la construction et la rénovation des maisons actuelles. Aussi, on peut voir défiler un bout d’histoire et prendre conscience des différents peuples en admirant par exemple un « Gongbei » (complexe sanctuaire islamique) indiquant que cette région est peuplée principalement de Hui (ethnie chinoise pratiquant l’islam) et non loin de là apercevoir une pagode ou des temples taoïstes.

 

Gongbei
Gongbei

Le trafic diminue nous laissant ainsi souvent seuls sur une route en super état, probablement refaite il y a peu. La température devient elle aussi plaisante. Un superbe passage sur une crête nous offre une vue panoramique permettant de réaliser le relief dans lequel nous pédalons, ce sont déjà des montagnes aux lignes douces vers lesquels nous grimpons.  Sur notre compteur dorénavant s’affichent les 10’000 kilomètres.

Dès Linxia, toujours dans la province du Gansu, l’itinéraire va dévier un peu à l’ouest en empruntant une vallée où coule la rivière Daxia afin de nous rendre à Xiahe, préfecture autonome tibétaine de Gannan, situé à 3'000 mètres. La raison première de cette visite est le monastère de Labrang, l’un des plus importants de l’école de Gelugpa du bouddhisme tibétain. Tout au long de ces villages perchés, des artisans créatifs fabriquent des lunettes un peu biscornues et extravagantes, avec des grands verres fumés. Ces lunettes font fureur dans toute la région et sont exportées jusque dans le Sichuan, les hommes adorent les porter, particulièrement les plus vieux.

"loungta" guirlande de prières
"loungta" guirlande de prières

Plus nous montons et plus les traits des visages changent, des drapeaux de prières sont attachés et dansent dans le vent, les gens rencontrés sont habillés avec le typique chuba (manteau aux manches larges serré par une ceinture). Apparaissent aussi quelques moines aux robes bordeaux. Les gens sont extrêmement souriants. La signalétique se modifie, à présent s’est écrit en tibétain, en chinois et en phonétique. Sur le chemin quelques petits monastères bouddhiques et pour compagnie des rapaces jouant avec les courants.

C’est sous des trombes d’eau que nous arrivons à Xiahe. Nous aurons beaucoup de chance car le lendemain en plus d’un ciel parfaitement dégagé nous pourrons assister aux dernières cérémonies avant les vacances pour les moines. Du coup, une fois la procession terminée, ce sont des moines de tous les âges qui s’apprêtent à prendre congé quelque temps. Dans l’air les rires des échangent de ballon, sur les camions ils sont peut-être 30 ou plus, amassés les uns sur les autres, balluchons, sacs à dos, lunettes aquatiques sur le visage, l’excitation est au rendez-vous.

 

Xiahe, plus près du ciel

Dans l'enceinte du monastère
Dans l'enceinte du monastère

L’ambiance qui règne au sein de cette ville mais plus spécialement dans l’enceinte du monastère nous invoque un profond respect. En plus des centaines de moines, de l’odeur d’encens qui brûle, des dong qui retentissent, du parfum de beurre de yak dans les bâtiments, des chants bouddhiques, il y a ces milliers de pèlerins tibétains; des familles au grand complet. Les femmes sont particulièrement belles, elles portent sur elles un certain charisme. Bien souvent des boucles d’oreilles et des gros colliers aux couleurs vives ornent leur beauté, elles sont coiffées de tresses souvent séparées par une raie au milieu des cheveux, indiquant ainsi qu’elles sont mariées. Quelque chose d’étrange, de particulier plane sur cette petite ville hôte de pèlerinage, aux apparences authentiques mais débordante également de touristes et du commerce qui l’accompagne.


Le monastère est entouré des moulins à prière qui ne cessent de tourner… en faire le tour est un pèlerinage portant le nom de « kora », attention il faut toujours marcher dans le sens des aiguilles d’une montre, ce qui équivaut à avoir ces moulins à prières sur notre côté droit. Les ethnies se mélangent, quelques Han, des Huis mais principalement des tibétains. Les huis sont facilement reconnaissables non pas seulement car ils vendent du pain, mais par la toque qu’ils revêtent sur la tête ou le tissu en velours qui entoure le visage des femmes.

 

Cuisine au wok

La reprise de la route direction Sud se fait dans la plus grande des motivations. Complètement remise à neuf, cette route est lisse, cela semble presque incroyable. Ce goudron parfaitement gris aux lignes blanches, si blanches qu’elles semblent encore fraîches, et sur le côté des petites collines aux prairies où le jaune éclatant des champs fleuris de colza vient tapir l’herbe d’un vert quasi fluorescent. On croirait un fond d’écran windows, pour preuve :

 

Chaque jour c’est des centaines de tibétains à moto que nous croisons et qui nous saluent tous si généreusement, ils vont en pèlerinage. Cette joie qu’ils nous offrent se transmet de rencontre en rencontre. Voyageurs tout comme nous, cheveux et sourires au vent !

 

Toujours plus nombreux les rapaces tournoient dans le ciel alors que sur terre ce sont les yaks par millier qui mouchètent les prairies. C’est le temps de l’alpage . Les tibétains ont monté leurs tentes pour la saison d’été et avec eux les moutons, les chèvres et ces curieux et sympathiques yaks. Majestueusement, ce peuple mènent leur troupeau à cheval et les voir cavaler à travers champs rend aux dimensions du lieu toute sa grandeur.

 

Ne savant pas trop comment fonctionne les appartenances au terrain et celui-ci étant fortement occupé par ces campements saisonniers nous irons à différentes reprises à la rencontre des familles vivant en tentes. Nous leur demandons si nous pouvons nous installer non loin d’eux. La communication est facile et pour eux cela paraît naturel de vouloir planter sa tente. C’est ainsi que nous nous réveillerons dans la brume entourés de yaks ou que nous goûterons à certaines spécialités telles que le beurre de yak et son mélange appelé « Tsamba » qui consiste à mélanger le beurre de yak avec de la farine de blé et de l’eau ; ou encore goûter à ces nouilles super piquantes dès le réveil ou tous ensemble nous émettrons un son inspiré très fort afin de laisser sortir le feu et tenter de rafraichir nos lèvres et bouches qui brûlent.

Au fur et à mesure de notre ascension les courbes deviennent plus douces autour de nous, nous sommes en moyenne à 3’400 mètres, bientôt c’est sur un plateau couvert d’un tapis verdoyant parsemé de fleurs des champs que nous arrivons, contrasté par cet immense ciel bleu dans lequel les nuages balayent. Le parfum des fleurs, cet air si pur, ce calme. Le sol est truffé de petits trésors, oiseaux, marmottes, edelweiss… Les familles tibétaines quant à elles poursuivent leur activité du moment : la tonde ! Un à un les animaux y passent. 

 

C’est plaisant… mais un soir pourtant nous vivons la plus grande frayeur jamais vécue jusque là… la crépuscule arrivant, nous trouvons un endroit idyllique pour poser la tente, près d’un ruisseau d’eau, bien à l’abri des regards. Ce lieu toutefois peut sous certaines conditions représenter un grand danger que nous avions quelque peu lésiné. Nous nous sommes donc mis au couvert des vents violents qui peuvent régner à ces altitudes au pied d’une grande falaise de terre. Ce vent justement porte avec lui la fraîcheur de la pluie, ainsi à peine le repas fini nous nous blottissons dans la tente. Soudain, commence quelques éclairs au loin, puis un orage de toute puissance semble s’approcher à toute vitesse, et tout à coup il est là, déversant avec lui des tonnes d’eau et des rafales de vent à déraciner un vielle arbre. Chaque fracas décharges électriques de foudre semble traverser notre moelle épinière… nous sommes à 3’800 mètres, ce tonnerre est juste là, au dessus de nous… c’est si violent et bruyant. La peur, la puissance de la nature, l’eau qui rentre de partout, le sol de notre tente est baigné, on essaye de rester au milieu car sur tous les bords c’est trempé… le temps qui passe semble interminable. Les yeux fermés à attendre que tout s’arrête, que cela passe… mais c’est long… les flashs lumineux répétés à intervalle très courte et sans relâche viennent constamment interrompre notre noir intérieur dans lequel nous tentons vainement de trouver un peu de calme, mais cette foudre à de si hautes altitudes porte sur nous l’inquiétude et chaque détonation fait trembler la terre… Sous ces pluies diluviennes on s’imagine la falaise à quelques mètres, on penses à tous ces gens qui comme nous vivent sous tentes aux alentours, les gens, les troupeaux dehors… on attend… puis finalement l’orage s’éloigne.

 

Le lendemain la nature est moite de la veille, mais gentiment des éclaircies apparaissent, car le vent toujours présent dans ces hauteurs soufflent si fort qu’il offre constamment des changements climatiques. Dans le ciel deux oiseaux à l’envergure immense montent dans le ciel, ce sont des vautours de l’Himalaya. Ils tourbillonnent lentement et gracieusement, plus ils vont vers le haut et plus ils deviennent petits, et gentiment se dissipent pour finalement disparaître dans la hauteurs de ces lieux.

 

Nous entamons doucement la descente. Des villages entiers aux drapeaux de prières, et quelques kilomètres plus loin un autre village aux maisons toutes neuves, sur lesquels sont alignés les drapeaux chinois.

 

En 2008, un fort séisme toucha la province du Sichuan que nous traversons actuellement. Nous approchons de l’épicentre de ce terrible tremblement de terre qui eu pour bilan plus de 70'000 morts, 18'000 disparus et 374'000 blessés (chiffres sources de wikipédia). Les dégâts sont de plus en plus voyants, jusque là nous avions pédalé sur une route impeccable et neuve. A présent, c’est sur cette nouvelle Highway 213 en construction que nous devons avancer, car l’ancienne route que l’on peut voir à quelques mètres de là, de l’autre côté de la rivière, est soit complètement détruite ou alors recouverte de coulées de roche de montagne. Toute la vallée est en reconstruction et des panneaux nous rappellent d’autant plus la catastrophe qui s’est déroulée sur le sol que nous foulons. Un sentiment très fort nous accompagne tout le long de cette descente, où nous mangeons de la poussière et devons pédaler si lentement à cause de l’état de la route et des constantes interruptions de la circulation. A cela, vient s’ajouter le vent violent de face qui tire dans les vallées, l’un des facteurs faisant que nos corps sont complètement recouvert dès les premiers kilomètres de cette poussière grise.

 

Des villages de travailleurs se sont bâtis tout du long. Allant des simples tentes grégaires au alignement d’habitations cage à poule.


Toujours plus bas… toujours plus peuplé, toujours plus chaud. La végétation change, des cultures en pente de poivre sichuanais, du chanvre sauvage à profusion, parfume l’environnement. Le bambou devient forêt, les papillons aux couleurs vives tourbillonnent. Les hans sont de plu en plus présents alors que les tibétains le sont de moins en moins.

 

La plaine d'en bas

L’arrivée est lente, les kilomètres s’enchaînent tout comme la fatigue. Pédaler dans ces métropoles vous met dans un espèce d’automatisme, avancer avec le flux, le bruit, le traffic, avancer toujours droit devant espérant soudainement parvenir dans le cœur de la ville.

 

Nous avons déjà pédalé quasiment 100km et la journée a démarré tôt. Malgré cette fatigue il est important de rester concentrés à chaque instant dans ce traffic incessant. Malheureusement, une seconde d'inattention de la part de Davide lui fait avoir un accident heureusement pas grave. Il a roulé de pleins fouets dans un gros tuyau en béton. Résultat: rien de cassé mais son cadre s'est déplacé de quelques centimètres, engendrant que son porte-bagages avant est disposé sur la fourche de façon anormalement penchée. On poursuit la route car outre ce petit incident de parcours tout va bien et bien des kilomètres sont encore à parcourir.

 

Dorénavant c’est par centaines que nous traversons les feux verts sur ces pistes cyclables pour toutes les diversités de 2-3 roues. On se mélange à cette masse de milliers de cyclo-moteurs et cheminons dans cette ville de plus de 9 millions d’habitants sans vraiment savoir où nous allons car les signalétiques sont pour nous d’une quasi-totale inutilité. Capitale de la province du Sichuan, Chengdu est la ville emblème du panda, nous y voilà. La nuit tombe et on atterri dans une superbe auberge de jeunesse, au décor tek, et à l’ambiance très chaleureuse et détendue.


Tout autour de nous, la lumière artificielle s’exhibe et nous plonge à nouveau dans ce mouvement permanent d’un monde frénétique avide de consommation matérielle. Nous voilà redescendus et devenus l’un de ces acteurs d’un consumérisme massif et superflus.

 

 

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Un pied au Kirghizistan

Période de voyage: fin juin 2010

Ici commence la grande descente ou finit la grande montée... en tout cas un soulagement pour qui va et qui vient.
Ici commence la grande descente ou finit la grande montée... en tout cas un soulagement pour qui va et qui vient.

Vous souvenez-vous? On était resté au bouquetin... Qu'est-ce qui se passe après?
Après, c'est la descente, longue et raide, plus de 1000 mètres de dénivelée entre le Tadjikistan et le Kirghizistan. Malgré ce froid particulièrement... froid, on ne peut pas s'empêcher de penser à la chance que nous avons de ne pas faire cette route en sens inverse... Avec les mains congelées serrant fermement les freins nous dévalons toute cette pente, sans perdre de vue le vol des grands rapaces qui dominent ces montagnes, demeurent si attrayantes et si sévères... Nous quittons ainsi la chaîne du Pamir par son extrémité nord-est. Tout en bas, après une vingtaine de km, le poste de frontière kirghiz. La situation à Osh semble s'améliorer vu que la porte est ouverte mais il faut être prudent car l'instabilité politique peut facilement engendrer l'abus du pouvoir par les plus forts et autoritaires...

 

Les montagnes du nord du Pamir, vues depuis la prairie kirghize aux environs de Sari-Tash
Les montagnes du nord du Pamir, vues depuis la prairie kirghize aux environs de Sari-Tash

Verte est la plaine...

Une fois entrés dans le pays, une vaste plaine verdoyante s'ouvre devant nous. Le soleil réchauffe l'air et exalte les couleurs. Ce vert... nous nous rendons compte à quel point il nous a manqué après tous ces jours passés sur l'aride plateau du Pamir tadjik. Nous décidons d'en profiter pour cuisiner nos nouilles chinoises habituelles. Quelques yourtes fumantes sont visibles par ci et par là sur le pré moelleux. Soudain, des chevaux en liberté apparaissent et se joignent à nous pour le repas en broutant cette bonne herbe. Il y en a des blancs comme les montagnes à l'horizon.

... et froide est la pluie!

Les yourtes, habitations traditionnelles des éleveurs nomades kirghizes
Les yourtes, habitations traditionnelles des éleveurs nomades kirghizes

C'est bien ça, dès que nous nous remettons en route, il commence à pleuvoir. La route est une longue ligne qui s'écrase contre les montagnes à l'horizon. Nous devons traverser la plaine et l'immensité de l'espace visible nous donne une estimation trompeuse de la distance. Nous enfilons le minimum de nos tenues de pluie et nous lançons contre vent. Très rapidement l'averse se transforme en orage et nous nous retrouvons complètement trempes en plein milieu de la plaine. La route semble interminable, les km filent et le village de Sari Tash est toujours loin vers ces montagnes qui s'approchent trop lentement. Heureusement nous trouvons une sorte de bunker abandonné nous offrant un abri temporaire. Mouillés et refroidis nous nous comfortons avec le souvenir du repas au soleil d'il y a à peine 40 minutes...

L'averse terminée, nous reprenons le chemin. Peu avant Sari Tash, un défilé de camions de la Croix Rouge nous dépasse et prend la route pour Osh. Nous nous arrêtons au village pour acheter quelques provisions. Nous trouvons un petit magasin bien camouflé parmi les plusieurs baraques de cet hameau, vendant très peu de choses comestibles. Je ne vous dit pas quelle joie d'y trouver deux plaques de chocolat empoussiérés! Le petit bonhomme derrière le comptoir se marre avec son copain du même mûr age en regardant nos maigres achats. Nous les quittons avec l'image de leur visages brûlés par le soleil et le froid d'altitude, les traits mongols accentués par l'effet du ricanement sous leur extravagant couvre-chef kirgizes, imprimé dans le coeur.

Deux minutes après j'enfonce mes dents dans le chocolat et, comme un chateau de sable asséché, il se brise dans ma bouche en dégageant une saveur plutôt non comestible. Comment vous décrire la déception du petit Suisse si loin de sa terre natale, frileux avec ses pieds mouillés, trahi par une de ses fiertés nationales? Et les deux bonhommes se marraient... En fait c'est un peu comme si on avait acheté une antiquité dans un musée alimentaire, vu la date d'expiration périmée depuis plus d'un an et demi...

Le tchai réchauffe les membres pour un moment et le coeur pour toujours

Mais quelques centaines de mètres après, deux conducteurs de camion tadjiks arrêtés en bord de route nous appellent avec la parole magique “Tchai”. On n'y pense pas deux fois! Nous sortons les biscuits achetés au musée et on partage ce moment de communion. Nous apprenons qu'ils se dirigent vers la Chine pour charger du matériel à amener au Tadjikistan. Nous ne les avons pas vus sur la route avant parce qu'ils ne passent pas par le plateau du Pamir, pour peur de tomber dans les pommes en conduisant à cause de l'altitude. Nous cueillons donc l'occasion de leur demander un passage jusqu'à la frontière chinoise. Sans hésiter ils acceptent et repartons ensemble. Mais le soir approche et nous nous arrêtons une vingtaine de km après pour manger quelques chose dans une gargote sur la route, refuge pour conducteur de camions et constructeurs de routes locaux. 

Les travailleurs kyrghizes viennent poser des questions aux conducteurs tadjikes et se mettent à discuter sur les désordres (ou la guerre) à Osh. Je dois dire que ces gens ne m'inspirais aucune confiance, en particulier l'un d'entre eux qui continuait à jeter ses yeux sur Laeti et poser des questions de façon insistante. Heureusement nous étions avec ces deux hommes qui avaient l'air en ordre, plus encore deux autres arrivés plus tard. Pour la nuit, Shapiro, celui de gauche dans la photo, nous dit de bien fermer la porte à clé du camion (on dort dedans). Lui, passera la nuit dans un autre camion.

La nuit est froide et malheureusement nous avons nos affaires dans les sacoches, enfermés dans le container du camion avec les vélos... et nous jugeons trop tard pour aller réveiller Shapiro pour nous ouvrir. Dans la cabine du camion il y a deux couchettes, A CASTELLO (en étage), impossible d'y dormir à deux dedans. Je donne ma polaire à Laeti car en ce moment-là je n'avais pas froid... La situation change plus tard dans la nuit... Finalement je décide d'enlever le fin matelas da la couchette et de l'utiliser comme couverture. ça a marché étonnamment bien car je n'ai vraiment pas eu froid. Mais on ne peut pas dire de même pour Laeti; même avec ma polaire elle a souffert un petit peu...

Le lendemain nous reprenons la route en camion. Elle est en très mauvais état mais le paysage est magnifique. En quelques heures, nous sommes au poste frontière kyrghiz. Nous saluons nos amis et continuons à vélo. Sortis du Kirghizistan, il faut monter un petit peu et soudain nous nous retrouvons devant une énorme grille colorée. Les Portes de l'Empire du Milieu sont là devant nous, fermées...

 

Pas de diaporama cette fois car pas de photos...

 

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Et si vous voulez laisser un commentaire, c'est ci-dessous que ça se passe.

 

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Tadjikistan, là où les cycles osent

Période de voyage: juin 2010

Après deux semaines de douce léthargie parmi les œuvres somptueuses de Samarcande et Boukhara, assommés par le soleil, adoucis par les tchais ultra sucrés et les plovs bien gras, emplis de l’ivresse de cette Vie au rythme paisible, nous éprouvons une certaine mélancolie à l’idée de devoir quitter ces lieux si attachants. Mais il est temps de partir, d’autres aventures nous attendent. Nous quittons les merveilles des contes de Mille et une Nuits crées par la main de l’Homme pour en approcher d’autres autant plus imposantes, modelés par les forces de la Nature, l’artiste qui n’a pas d’égaux.

"Tadjikistan, là où les cycles osent" est le récit de notre passage à vélo à travers les montagnes sur une des routes les plus hautes et fascinantes du monde : la légendaire Route du Pamir.

 

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Col de Neizatash, 4137 mètres

De Samarcande à Dushanbe : on sent nos jambes !

Commençons par le passage de frontière car cette étape nous réserve toujours des surprises, souvent bien rigolotes. Après les frissons de la sortie d’Ouzbékistan (dollars planqués dans le cadre et enregistrements d’hôtel à la main mais pour finir pas réclamés) nous approchons le poste tadjik. Il est constitué de deux containers en fer bien abîmé par l’usure du temps et une barrière contrôlée par une jeune garde. Pour les démarches administratives et le contrôle des bagages, ce sont deux officiers qui s’en occupent, un homme et, étonnamment, une femme. Dans tous les pays musulmans que nous avons visités jusqu’à présent, nous n’avons jamais vu une femme exercer une telle profession. Au tempérament décidé et autoritaire, elle nous rappelle ces femmes manageurs des hôtels d’Almaty, Aral’sk ou Tashkent. Elle nous donne ses directives en criant des ordres en allemand (?!). Après les formalités écrites, l’autre officiel nous donne trois possibilités pour les bagages : 5 dollars pas de contrôle, 3 dollars pour en fouiller un seul, gratuit pour le service complet. Au regret de l’homme nous optons pour ce dernier. Par contre c’est madame qui s’en charge et commence donc à vider nos sacoches, une par une. Mais après avoir constaté qu’il y en a au moins six par vélo (nous sommes quatre), elle se fatigue vite de la tâche et nous donne son congé.

La route se poursuit vers est, à travers de vastes champs cultivés et des vertes prairies remplies de fleurs sauvages qui s’étendent jusqu’au flancs des premières collines brunes au nord et au sud. En passant par la petite ville de Pendjikent, nous changeons de l’argent au bazar. Ensuite, nous prenons un petit repas + sieste sur une confortable tapchana (table basse entourée de coussins) panoramique avec vue sur les montagnes à l’horizon et sur la vallée du Zerafshon, encore assez large en ce point du parcours. Les femmes musulmanes vêtues des longues robes colorées et le voile à la tête travaillent durement dans les champs verdoyants et les enfants nous saluent cordialement avec "salam-aleikum", en portant la main droite au cœur. Un geste simple, accompagné d’un échange de regard, un sourire qui met à l’aise, montre le plus profond respect que l’on se doit de restituer.

Plus on avance le long de la piste qui suit le cours des rivières, plus les montagnes se resserrent autour de nous. Le paysage est très changeant, parfois aride et rocailleux et parfois couvert d’énormes peupliers offrant leur ombre sur des petits villages construits aux jonctions de cours d’eau. Là-bas l’eau est bonne et fraîche, pas besoin de filtre ni de pastille chimique pour la purifier. Les maisons sont en terre avec le toit en tôle et bois. Le soleil nous tape constamment dessus et brûle la peau quand elle n’est pas sagement couverte, mais au milieu de l’après-midi du deuxième jour un orage soudain nous cueille de surprise. Nous trouvons un refuge dans la carcasse d’un minibus abandonné, où nous nous apprêtons à chauffer de l’eau pour un thé en attendant la fin de l’averse qui s’est rapidement transformé en tempête de grêle.

Cela nous a bien rafraîchi la soirée, mais au matin suivant le soleil est de retour. Notre intention est de monter voir le lac Iskanderkul situé à plus de 2'000 mètres d’altitude dans une vallée voisine, mais les intestins à Laeti se tortillent chaque jour d’avantage, au point de ne rien pouvoir avaler de la journée. Nous décidons de nous arrêter là où on est, quelques km après l’embouchure de la vallée. Arnau et Grégoire, nos amis avec lesquels nous pédalons depuis Baku, continuent la montée, avec la promesse de quelques belles photos à nous montrer le lendemain. Voilà donc un but raté pour nous mais en voyage il faut être flexible car la route est longue et dure. La pause a été bénéfique! Laeti se sent mieux, elle a pu manger et bien dormir et nous sommes en forme pour la suite.

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Pour rejoindre Dushanbe, capitale du Tadjikistan, il faut passer un col au dessus de 3'000 mètres. Il existe une route toute neuve, encore en construction qui passe à travers un tunnel de 5 km qui a été inondé par les fortes pluies du mois passé (pendant que nous nous relaxions à Samarcande), mais pourtant praticable malgré les travaux. Nous optons pourtant pour l’ancienne route, plus aventureuse et panoramique qui grimpe au col d’Anzob. Nous la découvrons en très mauvais état et désormais utilisée uniquement par les habitants du village d’Anzob. Mais le cadre est à couper le souffle, cette vallée sauvage oblige le passage entre des falaises vertigineuses le long d’un chemin sinueux, souvent assez large pour le passage d’une voiture seule. Pendant notre ascension nous apercevons de loin les cimes enneigés du col. Un pic au profil très esthétique nous rappelle vaguement le Cervin…

Plusieurs heures de moulinage nous mènent à Anzob. Le fait qu’un tunnel permet désormais de relier le Sud et le Nord du pays a pour conséquence d’isoler complètement ce village autrefois situé sur un passage obligé. L’état pitoyable de la route en est témoin. Tous les gens que nous croisons sur la route nous demandent où c’est que nous allons. Leur réponse est toujours la même: le col est bloqué par la neige, on ne peut pas passer... en plus il y a le tunnel… Nous, têtus, nous nous obstinons à ne pas les écouter car quelqu’un de l’observatoire météorologique, situé juste au delà du col, nous a informé par téléphone (en russe…) qu’avec un vélo on peut passer. Et c’est ce que nous racontons aux bonnes âmes qui se soucient pour nous… Peu après le village nous montons le camp pour la nuit qui à 2100 mètres d’altitude est plutôt frisquette.

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La neige bloque le col d'Anzob

Le lendemain nous attaquons le col de bon matin. La journée est magnifique, la route est raide et dure, parfois recouverte par une chute de pierres. Le sommet enneigé approche de plus en plus. Plusieurs heures plus tard, la route se termine en laissant place à des langues pentues de glace créées par des avalanches… impossible de passer avec nos vélos ultra-chargés si ce n’est qu’en faisant des périlleux aller-retour avec sacoches et vélo sur le dos… de plus, nous n’avons aucune idée de combien de km sont encore à parcourir dans ces conditions… La passage est bloqué, il faut renoncer. C’est à ce moment que je me dis que peut-être j’ai mal compris le monsieur au téléphone ou, comme il a dit, effectivement avec un vélo (sur le dos) on peut passer… Alors demi-tour! Ca fait du bien la descente! Mais nous ne regrettons rien, le paysage est indescriptiblement beau…

Les heures passent et presque 2000 m plus bas, nous remontons plusieurs km par la route principale, assez raide aussi. Avec un peu de chance on peut s’accrocher à un camion qui progresse lentement mais pas sans effort, car bien souvent on les voit arrêtés au bord de route. Seul les jambes du conducteur tadjik sont apercevables, le reste du corps étant enfilé dessous le véhicule pour des réparations… Des pierres abandonnées sur la route, servant à bloquer les roues, témoignent d’une panne récente… On se demande comment pouvaient-ils passer le col d’Anzob quand cette route n’existait pas… Epuisés, nous campons quelques km avant le tunnel.

Au réveil, nous découvrons ce fameux tunnel en train d’être construit par une entreprise chinoise. L’entrée est encore inondée. C’est l’occasion d'échanger un premier "ni hao!"… Ensuite nous chargeons nos vélos sur un pick-up et rentrons dans le tunnel de l’horreur, totalement immergé dans l’obscurité. A la sortie du trou noir, un décor montagneux de rêve se dévoile devant nous, une chaîne blanche en haut d'une vallée profonde. Nous nous régalons enfin les 80 km de descente jusqu’à Dushanbe, interrompus de temps en temps par un troupeau de chèvres qui empreinte le même chemin.

Dushanbe

Encore une fois, nous optons pour un logement dans un énorme, vide et lugubre hôtel "soviet style", froid dans son aspect extérieur, tout comme dans l’accueil du staff. Au 4ème étage, après 100 mètres d'un long couloir à parcourir, nous prenons place dans nos chambres à l’hygiène douteux, avec salle de bain glauque, à l’extérieur, tandis que nos vélos sont garés dans un petit local, sous la gentille et payante surveillance des "gardes de l’hôtel" qui, chaque jour, arrivent jusque dans notre chambre pour réclamer les sous. Parfois, ils ne se mettent même pas d’accord entre eux… heureux celui qui demande en premier… quelle ambiance! Mais dans ce local on y trouve un trésor laissé par la récente visite d’un voyageur à vélo: deux beaux pneus Schwalbe Marathon (qualité superbe!) encore en bon état. La bonne chose au bon moment vu que je viens de détruire le pneu chinois acheté au bazar de Tachkent; il n’a pas tenu 300 km…

 

Comme d’habitude, nous prenons les repères de la ville, c’est-à-dire, localiser le bazar, vraie caverne d’Ali Babà; trouver une "ploverie" de confiance et peut-être même un point internet. Laetitia s’occupe de retirer les permis GBAO commandés en avance, indispensables pour accéder à la région du Pamir. S’il reste du temps, on prend une douche et on fait notre lessive ;-P

 

L’événement joyeux de Dushanbe est le rendez-vous avec notre cher ami Stéphane, copain d’études en géographie et plus encore, qui travaille au Tadjikistan déjà depuis quelques temps. Quel plaisir de se revoir ici, si loin de notre pays natal.

 

Pour nos amis belges est venu le temps de partir, délais de visa obligent. C’est ainsi qu’après deux mois passés ensemble nous décidons de nous séparer. Une page se tourne. Nous n’oublierons jamais les émotions vécues à quatre qui nous ont unis. C’est un moment fort; avec une pointe de nostalgie nous échangeons un adieu rapide. Mais au fond du cœur l’espoir de se revoir, un jour.

 

Nous quittons l’hôtel pour nous installer dans la maison - bureau à Stéphane pendant quelques jours durant lesquels des fortes pluies ravagent le pays. Nous faisons la connaissance de Denishka, la loquace perruche à Firuza, collègue et coloq à Stéphane. Dès qu’elle se sent à l’aise avec notre présence, elle n’hésite pas à s’exhiber dans ses chants posée sur notre tête… et faire caca sur notre épaule.

De Dushanbe à Khorog: welcome to Gorno Badakhshan Autonomous Province

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Pour cet autre bout de route nous ne sommes pas seuls. Lena et Beni, un couple que nous avons connu à Samarcande, partage cette aventure avec nous. Avec les sacoches bien remplies de provisions nous prenons la route principale, la fameuse M41, qui nous mènera d’abord à Khorog, chef lieu de la région, et ensuite sur les hauts plateaux du Pamir. Un itinéraire alternatif est possible mais les fortes pluies ont détruit un pont et coupé le passage. Ce genre d’aléas naturels est le pain quotidien dans un pays où le 93 % du territoire est montagneux et les conditions climatiques hyper-sensibles.

 

Pendant plusieurs jours nous pédalons à travers des plaines alluviales (bien alluvionnées), traversons des rivières qui ont envahi et détruit la route, buvons l’eau des cascades, roulons sur des pistes poussiéreuses, grimpons des pentes raides et croisons le chemin avec des ânes sympas et des grands troupeaux de chèvres en route vers le pâturage ou se reposant à l’ombre d’un grand peuplier… Au fur et à mesure qu’on avance, le paysage change devenant de plus en plus aride, des sapins apparaissent et des oasis vertes abritent les petits et vivaces villages tadjiks. Le contact avec les autochtones démarre souvent avec les enfants, curieux, souriants et extrêmement accueillants. Lorsque nous nous concédons un jour de pause à côté d’un petit hameau, les habitants nous souhaitent la bienvenue en nous offrant de la nourriture, des spécialités locales comme du riz au lait, du yaourt frais, un goûter au noix ou à la mélasse.

Le passage de rivière plus délicat où il nous a fallu décharger les vélos, était quelques mètres avant le premier check point GBAO , comme pour marquer clairement l’isolement naturel de cette région.

 

Un col à 3258 mètres met une fois de plus nos jambes et notre souffle à l’épreuve avant une longue et fatigante descente jusqu’à la rivière Panj, séparant le Tadjikistan de l’Afghanistan et que nous remontons jusqu’à Khorog. Cette position géographique particulière se ressent aussi par une majeure présence militaire tadjike, et nous donne droit à un contrôle des passeports au début de la nuit. Par la suite nous décidons de planter la tente dans le jardin des gens plutôt qu’à l’extérieur, aussi à cause des mines anti-personnelles encore disséminées depuis l’époque soviétique, un peu partout sur le territoire frontalier. 

L’Afghanistan si près, si "arriéré", juste la rivière nous sépare... une route, des voitures et l’électricité côté tadjik, un sentier abrupt, des ânes et parfois l'électricité côté afghan … La vallée du Panj afghane, une région tellement coupée du reste du pays…

Vite! Le président arrive!

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Le Pamir Lodge à Khorog

Chef-lieu du GBAO, Khorog est une étape importante pour tout voyageur qui va ou vient du Pamir. Comme à Samarcande, il y a la guesthouse populaire où on se rencontre et on peut échanger des précieuses informations, surtout en cette période d’instabilité au Kirghizistan. Déjà sur la route nous avons croisé d’autres voyageurs en fin de visa obligés de se rendre rapidement à Dushanbe pour prendre un vol afin de quitter le pays ou de demander un autre visa, car la frontière kirghize est fermée. Mais il semble que la situation s’améliore. Nous regardons les nouvelles et sommes en contact téléphonique avec Arnau et Grégoire qui sont déjà sur la route du Pamir. Mais le réseau s’affaiblit… 

 

Les travaux frénétiques sont en train de changer le visage de la ville car le président est en "tournée" dans le pays… Sur le chemin prévu pour le passage du convoi on refait rapidement une route toute neuve mais avec une durée de vie probablement très limitée, on repeint les bornes et les balises, on nettoie, on déplace le bazar car réputé comme trop sale et chaotique, avec des cailloux blancs on écrit des messages de bienvenue sur le flancs des montagnes environnantes, on prépare des chorégraphies au son du tambourin avec des groupes d’enfants en habits traditionnels…

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Stéphane

Comme dans tous les stops de quelques jours nous en profitons pour nous reposer, faire des lessives et des courses, un peu d’Internet à vitesse réduite, des copieux repas dans un restaurant indien (finalement Laeti peut manger, car dans ce pays la viande constitue la majorité des plats), raccommoder les habits, essayer désespérément d’alléger le poids de nos sacoches (adieu chaussons de grimpe jamais utilisées), soigner les intestins à Laeti qui recommencent à faire des histoires, et d’autres choses assez importantes, comme demander à plusieurs reprises un tampon sur le visa qui semble être obligatoire sans jamais réussir à l’obtenir et… regarder le match de la Suisse contre l’Espagne (oui oui celui où on a gagné d’une manière misérable…) dans les bureaux de la GTZ avec l’ami Stéphane, qui entretemps est rentré à Khorog.

Le corridor de Wakhan

De nouveau sur la route, mais pas la M41! Nous avons choisi de remonter le Panj à travers le corridor de Wakhan, longue vallée dont les deux versants se trouvent dans deux pays différents, Tadjikistan et Afghanistan, et le bout oriental donne dans le Xinjiang, en Chine. Pendant quelques jours nous voyageons avec Roman et Esther sur cette route magnifique, en montant en altitude à chaque coup de pédale. Les pentes brunes et lisses des montagnes sont frappées sans pitié par un soleil qui est roi dans ce ciel balayé de nuages aux formes les plus insolites qui changent d’instant en instant. Et quand on atteint les 3000 mètres d’altitude on commence à apercevoir de loin, côté afghan, les sommets enneigées du redoutable massif de l’Hindu Kush.

Un soir, nous sommes invités par Milli, marchand pamiri qui mâche quelques mots d’allemand, à passer la nuit dans sa maison dans un village situé quelques km après Ishkashim. Nous découvrons ainsi la maison traditionnelle pamiri. A base carrée, elle se compose d’une pièce principale pratiquement vide et avec une seule fenêtre se trouvant sur le plafond, au milieu. Cinq piliers portant les noms de prophètes chiites (Ali, Hassan, Mohamed, Hussein et Fatima - les pamiris sont ismaéliens, version de l’islam caractérisée par une grande tolérance et l’absence de mosquées) soutiennent le toit. Dans un coin, on trouve une petite cuisine et, en général vers l’entrée, il y a une autre petite pièce dans laquelle j’ai pu entendre une télé (faut bien l’avoir quelque part :-)). Nos hôtes y ont dormi cette nuit mais je crois que normalement ils dorment et mangent dans la pièce principale. Nous ôtons nos chaussures et nous nous asseyons sur le sol rehaussé et vêtu de tapis aux abords de la pièce. Pendant que Milli nous parle du Badakhshan et ses sources d’eau minérale chaude, sa femme et sa fille, en bonnes musulmanes et maîtresses du foyer, nous servent à manger. Puis vient le thé noir très sucré auquel on ajoute du lait (de mouton ou de yak) ainsi qu’une belle boulette de graisse (aussi de mouton ou yak). Mon estomac en train de se tortiller j’arrive à refuser poliment ces rajouts.

Pour rejoindre la Pamir highway depuis la vallée de Wakhan il faut passer par un splendide col, notre premier au-dessus de 4000 mètres, qui nous offre une vue époustouflante sur la chaîne de l’Hindu Kush afghan. Nous avons quitté Roman et Esther et rencontré Ed et Helen avec lesquels nous pédalons pour deux jours. Le soir, assis au sol en train de cuisiner nous pouvons contempler ce paysage inouï (clin d'oeil pour Arnau), ces pics blancs à peine éclairés par la lueur des étoiles. Nos corps s’acclimatent aux conditions climatiques au fur et à mesure qu’on monte. Les nuits sont très froides, la route en très mauvais état, le sentiment d’isolement augmente avec l’altitude.

La route du Pamir

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Quelques km avant Murghab

Et finalement nous atteignons le haut plateau du Pamir. Le vent souffle heureusement dans notre direction ce jour-ci et la route est en bon état, complètement déserte. La paysage est… lunaire. Les couleurs semblent être plus saturés et les contrastes plus forts. L’air est si pur et pauvre en oxygène. La vue se perd très loin dans l’horizon. Nous pédalons dans ce désert d’altitude jusqu’à Murghab, chef lieu du Pamir oriental. Sur notre chemin, seulement quelques yourtes kirghizes, un village peuplé de tadjiks et kirghizes ainsi que les immanquables moutons, yaks, vautours et une espèce de marmotte, habitent ces lieux immergés dans un silence jamais entendu. Un jour de repos à Murghab nous permet d’approcher le mode de vie de la population d’ethnie kirghize, bien différent de la culture persane des tadjiks. Nous pouvons reprendre les forces, faire des provisions au bazar et essayer vainement d’obtenir ce bénit-maudit tampon sur le visa. C’est la première fois que nous ne sommes (peut-être) pas en règle avec nos papiers en Asie Centrale. Ce n’est pas une belle sensation mais il faut qu’on avance.

Un col à plus de 4600 mètres, le plus haut sur notre chemin, et plusieurs jours de vélo nous séparent de la frontière kirghize. Des kilomètres et des kilomètres à pédaler sans mot dire, le sourire aux coins des lèvres et l’émotion dans le cœur. Quotidiennement, le vent se met à souffler à partir de 11h, parfois en nous fouettant de la neige glacée sur le visage, pour ne disparaitre qu’à la tombée de la nuit. Malgré l’air glacial qui pique les narines à chaque inspiration, le soleil nous réchauffe pendant la journée, en asséchant tout avec la complicité du vent. On le sent sur notre peau, nos lèvres gercent, nos nez craquèlent et des entailles apparaissent aux plis de nos doigts. L’eau se raréfie, souvent elle stagne dans des lacs salés. Le soir, le vent tombe laissant ce silence qui fait presque mal aux oreilles envahir l’espace immense entouré de hauteurs enneigées. On cuisine sous tente pendant que la nuit tombe, les étoiles apparaissent et la température descend vite au-dessous de zéro. Nous nous serrons dans nos doudounes le temps de manger, pour ensuite se réchauffer l’un l’autre dans nos sacs de couchage jumelables.

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Un iceberg dans la bouteille

Le matin nous trouvons l’eau congelée dans nos bouteilles, la toile de tente rigide et recouverte par une fine couche de neige… On rencontre peut-être 4 véhicules par jour, et encore ce sont des jeeps avec des touristes se rendant au Kirghizistan… Heureusement nous ne croisons personne revenir sur ses pas et Arnau & Grégoire ont certainement pu passer la frontière. Tout va bien donc… à part ce vent sans pitié auquel il faut se résigner et juste avancer comme on peut, en faisant le double d’heures et le double d’effort… Mais le cœur palpite pour l’émotion et aussi pour l’altitude, car nous l’avouons, nous avons poussé nos vélos sur le derniers mètres du col d’Ak-Baital, à 4655 mètres. Face à la Nature, l’humilité est sagesse, la fierté peut se payer cher. N’oublions donc pas de respirer! Et on l’a fait! Nous avons atteint ce cap, juste le temps pour une photo, pas une de plus, et puis descente car on se les caillent! Cela ne dure pas longtemps, voici notre récompense: des kilomètres de piste pourrie en tôle ondulée, pleine de trous, gravier et gros cailloux… de quoi rouler à 5 km/heure en se détruisant les fesses pour un long moment. Mais patience, ce n’est pas grave, tout autour est tellement beau!

 

Nous passons au village de Karakul qui se trouve sur le bord d’un lac de haute montagne, d’une couleur azure clair qui contraste avec le brun des montagnes arides et le blanc de la neige. Le ciel bleu foncé est le miroir de l’eau. Nous achetons quelques provisions dans une de ces petites épiceries impossibles à trouver sans demander aux gens car situées dans une maison en torchis comme toutes les autres, sans aucune indication. On ne trouve pas grand-chose: des soupes chinoises, des biscuits… Probablement les voyageurs qui nous ont précédés ont vidé le stock de snickers, mince! Nous en avons besoin car un nuage gris bien chargé vient vers nous. La Nature nous décharge ses forces dans la tronche, tempête de vent et giboulée pendant que nous approchons un col. Il n’y a rien d’autre à faire que baisser la tête et mouliner… 

 

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Le col dans le "no man's land" entre Tadjikistan et Kirghizistan

Et un beau matin, après plusieurs jours sans se trouver face à une âme sauf la nôtre, nous arrivons à la sortie tadjike, ce poste frontière si reculé que le peu de gens présents en même temps nous donnent l’impression d’une foule! On commence à discuter en russe: d’où nous venons, où nous allons, si nous aimons le Pamir, combien coûte le vélo… Un militaire me demande d’ouvrir la sacoche de guidon… pendant que je lui montre la radio, le couteau suisse et les jumelles, il me demande quel métier fait mon père…Quand je lui répond qu’il est« flic », il ferme ma sacoche et nous laisse passer… Aucune question concernant ce fameux tampon sur le visa. Le poste kirghiz est 1000 mètres de dénivelé plus bas. Mais d’abord, un petit col jusqu’au bouquetin!

 

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Ouzbékistan, pays aux merveilles

Période de voyage: mai 2010

Sur les terres de cette contrée se dressent des villes mythiques de la Route de la Soie. Autrefois traversées par des caravanes, Samarcande et Boukhara sont des bijoux turquoises. Le peuple ouzbek était passé maître dans l’art de la broderie dont celle au fil doré et était aussi connu pour ces habiles artisans sur métaux comme l’or, le cuivre ou le fer, ainsi que pour ces talentueux sculpteurs sur bois. Carrefour entre deux mondes, celui turc et persan, ces villes étaient l’intersection pour des échanges commerciaux et avaient développé un marché artisanal en plein essor. Berceaux scientifiques et religieux, ces anciennes cités ont été pendant des siècles des centres culturels de toute l’Asie Centrale.

 

Leur éloge n’est plus à faire, la multitude de monuments somptueusement décorés de mosaïques et de faïences que nous connaissons aujourd'hui sont des chefs d’œuvres de l’architecture musulmane inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

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Médersa Miri Arab à Boukhara

 

 

La propre Tachkent

Nous voilà donc arrivés. Dès le passage de la frontière l’ambiance et quelque peu différente de celle du Kazakhstan, les villages sont plus rapprochés mais surtout beaucoup plus peuplés. Le long de la route que nous parcourons pour rejoindre Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan, nous nous laissons enivrer par cette ambiance musulmane retrouvée.

 

Les gens sous les arbres à boire le thé, des femmes aux longues tuniques, des sourires et des saluts nous sont adressés à chaque visage croisé. La population est charmante… on aperçoit rapidement que ces maisons en torchis possèdent toutes une cour intérieure que l’on peut entrevoir depuis l’extérieur. La transition la plus flagrante reste celle de la végétation. Des arbres, des noyers, des peupliers, des abricotiers, des plantes…, des fleurs, des rosiers, etc., les bords de route sont joliment entretenus, les jardins donnant sur les trottoirs ressemblent tous à l’œuvre de passionnés jardiniers.

 

Cependant il fait chaud, très chaud en ce début de mois de mai, et rapidement on se rend compte que la rue se vide, que la sieste est au rendez-vous, mais pas pour nous, car nous souhaitons rejoindre Tachkent ce soir même. Nous sommes attendu par Igor, hôte rencontré via warmshowers, mordu du vélo, qui accepte généreusement d’héberger cette bande des 4 que nous sommes aujourd’hui.

 

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Tachkent, l’ambiance soviétique se fait vite ressentir, avec ces constructions massives et ces avenues à 3, 4 ou 5 voies… c’est immense. L’arrivée dans une ville est toujours un moment très spécial d’autant plus quand celle-ci a plus de 2 millions d’habitants ! La dernière fois que nous nous sommes retrouvés dans une aussi grande ville c’était à Baku, en Azerbaïdjan. Heureusement on se fait repêcher par Igor, qui connaît sa ville par cœur mais qui roule comme un fou ; finalement le suivre n’était peut-être pas le plus facile! :)

En général, la ville est très propre et ça respire d’espaces verts ; au milieu des quartiers il y a toujours un petit havre de paix, un parc avec de beaux arbres…

 

La raison déterminante de notre séjour ici est l’obtention des visas, ou surtout DU visa chinois. Celui, qui nous est impossible d’acquérir depuis plusieurs mois, celui qui semble être un vrai problème pour les autres voyageurs avec qui nous sommes en contact, celui qu’il nous faut absolument pour passer en Asie de l’Est.

L’Ouzbékistan est l’un des pays d’Asie Centrale qui conserve un régime politique très proche de celui de l’ex-Urss et par conséquent aux normes de contrôle assez rigides. Passé les 72 heures dans le pays, chaque individu a le devoir de se faire enregistrer quotidiennement. Même notre ami Igor, de nationalité ouzbek, a lui-même un "visa" pour son propre pays lui autorisant à séjourner en dehors de son domicile.

 

Il y a différentes versions quant aux enregistrements, divers récits et expériences. Toutefois, nous sommes tous d’accord que nous n’avons aucune envie de donner à la police les moyens de nous mettre dans une situation incommode. Donc nous décidons de suivre scrupuleusement les lois afin d’être parfaitement en règle et, de la manière la plus simple, ceci engendre de dormir toutes les nuits de notre séjour en Ouzbékistan à l’hôtel, car celui-ci se charge de vous enregistrer auprès de la police.

 

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Bazar de Chorsu avec son dôme

Après nos deux premières nuits dans le petit appartement de Igor, nous déménageons à l’Hôtel Agra. Lugubre mais tranquille, il est situé à 5 minutes du grand Bazar de Chorsu, reconnaissable facilement par son superbe dôme vert et turquoise. Cet hôtel conviendra pour l’attente des visas. Une fois encore on remercie Davide du bienfait d’être capable de se débrouiller en russe, car sans ça peut-être nous n’aurions pas été admis.

À présent, place à l’émerveillement des premiers monuments historiques qui nous transportent immédiatement dans un monde ancien comme on les décrit dans les contes. Cette architecture islamique est d’une beauté exquise.

 

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Le nan (pain)

L’atmosphère du Bazar, si particulière, est envoûtante. Des milliers de gens qui fourmillent, qui échangent, discutent, vendent, achètent, regardent… Les artisans, les chapeliers, les bijoutiers, les vendeurs de légumes, de fruits, d’épices, vêtements en tout genre, couteaux, les tresseurs d’osiers…, chacun y a sa place et nous invitent à contempler leur marchandise, au mieux à l’acheter. Sur les étalages on découvre toujours de nouvelles confections typiques du moment ou du lieu. Ici, on peut trouver de délicieuses petites boules de fromage de chèvre aux différents parfums, comme basilic pourpre ou piment, un vrai régal! Les fruits de saisons changent de jour en jour, les femmes ou plutôt les jeunes filles nous invitent à les goûter dans la bassine qu’elles transportent sur la tête. À présent, c’est les fraises!

Se laisser errer dans le bazar est toujours une source de découverte des sens, autant pour l’odorat que pour les papilles ou la vue ; c’est un moyen parfait pour s’immerger dans le pays, pour en connaître ses produits maraîchers, ses traditions décoratives et artisanales. De plus, c’est une bonne façon pour échapper à la chaleur extérieur que de se balader sous ses toits…

 

Tachkent, dernière grande ville avant les montagnes du Tadjikistan … Igor nous informe que si nous avons besoin de pièces de rechange pour le vélo, c’est ici qu’il vaut mieux tenter de les trouver. Davide, se charge de la mission : à la recherche d’un pneu. Il vaque à la tâche dans le bazar, il trouve un petit atelier qui vend toutes sortes de pièces et matériels, parmi lesquels des rustines un peu sèches, des vices neuves et d’autres toutes rouillées, en gros tout ce qui est démontable d’un vélo. Un pneu chinois 26 pouces déjà un peu abîmé par la chaleur sera la meilleur trouvaille, il deviendra le pneu pour la route du Tadjikistan…

 

Nous passons notre temps à vaguer entre bazar, hôtel et ambassades. Au grand plaisir des 3 hommes, nous découvrons aussi l’un des plats principaux de la région : le PLOV ! Ce riz cuit avec le gras du cul de mouton devient pour un temps le plat repas favoris de ces messieurs, avec aussi les chachliks, brochettes cuites au charbon. La coriandre assaisonne presque tous les plats, surtout ces salades vinaigrées de carottes, de choux, de tous légumes qui s’achètent par portion. 

Evidemment il y a encore et toujours les fameuses piroshkis, souvenir russe facile à manger sur le pouce. Mais il fait continuellement plus chaud… alors nous faisons nous aussi la queue avec des tas d’enfants sortis d’école qui s’amassent autour du glacier…

 

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Parlons un peu d’argent. En Ouzbékistan, le plus grand billet vaut 1'000 soum, ce qui équivaut à environ 60 centimes de franc suisse… enfin si vous changez votre argent à la banque, ce que tout le monde ici, même la police à la frontière, déconseille à cause du taux très bas. Le marché noir du change d’argent est monnaie courante. Il entraîne malgré tout bien des sueurs. Au bazar, on trouve très facilement ces hommes changeurs, sauf que les policiers se promènent constamment dans leur uniforme vert, d’ailleurs surnommés « les concombres » par les ouzbeks. À présent, imaginez quand vous voulez changer 100 dollars, la quantité de billets qu’on doit vous donner… pas facile d’être discret. Davide, a eu quelques sueurs froides lors de cette transaction parfaitement réussie, il rentre à l’hôtel, le sac à dos rempli de liasses de billets. Dans ce pays, la valeur monétaire des choses se montre en épaisseur de liasses de billets, plus il y a d’espace entre les mains et plus c’est cher.

 

Dans nos chambres, nous rions beaucoup, chacun ramène gaiement ses envies du moment pour les partager aux autres, puis vient le soir, où alors nous partageons des bières de taille XXL. Voilà, comment nous employons nos journées dans cette capitale. Et un jour nous obtenons enfin notre VISA CHINOIS ! C’est plus qu’un rêve… nous sommes tous émoustillés et allons fêter ça gaiement avec un bon plov !

Nous pouvons donc enfin quitter cette ville et s’ en aller voir la merveilleuse Samarcande. Nous chargeons tout notre matos et prenons le train, le plus luxueux que nous n’ayons jamais pris… nous regardons les paysages défiler à une vitesse inhabituelle… et quelques 330 kilomètres plus loin, nous y sommes déjà.

 

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Dans notre chambre à l'hôtel Agra

 

 

Samarcande la majestueuse

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La vue à la sortie de notre guesthouse: le Registan.

Son nom à lui seul évoque immédiatement la magie orientale, celle des récits des mille et une nuits. Samarcande, ville au décor rêvé, aux splendides monuments historiques, elle nous rappelle naturellement la Route de la Soie, ou au moins une d'entre elles. Dorénavant, la suite de notre voyage se poursuivra sur un de ces chemins tant empruntés depuis des siècles…

 

Contrairement à ce que l’on pourrait parfois penser, les constructions qu’il est possible d’admirer de nos jours datent de l’époque des timourides, successeurs du grand conquéreur Tamerlan (Timur Lang), soit du XVème siècle. Car tout comme Boukhara, Samarcande a été rasée par Gengis Khan et son armée en 1220.

 

Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan, astronome, fit construire à Samarcande un observatoire astronomique et une médersa où lui-même enseignait. Grâce à lui, nombreux sont les scientifiques venus du monde entier pour collaborer sur des travaux de grande qualité. La ville était alors devenue un lieu de prédilection pour la science, un extraordinaire laboratoire intellectuel et culturel dans le monde entier à l’époque du Moyen Age.

 

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Jeunes filles ouzbeks

L’excitation est forte, nous y voilà… bien que complètement remise à neuf et aseptisée, la vue des premiers édifices si majestueux nous semble irréelle. Ils sont là au milieu de cette petite ville, gigantesquement somptueux… Sur recommandation de plusieurs voyageurs, nous nous rendons au Bed & Breakfast familial du Bahodir qui se situe au cœur de la ville. C’est complètement mythique, nous sommes au centre de cette sublime et élégante architecture historique.

 

Nous flânerons des jours entre mosquées, madrasas et mausolées, à se perdre dans l’immensité de ces bâtiments et à contempler leur beauté. Autour de ces hauts lieux, la ville a été complètement rendue sans âme, moderne, faite d’une allée marchande, d’un parc cadré aux fontaines et aux arbres alignés, le tout garnis de centaines de lampadaires. Mais une fois passé l’enceinte du centre ville, on retrouve vite une climat plus authentique et vif. Les vieux quartiers semblent intacts, c’est un vrai contraste. Les habitants sont très accueillants et aujourd’hui, grâce à eux, cette ville vit de couleurs et de sourires.

 

La rue piétonne principale est bondée de touristes et d’habitants, c’est un mélange de voyageurs et de populations traditionnellement habillées. Ou encore, de ces familles musulmanes vêtues de leurs plus beaux habits pour venir visiter les lieux saints de l’islam et qui se font allègrement photographier devant l’immense Registan, place principale, cœur de l’ancienne Samarcande, composé de deux madrasas et d’une mosquée.

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Mausolé de Tamerlan: le Gour-Emir

En témoignage de la vénération pour Tamerlan, son grandiose et éblouissant mausolée, le Gour-Emir, décor de marbre, de jade, d’onyx et de dorures, se dresse en haut d’une petite colline. De nos jours le peuple ouzbek vient toujours s’y recueillir ; les 70 années de communisme soviétique n’ont pas réussi à altérer ce culte.

 

La promenade demeure une habitude culturelle ouzbek. Sur tout le site historique ont été aménagés des ruelles pavées bordées d’espaces verts avec des mûriers. Des bancs ont également été installés un peu partout afin de permettre aux gens de s’asseoir et se détendre, de prendre le temps.

 

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Ici, il est facile de discuter, les enfants vivent constamment avec les touristes. Ils en sont très curieux et n’ont pas peur de venir leur parler, ils prennent plaisir à vous saluer et à échanger quelques mots. Mais dans tout cet amalgame de choses, le plus animé est le festival de couleurs ! En plus de cette multitude de bleus et de verts qui embellissent les monuments il y a le mouvement des femmes aux soyeuses tuniques colorées et coiffées d’ornements de tout éclat. Toutes les couleurs défilent sous nos yeux, ça frétille ! Quant aux hommes, ils portent leur plus beau costume et, généralement, le couvre-chef ouzbek traditionnel, une calotte en carton ou en velours noir appelée "tioupé". Les tioupés sont décorés de motifs blancs symbolisant une marque d’appartenance comme par exemple une région ou une ethnie. Parfois sur leur tête s’enroule délicatement le traditionnel turban "chalma". Les gens, et dans ce cas plus particulièrement les femmes, s’abritent du soleil avec des parapluies qui font alors usage de parasols.

 

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Bien entendu, la splendeur des édifices dépasse l’imagination, tout est haut, les portes d’entrée sont colossales, tout est dimensionnellement inhabituel pour nous. Les coupoles bleues parfois touffues d’herbes vertes percevables aux alentours transmettent un sentiment d’antan. Et à l’approche des murs on peut voir ces décorations particulières, tous ces petits carrés de céramique aux couleurs contrastées minutieusement disposés sur toutes les façades. Dans le merveilleux de la grandeur on peut aussi admirer la finesse du détail. Quand on observe les édifices il y a quelque chose d’étrange, rien n’est droit. Les minarets cylindriques sont penchés, les façades courbées ; on dit que cette architecture apporte à l’observateur d’autant plus la sensation de petitesse. La restauration se poursuit toujours et nous permet de voir certaines techniques de construction.

 

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On peut aussi apprécier le travail artisanal, la qualité des finitions et le savoir-faire des artisans et artistes par ces portes en bois sculptées ou encore ces colonnes servant à soutenir l’avant des espaces couverts des mosquées, le tout embellit de remarquables peintures murales d’époque aux couleurs vives.

Chaque mosquée, madrasa ou mausolée possède une façade principale dont l'entrée est caractérisée par un "pishtak" (portail), qui est une énorme voûte habituellement décorée de bandes calligraphiques, de carrelage glacé et de dessins géométriques. Ceci est un élément d’architecture islamique d’origine persane.

 

Au réveil, c’est un délice de sortir se balader à travers le site. C’est doux, on y voit quelques croyants musulmans venus prier, l’atmosphère est calme et vide… les monuments deviennent alors encore plus imposants. C’est aussi le bon moment pour une petite cueillette, les mûriers sont en cette période garnis de leurs succulents fruits qui regorgent de sucre. C’est aussi l’heure la plus propice à la rengaine habituelle à laquelle nous avons droit tous les jours, les fameuses propositions indécentes des policiers chargés de garder le site: «Do you want to climb the minaret?»  Voilà, ce qu’ils viennent sans cesse glisser discrètement dans les oreilles des touristes. Effectivement, la vue de là haut doit être fort belle, surtout quand ils vous disent: «Today beautiful sunset!». Les prix varient en fonction du policier… mais au final nous n’aurons pas cédé à ce back-market local… peut-être une autre fois? :-)

 

Au milieu de cet endroit enchanté nous vivons dans un havre de paix et de paresse. Celui de la confortable tapchan de la cour intérieure de notre pension, où il y a des ceps de vignes fortifiés par des bars métalliques, créant un avant-toit qui conserve un peu de fraîcheur.

 

Nous passerons de la contemplation des bâtisses, avec nonchalance sous le soleil torride qui pique la peau, à la léthargie joyeuse de profiter de la tapchan. Celle-ci est une plateforme surélevée sur laquelle est disposée une table basse. Utilisée pour se relaxer et être allongé à l’extérieur, la tapchan est entre autre un objet de convivialité. Ses fonctions sont celle de table ou de lit, elle est recouverte d’un mince matelas et pourvue de coussins. Nous passons de nombreuses heures à apprécier notre petit royaume où l’on nous sert des repas copieux, à rester là couchés, assis, à lire, à boire du thé, à discuter, à ne rien faire… juste à se laisser bercer par cet air chaud et la tranquillité de cette cour.

 

A présent, c’est le temps des cerises !

 

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Grégoire profitant pleinement de la tapchan
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Davide, Grégoire, Arnau, Laeti, Nic et Jon

Samarcande demeure un lieu de rencontre pour les voyageurs de par sa position. Quotidiennement, il en arrive de partout car c’est habituellement le point de départ pour gagner les hauteurs de la région voisine et surtout c’est la bonne saison pour s’y rendre.

C’est ainsi, que nous rencontrons des dizaines de voyageurs à vélo et que nous échangeons des tas d’infos. Comme nous, une bonne partie d’entre eux vont emprunter la même route pour rejoindre le haut plateau du Pamir tadjik. Parmi ces voyageurs, nous retrouvons Nic et Jon ! Nous nous retrouvons ainsi les 6 ensemble, comme il y a de ça plusieurs mois lorsque nous étions au monastère de Deir Marmousa en Syrie. (lire l'article)

 

Pour l’instant nous avons encore des jours à patienter avant la date d’entrée de notre visa tadjik, et surtout l’envie d’aller voir la ville sainte de Boukhara est forte. Nous décidons donc de nous y rendre pour quelques jours avant de revenir à Samarcande nous préparer au grand départ qui nous emmènera haut, très haut… on espère…

Nous laissons le gros de nos affaires au Bahodir et voyageons léger pour la première fois depuis le début de cette aventure.

 

 

Boukhara, ville de couleur terre

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Le premier sentiment en se promenant est l’authenticité. La ville a été rénovée et elle est vraiment bien entretenue. Les coupoles turquoises sont encore plus resplendissantes au milieu de ce décor de couleur terre. Les monuments et le cœur de cette ville sont bâties de briques, c’est une petite oasis qui semble être figée dans le temps, au plein milieu du climat très aride du sud de l’Ouzbékistan.

 

Contrairement à Samarcande, le paysage urbain de Boukhara représente toutes les étapes de l’histoire de la ville. Ancienne de plus de 2'000 ans elle est un vrai musée en plein air (on peut y voir des édifices datant du Xème siècle). Nous nous livrons à sa découverte. Les artisans de toute sorte sont à l’œuvre, par exemple on peut observer avec quelle dextérité et finesse les ciseleurs travaillent ; mais la chaleur est torride et il est difficile de résister longtemps sans être à la recherche constante d’un bout d’ombre. Le ciel bleu vient contraster d’autant plus la beauté du lieu mais la lumière est puissante, les yeux se plissent…

 

D’avant la destruction de la ville par le sanguinaire conquérant mongol Gengis Khan, il ne subsiste que quelques bâtiments, dont l’impressionnant minaret Kalon. Ce splendide minaret terminé en 1127 est haut de 47 mètres ; émerveillé par la majesté de celui-ci, Gengis Khan décida de l’épargner.

 

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La cour intérieure de la mosquée Kalon et son immense minaret, à l'extérieur
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Chambre de Grégoire et Arnau chez Mubijon

Encore une fois sur recommandation d’autres voyageurs, nous décidons de loger à la pension Mubijon. Et bien, c’est une décision que nous sommes heureux d’avoir prise. Non pas uniquement pour l’endroit qui est particulièrement charmant, mais plutôt pour le maître des lieux : Monsieur Mubijon. Cet homme, ex-champion de course à pied de l’ex-URSS est d’un tempérament des plus marrants. Avec ces quelques 3 mots d’anglais il se fait comprendre parfaitement… « Madam ! » dit-il en souriant et en levant le pouce, quand il voit Laetitia servir le thé ou débarrasser la table. Le cachet de cette maison datant de 1766 est singulièrement étonnant, pour la trouver nous prenons quelques petites rues, puis suivons un panneau avec les anneaux olympiques, et lorsqu’on passe la porte d’entrée en bois, devant nous apparaît une superbe cour intérieure entourée d’appartements sur deux étages, soutenus par des poutres portant les marques du temps. Au milieu de la cour, un merveilleux mûrier qui grandit à son goût. Une ancienne porte en bois sculpté, fermée par un gros cadenas, donne sur les chambres joliment aménagées, typiquement décorées et truffées de vieilleries et de bibelots. La restauration de ces pièces a préservé cette ambiance chaleureuse d’autrefois. Nous vivons dans un poème.

 

Alors que nous flânons d’étalages en boutiques, par une heureuse surprise Ela et Tobi surgissent devant nous. Une autre retrouvaille, cette fois mi-programmée mais encore plus surprenante ,nous attend : celle d’avec Thao et Robert. Thao est l’ancienne collègue de Davide au CICR, partie en mission à Kabul et en ce moment en congé à Boukhara. On commence définitivement à croire que le monde est vaste (surtout quand on pédale :-P) mais petit à la fois.

 

Nous nous enfilons dans les petites ruelles pour rejoindre le Lyab-I-Khauz, centre de la vieille ville, composé aujourd’hui d’un bassin entouré de platanes et mûriers centenaires, où l’on peut trouver un peu d’ombre et de fraîcheur. Nous y fêterons l’anniversaire de Grégoire !

 

Côté lecture, nous avons tous les 4 lu le superbe "Samarcande" de Amin Malouf et avons pu connaître son personnage central, Omar Khayyam, poète, mathematician et grand buveur de pinard. Voici un de ses célèbres quatrains: 

 

Quel homme n’a jamais transgressé Ta loi, dis ?

Une vie sans péché, qu’elle goût a-t-elle, dis ?

Si Tu punis le mal que j’ai fait par le mal,

Quelle est la différence entre Toi et moi, dis ?

 

 

Retour à Maracanda, de nos jours appelée Samarcande

Revenir sur ces lieux après seulement deux jours nous donne une impression de retour à la maison. Notre fidèle tapchan nous manquait déjà tellement… Avant notre escapade à Boukhara, nous y avons passé plus de 10 jours. Maintenant, il est temps de se préparer pour l’aventure tadjike.

 

Par temps clair, on aperçoit au loin la première barrière de montagnes, une fois passés de l’autre côté ce sera pour nous le début d’une ascension dans un nouveau pays, le Tadjikistan. Mais concrètement, les frontières de ces nouveaux pays d’Asie Centrale sont si récentes et bien souvent sans sens apparent si ce n’est celui des enjeux géopolitiques. Rappelons très brièvement que jadis l’Asie Centrale était une région nommée le Turkestan, peuplée de différentes ethnies. Lors de l’occupation des russes elle a été découpée en républiques socialistes soviétiques (RSS). Donc, à l’époque, pour Staline ces frontières avaient un sens, c’était la politique de la fragmentation des ethnies, séparant ainsi les peuples par une limite déterminée afin de noyer les séparatistes. Les conséquences aujourd’hui sont bien tristes. Par exemple les conflits dans la région de Ferghana partagée entre l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Ces frontières ont parfois été tirées à la règle. Autre exemple, Samarcande est peuplée de tadjiks, il n’est pas rare que les gens vous disent qu’ils ne sont pas ouzbeks et parlent ainsi plusieurs langues de la région. Le Pamir tadjik est peuplé de kirghizes…

 

Rêveurs de cette première chaîne que l’on distingue à peine, bientôt nous quittons cette ville phare de la Route de la Soie pour emprunter le chemin des anciens. Nous n’aurons même pas pédalé 100 kilomètres en Ouzbékistan !!!

 

Et voici, pour terminer, le diaporama. Vous l'avez merité, chers lecteurs!

 

LES LIENS

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Album Ouzbékistan

 

 

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Des plaines vides et le coeur plein: bienvenues au Kazakhstan

Période de voyage: avril 2010

Après notre balade hivernale dans le Caucase nous voici enfin en Asie Centrale! Le premier des « stan » que nous aimerions parcourir est le pays des Kazakhs. Caractérisé par un relief très plat, le Kazakhstan est une énorme steppe. Peuplé autrefois par des chasseurs et des éleveurs nomades, il était alors parcouru à cheval. Aujourd'hui, il est traversé d'Ouest en Est par une route bétonnée et par le chemin de fer. Le long de cette voie ferrée, environ tous les 100 km, quelques rares voitures qui passent et quelques villages isolés composés de trois maisons, représentent la seule présence humaine sur notre chemin au milieu de ces immenses étendues semi-arides. Tout autour, c’est vide à 360 degrés, l'horizon est coupé uniquement par le passage de dromadaires, chameaux et chevaux, ainsi que par la silhouette des oléoducs transportant l’or noir de la Caspienne.

 

Une idée de l'échelle: le superficie du Kazakhstan est 66 fois plus grande que celle de la Suisse.

Croisière sur la Caspienne

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Le bateau tant attendu, enfin nous embarquons!

Après une attente « administrativement normale » (une semaine…) nous quittons l'Azerbaïdjan à bord du bateau de marchandises qui traverse la Mer Caspienne en reliant Baku à Aktau environ une fois tous les dix jours. Le parcage de nos vélos avec les autres camions et wagons de train de marchandises étant fait, nous nous apprêtons à prendre place dans nos cabines avec toutes nos sacoches. C'est alors que le capitaine veut contrôler le contenu de celles-ci; nous, en vrais débutants, nous l’informons tranquillement de nos bouteilles remplies d'essence servant à alimenter nos réchauds de cuisine. Et hop, deux secondes après nous nous voyons obligés de vider le fuel directement dans la mer. Par contre, tout autre liquide fortement alcoolisé est plus que bienvenu...

Les cabines sont plus ou moins propres, on ne peut pas en dire autant des toilettes… Il n’y a quasi personne à bord et la durée du voyage annoncée est de 18 heures... nous y passerons deux jours et deux nuits... y compris l'anniversaire à Laeti!

 

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Apéro dans la cabine du bateau

L’aventure continue accompagnée de nos amis belges, Arnau et Grégoire. Ils ont un visa kazakh d'une durée d’un mois seul car ils comptaient rentrer en Ouzbékistan par l'Ouest et le parcourir en entier, tandis que notre plan était de rouler au Kazakhstan pendant deux mois pour rejoindre Almaty, puis rentrer au Kirghizistan. Mais l'entente est superbe, l'envie de partager un bout de route est grande... la décision sera donc prise quelques jours plus tard autour d'une table et d'une bonne bière: nous irons ensemble à Almaty pour demander quelques visas puis nous poursuivrons en direction de l'Ouzbékistan. Et cela en moins d'un mois… il faudra forcément prendre le train pour un bout.

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Tôt le matin, le bateau arrive au port d’Aktau. Nous n'avons pas encore le pied à terre qu'un premier contrôle de passeports est effectué sur le bateau par un officier kazakh. Les traits mongols de son visage et ses yeux bridés réveillent nos esprits... nous sommes en Asie!!! Seule communication: interdiction catégorique d'importer de la nourriture de provenance animale au Kazakhstan. Et voilà que le pique-nique canadien commence : les conducteurs de camion azéris sortent leur charcuterie, et nous notre fromage...

Nos premiers pas dans la steppe

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Grégoire

Le passage de douane se fait très long mais sans problèmes, un tampon sur le visa, un sur le passeport et un autre sur un précieux petit bout de papier qu'il faudra faire tamponner par l'OVIR (contrôle de l’immigration) à Aktau.

En pédalant ces quelques kilomètres qui séparent le port de la ville d'Aktau, nous avons pu remarquer que, de ce côté, la Mer Caspienne est beaucoup moins noirâtre qu'à Baku, elle est même plutôt azure. Les conducteurs kazakhs nous étonnent avec leur attitude généralement tranquille et détendue. Ils sont bien gentils... ils nous donnent même, incroyablement, la priorité! Alors ça, on n’y est vraiment pas habitué…

Nous faisons quelques courses dans un supermarché bien fourni de produits russes et kazakhs. Tout est écrit en cyrillique, ce qui nous fait petit à petit plonger dans l’ambiance ex-soviétique. Nous attendons ensuite quelques heures pour ce tampon à l'OVIR. Et quand on l'obtient, plus rien ne nous retient, nous partons vers l'Est!

Une fois passé les dernières habitations d'Aktau, la route continue dans la steppe, plate, aride... il n'y a rien sauf ce serpent jaune qui est la pipeline et les nombreux puits pétroliers éparpillés à perte de vue et caractérisés par la lenteur de leur mouvement… le seul perceptible dans la totale immobilité du paysage.

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Troupeau de chevaux en liberté, photo prise par Grégoire

 

Gentiment le coucher du soleil approche; arrive pour nous l'heure de monter notre campement. Mais où? Dans la steppe, c'est facile: il faut juste choisir droite ou gauche, s'éloigner quelques centaines de mètres de la route et les jeux sont faits. Ou mieux encore c'est lorsque le sol n'est pas vraiment plat et qu'il nous offre la possibilité de nous abriter du vent.

 

C'est alors qu'on peut prendre un moment pour soi, s'éloigner du campement en ligne droite et se diriger n'importe où dans l'horizon. Après quelques minutes de marche, se retourner et ne pas pouvoir apercevoir les tâches colorées qui sont nos tentes. Faire lentement un tour de 360 degrés en laissant le vide, l'espace infini sans repère, vider nos esprits, nous libérer pour quelques instants de toute pensée, et alors sentir un frisson parcourir notre peau, et bien au chaud, vivant, notre coeur battre.

 

Le lendemain de notre première nuit, quelqu'un nous rend visite: des dromadaires passent juste à côté de nos tentes! En toute tranquillité, sans donner aucune attention à notre présence, ils se promènent dans leur environnement en se nourrissant des arbustes capables de pousser sur ce sol pauvre.

 

Nous pédalons pendant deux jours dans ce paysage aride complètement dépourvu d'arbres (il faut aller loin pour faire ses besoins :-)) mais, étonnamment, loin d'être monotone. Au fur et à mesure qu'on s'éloigne de la dépression de la Caspienne, le relief change: de la plaine vraiment très plate à de douces collines sujettes à une forte érosion due aux vents violents, à la quasi absence de végétation et à l'aridité du sol. Ce paysage est caractéristique dans cette région et on ne le retrouve pas partout au Kazakhstan car la majorité du territoire est plat de chez plat!

 

Nous arrivons à Shetpe, le premier "grand village" après Aktau. Selon notre planning nous décidons de rejoindre Aral'sk par la ligne ferroviaire. Mais le train passe tous les deux jours, le matin. Il nous faut donc attendre. Nous n'achetons pas les billets à l'avance (encore aujourd'hui on se demande pourquoi?!), on fait des courses dans une petite épicerie, le plein d'eau et on s'en va à la recherche d'un spot pour camper deux nuits à quelques kilomètres en dehors du village. Assez facilement nous le trouvons, hors de portée de vue de la route et bien panoramique! Nous profiterons pleinement de cet endroit magique...

Deux jours après, nous nous présentons à la gare de Shetpe pour acheter les billets; malheureusement il n'y en a plus. Que faire? Nous ne pouvons attendre encore deux jours... Il nous reste qu'à essayer d'obtenir nos billets dans le train, mais est-ce possible? Nous le demandons à un gentil monsieur qui, comme une vingtaine d'autres personnes, attend ce train, et il répond: "Bien sûr que vous pouvez, vous êtes touristes!" C'est ainsi que nous apprenons les privilèges que notre statut d'étrangers touristes nous donnent. La suite a été très rapide: le train arrive, nous approchons une entrée de wagon, demandons aux contrôleurs si on peut faire les billets dans le train, nous leur montrons nos vélos et toutes les sacoches, on négocie un prix... deux minutes plus tard nous sommes dedans. C'est un train couchettes soviétique à compartiments ouverts avec 6 lits disposés sur 3 étages plus encore d'autres lits en 3 étages tout le long du couloir du wagon. Notre installation a été tout sauf discrète: 4 étrangers poussiéreux qui installent leurs vélos sur les deux lits des étages supérieurs de 4 compartiments différents, occupés par des passagers kazakhs qui dorment, mangent, jouent ou discutent. Nous donnons l'argent à nos deux bonhommes mais aucun billet ne nous est délivrez, "y a pas besoin" nous disent-ils. Encore une fois, nous prenons conscience des vrais naïfs que nous sommes... Vu que nous n'avons pas vraiment de places assignées, nous sommes obligés de stocker (cacher?) nos sacoches dans la petite cuisinette du wagon.

 

Malgré cette irruption plutôt tendue, l'atmosphère se détend rapidement et nous nous familiarisons avec la vie des longs voyages en train qui, dans cet immense pays, peuvent durer de nombreux jours. Les gens s'intéressent à nous, nous posent pleins de questions, pas seulement parce que nous sommes la curiosité du moment, mais plutôt parce qu'ils le font aussi entre eux de façon très naturelle afin de faire la connaissance de leurs compagnons de voyage. Un wagon c'est un peu comme une grande famille: dans le compartiment, ceux qui occupent les lits d'en bas doivent le partager avec les occupants des lits supérieurs, pour qu'ils puissent s'asseoir et utiliser la table.

 

Tous les passagers (vraiment tous sauf nous!) ont une sorte de "tenue de train" qu'ils revêtent dès qu'ils prennent place et ceci jusqu'à la fin du voyage. Il s'agit le plus souvent d'un training et de pantoufles. Chacun reçoit une taie d'oreiller et un petit linge de bain couleur azure comme le drapeau kazakh. Outre le chariot officiel vendant boissons et snacks, un bon nombre de vendeurs ambulants, très probablement non autorisés, traversent les wagons en vendant toutes sortes de marchandises: jouets, vêtements, snacks, boissons, cigarettes et, pour le bonheur des passagers, de la nourriture fait maison qui vient d'être préparée. Dans un coin au fond du wagon se trouve l'objet culte: le fatidique samovar à charbon! Grâce à lui on peut avoir de l'eau chaude 24h/24.

 

Si on ne compte pas le brusque réveil par le chef du train et ses engueulades à cause de nos billets absents (nous nous en sommes sortis indemnes mais l'un des contrôleurs s'est tout de même pris une droite dans le ventre) ça a été un superbe voyage! Nous conseillons de le faire une fois dans sa vie.

De Aral’sk, la ville-port fantôme, à Almaty

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Nous voici à Aral'sk, le principal port kazakh sur la Mer d'Aral... euh... mais il n'y a plus d'eau! On connait bien la catastrophe écologique qui a touché cette vaste mer intérieure. En bref, dans les années 1960 les soviétiques ont eu la grande idée de cultiver le coton dans la steppe kazakhe et ouzbèque. Pour l'irrigation des champs, ils ont détourné les deux grands fleuves qui traversent ces pays et alimentent la Mer d'Aral: l'Amu-Daria et la Syr-Daria. Résultat flagrant: en 2004, elle avait perdu un peu près trois quarts de sa superficie. Cet assèchement a eu un impact écologique catastrophique: l'augmentation de la salinité a tué la quasi totalité des organismes qui y vivaient. Le sel laissé par l'eau et les grandes quantités de pesticides provenant des cultures et transportées par les deux fleuves se sont déposées sur le fond de la mer et ensuite, par l'action du vent, distribuées dans l'air libre. Ce type de pollution chimique à provoqué une nette dégradation de la santé des populations directement touchées: augmentation de la mortalité infantine, des cas de cancers et anémies, et d'autres maladies respiratoires. En plus, les activités économiques liées à la mer, comme la pêche, ont été abandonnées.

Pour remédier à cette catastrophe, un barrage construit en 2003 entre la petite Mer d'Aral, située entièrement au Kazakhstan, et la grande Mer d'Aral, presque entièrement en Ouzbékistan, ainsi que d'autres projets permettent aujourd'hui de faire remonter le niveau d'eau de la petite mer, en condamnant définitivement la grande mer.

 

Parenthèse scientifique terminée, nous prenons une chambre dans le seul hôtel qu'on trouve dans cette ville presque déserte. Malgré nos efforts de communication en russe, la maîtresse des lieux est complètement fermée à toute négociation. Nos propositions ne font que l'irriter et empirer le traitement qu'elle nous réserve. Le sentiment qu'elle nous inspire ressemble beaucoup à celui transmis par l'établissement même et par la ville: froid, abandon et désolation. Pas de douche dans les chambres, ni à l'extérieur... donc pas de douche prévue pour nous. Probablement cela est dû aux problèmes de provision en eau dans ce milieu asséché. Dommage, on commence à en avoir besoin. Avant de monter dans les chambres, nous croisons un voyageur allemand (incroyablement nous ne sommes pas seuls, il y a un allemand et un australien) qui nous informe qu'on peut se doucher à côté. En effet, à deux pas de l'hôtel, il y a un ballon de ceux qu'on monte sur les terrains de tennis en hiver qui abrite un fitness avec sauna et douches. Cela a de l'incroyable mais c'était vrai! C'est ainsi que linges sur nos épaules nous nous sommes rendus dans ce ballon pour goûter à la joie d'une douche tant attendue... et sombrer dans la chaleur d'une petite séance de sauna.

 

Le lendemain avant de repartir dans la steppe en direction de Almaty, quelques 1'300 km vers l'Est, nous faisons une courte visite au port-fantôme avec ses bateaux abandonnés et au musée "de la catastrophe". 

 

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Seulement un matin à Aral'sk et l'atmosphère de la steppe nous manquait déjà. Mais nous voici de nouveau lancés sur la route au milieu des grands espaces. C'est sur la M32, cette route peu fréquentée (car les distances dans ce pays sont longues, du coup la population préfère le transport en train) que nous allons vivre des moments inoubliables.

 

Le vent nous est favorable uniquement pour un jour nous permettant ainsi de passer rapidement la zone autour du cosmodrome de Baïkonour. Les violentes rafales de vent et l'air si sec et si salé nous gercent lèvres. Le régime météorologique de cette région a été déréglé à cause de la Mer d'Aral: tous les matins nous avons de la pluie jusqu'à plus ou moins 11h, puis un vent bien modéré se lève, malheureusement contre nous ces jours, en dégageant le ciel des nuages. Et quand la nuit tombe, ce même ciel se défait de son veston bleu pour se couvrir de son manteau d'étoiles. Le ciel étoilé de la steppe est tellement étendu qu'en l'observant couché par terre on a l'impression de naviguer dans l'Univers.

 

Cette ambiance steppique est vraiment singulière. Dans le vide on apprend à distinguer ce qui le remplit. Par exemple, bien qu'il semble n'y avoir aucun animal, on se rend compte que des petits yeux nous observent un peu partout autour. En fait le sol est truffé de terriers et de marmottes eurasiennes. Ou alors, lorsque le sol semble complètement défait de toute végétation, un doux parfum envahit tout l'environnement, c'est celui des mottes de plantes aromatiques qui y poussent. C'est avec grand plaisir que dans cet infini ciel bleu parfois on peut percevoir le vol d'un oiseau qui se confond, si petit il paraît. Et ces milliers d'oiseaux couleur sable qui eux aussi se mimétisent avec les terres de ces lieux. En réalité, ça grouille de Vie! L'échelle de cet endroit et ses couleurs donnent à penser d'être seul... toutefois ça n'est pas le cas. Ici, tout se décalque, et, une fois les yeux habitués, ils ne cessent d'apercevoir le monde dans lequel ils se trouvent. Et quand vient la nuit, les jappements des chacals se font de plus en plus proches... Quant au silence qui règne dans cette immensité, il est un vrai délice pour nos oreilles.

Mais au milieu de ce vaste paysage parfois c'est aussi des hommes que l'on peut voir; des bergers à cheval menant leur troupeau. Aussi, des troupeaux d'animaux en liberté, comme ces chevaux qui d'un coup vous coupent la route ou ces chameaux qui errent dans ces étendues.

 

Nous faisons nos provisions de bouffe et eau tous les deux jours dans les villages situés le long du chemin de fer. Il ne faut pas les rater car il n'y en a pas beaucoup, souvent distant d'une centaine de kilomètres les uns des autres. Il s'agit de 4 ou 5 fermes qui cachent toujours une petite épicerie où l'on peut acheter de la vodka, du thé, riz, pâtes, et d'autres céréales, sucre, sel, et différentes conserves, ainsi que des biscuits, des bonbons et, avec un peu de chance, du pain, des oignons, de l'ail et des légumes frais. La nourriture pour deux jours nous revient à l'équivalent d'environ 5 euros.... divisés entre nous quatre... L'eau nous est offerte par les villageois qui la garde stockée dans des bidons. L'eau douce et propre est un bien précieux dans cette région. Quand nous sommes à sec et qu'on prévoit une longue distance avant le prochain ravitaillement, nous demandons l'eau à plusieurs maisons car nous consommons environs 30 litres tous les deux jours pour boire et cuisiner (4 personnes).

 

Après sept jours de vélo nous arrivons à la ville de Kyzylorda. En faisant quelques calculs, nous décidons de prendre un train pour Almaty et faire au plus vite les visas nécessaires à la suite (Ouzbékistan, Tajikistan, Kirghizistan et Chine). À la gare, on nous informe que le train part dans 15 minutes, ce qui est très très court... Rien que pour faire les billets il faut donner les passeports, faire enregistrer les données personnelles, répondre à toutes les questions qu'on te pose (quel est le nom et quel le prénom?), faire corriger l’orthographe, attendre l'impression des billets. Ensuite il faut patienter pendant que le policier en chasse d'argent facile nous bloque la route pour contrôler que nos visas soient en ordre. Le train part dans deux minutes et nous ne savons pas où mettre les vélos... Au bout du train il y a le wagon bagages, ouvert et complètement vide, mais le bonhomme ne veut pas qu'on y mette nos affaires: nous n'avons pas enregistré les bagages, donc pas de tampon au verso du billet, donc pas de vélos dans le wagon de bagages. Nous demandons s'il vous plaît, nous l'implorons, même une gentille dame qui passait par là a imploré avec nous, mais rien à faire, les portes commencent à se fermer, dans un geste désespéré nous sortons un billet... 10 secondes après le train part. Nous allons à Almaty.

 

Almaty

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Cathédrale Zenkov

Dans cette ville tranquille, ancienne capitale kazakhe, nous avons trouvé une chambre avec quatre lits, style dortoir, dans une résidence universitaire habitée non seulement par des étudiants mais aussi par des familles avec enfants, tout le monde se partage cuisine et toilettes (douches payantes communes dans un autre bâtiment). Bien sûr, nous étions les extraterrestres du moment: il est drôle de voir trois étrangers barbus faire leur lessive et cuisiner… et se balader à trois avec une seule femme ("dievouchka")… La manager était autant sympa que celle d'Aral’sk: peu incline à la négociation, chaque jour au moment du payement elle nous demandait quand est-ce qu’on partait et elle nous faisait même payer pour garder les vélos à l’intérieur, dans notre chambre! Cela restait tout de même la solution la plus économique pour attendre nos visas. Nous ne pouvons pas nous plaindre, nous avons su par la suite que d’autres voyageurs n’ont pas été acceptés et ont du se chercher un autre hôtel.

 

Nous sommes restés à Almaty principalement pour faire quelques visas. Sans aucun problème, nous obtenons celui pour le Tadjikistan en 3 jours. Pour le visa ouzbek, il a fallu être un peu plus patients, à cause du système de liste d'attente interminable, mais nous n'avons pas le choix. Conseil: il est préférable de le faire ailleurs… En fait, il vaut mieux ne pas faire les visas pour les pays d’Asie Centrale en Asie Centrale. Nous avons aussi essayé de demander le visa chinois, on ne sait jamais... Mais la réponse a été catégorique: Non! Il faut le faire dans son propre pays, ou présenter invitation, réservation d'hôtels, billet d'avion et encore.  Pour ce visa là on collectionne des refus : non à Tbilissi, non à Baku et non à Almaty… Il nous reste plus que Tachkent et Dushanbe mais on commence à s’inquiéter un petit peu. En ce qui concerne le visa kirghiz nous le remettons pour Tachkent.

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Une fois ces visas obtenus, nous faisons les billets de train pour retourner à Chimkent, d’où nous pédalerons jusqu'à Tachkent, en Ouzbékistan. Nous sommes d’accord: cette fois on fait tout comme il faut! Deux jours avant le départ nous faisons la longue queue au guichet de la gare et obtenons nos quatre couchettes; pour les vélos il faut s’enregistrer le jour du départ. Nous nous présentons avec trois heures d’avance et, en deux heures et demie (!!!) nous arrivons à enregistrer les vélos correctement en payant le juste prix pour le poids et en obtenant un récépissé réglementaire.

De Chimkent à la frontière ouzbèke

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Dernier bout de l'aventure kazakhe, nous voilà reparti à vélo pour des terres bien plus vertes, nous a-t-on dit! Eh bien c'est vrai! Toute la route qui descend vers le Sud est contournée de plaines et vallées verdoyantes. Bien que cette région soit quelque peu plus habitée que celles précédemment parcourues à vélo, le calme lui, toujours règne dans cette contrée.

 

Il fait bon et l'air est parfumé de la douce fragrance du printemps. Les pâturages verts sont parsemés de fleurs colorées... et au grand bonheur des souvenirs des peintures de Van Gogh, des champs de coquelicots dansent lentement dans le vent. La route demeure aussi peu fréquentée, nous nous laissons donc flâner comme maîtres des lieux...

 

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Saison de floraison, c'est aussi l'époque des naissances. Ainsi nous croisons pleins de nouveaux-nés sur notre chemin, poulains, veaux, chiots, agneaux et ânons.

 

Nous vaguons dans les prairies et profitons de ces derniers instants sur ces terres. Chaque pause est un délice, un vrai moment de paix, où l'on prend plaisir à boire notre thé, bien sucré pour les 3 hommes, et manger des bons biscuits. Tout simplement, nous prenons du bon temps dans ces agréables campagnes kazakhes.

 

Mais la frontière se rapproche, un nouveau pays se place de l'autre côté du fil barbelé. Il est temps de tourner une page. Le Kazakhstan, premier pas dans l'Asie, ce pays connu pour ne pas y avoir grand chose, sera tombé à pique pour notre aventure à 4. Le partage de ces nombreuses heures passées ensemble au milieu de cette ambiance a été des plus amusante. Beaucoup de rires et d'échanges, nous avons appris à nous connaître, et 3 garçons ensemble ça donne souvent des idées bien farfelues, d'autant plus quand l'atmosphère qui nous entoure est propre à se laisser vagabonder... Nous roulons à travers champ! Nous arrivons, Ouzbékistan!

 

 


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Album Kazakhstan

 

 

 

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Azerbaïdjan... mais il est où le Grand Caucase?

Période de voyage: mars 2010

Nous sommes partis de Tbilissi vers le Nord-Est du pays avec l'intention de passer la frontière entre la Géorgie et l'Azerbaïdjan par la route montagneuse du Nord, qui longe le Grand Caucase reliant Balakän à Baku, plutôt que la route principale Gäncä-Baku, plate et moins intéressante.

Pendant deux jours nous pédalons dans la magnifique région géorgienne de Kakheti et comme lors de toutes nos rencontres, nous aurons droit chaque soir a un accueil bien arrosé de vin artisanal, chacha et beaucoup de nourriture. Nos derniers toasts de vin frais... car au delà de la frontière, c'est la vodka qui accompagne tous repas...

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Les pics du Caucase dans un rare moment d'eclaircies

Les policiers géorgiens nous disent : « Good Luck » au moment de passer la douane pour rejoindre l’Azerbaïdjan. Nous levons les yeux vers un gros panneau qui nous dit la même chose.

Arrivés à la douane azeri, l’accueil a été très amical, un rapide contrôle de nos visas, quelques questions en russe et hop, nous voilà en Azerbaïdjan. Les douaniers nous ont confirmé la validité de 30 jours pour notre visa à compter de la date du tampon, ce qui nous laisse tout le temps pour traverser le pays. Jusqu'à present tous les passages de frontière se déroulent rapidement (exception pour l'épisode syrien...), sans fouille ou long interrogatoire. 

 

L’enthousiasme est grand et l’envie de pédaler aux pieds du Grand Caucase nous motive encore plus. Il fait beau et nous nous disons : le temps de la pluie est terminé, on aura sûrement quelques jours de soleil, nous aurons plus de chance qu’en Géorgie, on est en mars et l'hiver est presque terminé...

Mais nous avons parlé trop vite, les nuages et la pluie réapparaissent après quelques kilomètres. Nous traversons des paisibles villages ruraux; sur la route, toutes sortes d’animaux broutent en liberté (pas de cochons, les Azeris sont en majorité musulmans) en particulier des chevaux, tous nous observent curieux de notre passage. Les collines touffues de végétation sans feuille sont mouchetées d’arbres printaniers jaunes et blancs. Le décor est calme et agréable. Nous ne connaissons pratiquement rien de ce pays, de sa culture.

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Un ami gardien de routes salue notre passage

 

Nous longerons ainsi sur presque 500km le Grand Caucase et pourtant nous n’apercevrons qu’à deux reprises les hauts sommets enneigés. Mais la beauté des routes en campagne nous persuadent que nous avons emprunté le bon chemin pour traverser ce pays. Bien que ces routes deviennent presque impraticables par moment à cause du mauvais temps, et la neige qui ne tardera pas à tomber pendant une nuit entière.

 

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Vue sur les montagnes du Kyabyaktepe, en arrivant à Saki

 

 

 La localité  la plus connue du Nord Ouest de l'Azerbaïdjan est certainement Saki, qui abrite un palais du khan datant du 18e siècle et un caravansérail, aujourd'hui devenu un hotel charmant mais plutôt cher, avec des projets d'expansion (plusieurs bâtiments). Il deviendra sûrement un hotel de luxe dans un futur très proche.

Notre idée était d'y passer une nuit romantique, mais après une brève discussion avec le gérant nous décidons de repartir et camper plus loin... dans le jardin d'une famille très sympathique.

 

Une pause au bord de la route en direction de Qabala, repas de midi, avec le quasi permanent ciel gris et quelques degrés au dessus de zéro

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La voilà! La surprise au réveil à Qabala (nuit passée dans un hotel...)

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Et plus tard, sur la route...

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Vers la deuxième moitié de mars nous avons eu l'occasion de découvrir un peu la culture azeri. Une famille, originaire du Karabagh, nous a invité deux jours dans leur maison. Nous sommes en pleine période de Novruz, le nouvel-an perse qui marque le début du printemps. Cette fête est aussi répandue en Asie centrale. Des bouquets traditionnels comme celui ci-dessus sont exposés dans la maison et les femmes préparent plusieurs sortes de pâtisseries à faire rêver nos palais et détruire nos dents...

Il est coutume, le soir de la fête, de préparer un grand feu par dessus lequel il faut sauter, afin de détruire la tristesse, la souffrance, le mauvais, et bien commencer l'année. Arnau et Grégoire, nos amis belges rencontrés en Syrie et qu'on retrouvera à Baku, nous ont raconté avoir passé la nuit de Novruz à boire de la vodka sur une colline pendant que leurs hôtes  balançaient en bas dans la vallée des vieux pneus de voiture en feu. Les voir rouler sur la pente était un spectacle extasiant nous on-t-il dit! Nous par contre, rien de tout ça... Nous nous sommes contentés de regarder la marche du président azeri à la télévision...

 

L'attente à Baku, les limbes indolores...

Après Novruz, nous sommes repartis pour Baku, une longue descente sur des prairies devenant de plus en plus arides, à l'approche de la mer Caspienne. Sur les derniers 30 km le vent soufflait si fort sur le côte que la progression était péniblement dangereuse. Alors, on sort le pouce et hop, un camion nous amène à l'entrée de la ville.

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Un troupeau de moutons sur les immenses pentes verdoyantes de l'Est azeri, sur la grande descente vers Baku

Nous n'avons pas grand chose à raconter sur la ville de Baku, mis a part le fait que, selon nous, c'est la ville la plus ennuyeuse visitée jusqu'a présent. Et nous y avons passé presque deux semaines!! La ville est un chantier éternel, ils construisent routes, trottoirs aux bords en marbre mais pas rabaissés pour les personnes à mobilité réduite (chaises roulantes, poussettes, ...), immeubles adobés de spots de lumière pour chaque fenêtre, parcs verdoyants recouverts de pavé mais complètement aseptisés, sans âme... Même la vieille ville est neuve, avec chaque pierre à sa place. Le bord du lac est naturellement, bétonné et artificiel, décoré par des immeubles à l'architecture futuriste et avec une magnifique vue sur le chantier naval. Franchement, ça sent le fric du pétrole! Et pour les soirées de détente, rien d'autres que les nights clubs évidemment...

 

Mais qu'est-ce que nous avons fait pendant tous ces jours à Baku? Le visa kazakh, du couchsurfing, bu des bières, revu des copains rencontrés pendant le voyage (Ela et Tobi, Arnau et Grégoire), logés dans un appartement de l'hotel Hyatt avec le chef cuisinier Alessandro et le responsable de la réception Armando, cela grâce à des liens couchsurfing qui datent de Tbilissi, et en dernier, téléphoné  tous les jours, toutes les deux heures, au port cargo de Baku pour demander si le bateau pour le Kazakhstan était là... cela pendant une semaine! Ce qui signifie qu'on ne pouvait pas bouger de Baku pour vivre un peu nos premieres journées de printemps... Mais on logeait gratuitement à l'Hyatt! Coincés dans les limbes indolores...

 

À part ça, on s'est quand même bien amusé comme vous pourrez voir dans les photos. Nous avons bien rigolé et connus quelques expatriés travaillant à Baku, que nous remercions infiniment pour leur accueil et disponibilité.  Nous avons aussi pu remettre nos vélos en bon état grâce à des gens compétents dans un atelier et acheter un objet de prédilection de tout voyageur à vélo: la resistance électrique qui permet de chauffer l'eau pour le thé dans ta chambre d'hotel sans y mettre le feu avec le réchaud primus!

 

Et du coup, pendant l'après-midi du 4 avril 2010, le bateau arriva... Nous quittons Baku à 4, nous deux et Arnau et Grégoire, en direction de Aktau!

 

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SAKARTVELO ou Georgia, Gaumarjos!

Période de voyage: février / mars 2010

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Premier monument après la frontière

Mémorable arrivée!

 

La transition entre la Turquie et la Géorgie fut nette! Notre premier contact avec les autorités se résume à de brèves questions, des sourires, et un séduisant "You're very beautiful!" pour Laetitia. Puis le gros changement... des femmes policiers portant la jupe hauteur des genoux, nous en avons comptées une dizaine, alors qu'en Turquie c'est dur de voir une femme qui travaille (en dehors des champs et de son foyer).

 

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Davide dans la campagne géorgienne

Les premiers villages après la frontière sont charmants, les vaches bien évidemment s'y baladent sur la route librement, avec les poules, les cochons et même les chevaux, et les gens sont extrêmement chaleureux. La langue est incompréhensible ainsi que l'alphabet géorgien, mais très joli. Toutes les personnes d'un certain âge parlent encore le russe, hérité de l'époque soviétique, tandis que les jeunes apprennent (ou bien ils devraient...) l'anglais à l'école. Enfin, Davide, peut mettre en pratique le russe qu'il aura rigoureusement appris tous les jours à l'aide d'un livre, cadeau de son frère.

Le long de la mer, quelques bar-maisons déserts qui ouvrent seulement en été. Le soir, nous décidons de demander si nous pouvons y mettre notre tente à côté, à l'abri sous un toit. À l'intérieur, un groupe de jeunes assis à une table depuis hier soir (qui était St-Valentin), à manger et boire, immédiatement ils nous convient à les joindre.

 

1ère soirée en Géorgie et aussitôt nous goûtons au vin, à la vodka, à la chacha (grappa locale), au mchadi (pain de mais) et bien plus... Nos hôtes sont très heureux de nous faire découvrir leurs traditions, comme par exemple toutes les boissons alcoolisées qui se boivent cul sec, même et surtout le vin. Après quelques temps on trouvera Davide dansant dans les bras de deux de nos hôtes, et buvant du vin blanc dans une corne de vache, appelée « Khani ». Il finira la soirée accroupi dans les toilettes (à la turque) et racontant qu'il a trouvé une solution pour le visa Tadjik!

 

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La Géorgie a été intense! C'est un pays qui a connu bien des tumultes et connait enfin aujourd'hui un peu de stabilité. Pendant plus de 200 ans, elle a fait partie de l'Empire Russe, comme une "russian province" puis, après la révolution communiste, elle est devenue une république soviétique.

 

Les années '90 furent l'indépendance, la guerre civile, la secession de l'Abkhazie, le conflit en Ossétie du Sud, la présence de rebelles tchétchènes, des réfugiés et déplacés internes... et un ancien président qui créa une nation avec de gros problèmes de corruption. Mais en 2004, un nouveau (et actuel) président, Mikhail Saakasvili, changea la vie en Géorgie, les gens le disent. Malgré tous ces tourments, la Géorgie a su conserver ses traditions et sa langue, composée de 3 dialectes distincts. Le géorgien serait l'une des langues vivantes les plus anciennes du monde, des écrits ont été retrouvés datant du 3ème siècle avant JC. 

Sakartvelo en géorgien actuel :  საქართველო

 

Dans les coutumes que nous avons vécus presque au quotidien, il y a:

  • le Tamada ou toast master, celui qui est assis en bout de table dirigeant les toasts de la soirée
  • le vin, symbole d'amitié, en quantité énorme dans chaque foyer. Le vin est peut-être né en Géorgie car on y trouve des traces datant de plus de 7'000 ans
  • la religion orthodoxe qui tient une forte place dans la société surtout chez les jeunes (donc après l'époque soviétique). Il est très fréquent de voir les gens faire le signe de la croix chaque fois qu'ils voient une croix ou une église. C'est Sainte Nino qui a amené la religion orthodoxe en Géorgie. Il y bien entendu tous les Saints, comme St-Georges patron de la Géorgie.
  • et la légendaire hospitalité et gentillesse des géorgiens qui partagent tout ce qu'ils ont sur la table, et y rajoutent même quand il n'y a plus de place :-). En ce qui concerne la boisson, avec les géorgiens on est constamment forcés de boire! Gaumarjos! (santé)

Mais il était triste de rencontrer bien des gens (surtout des jeunes de notre âge) qui sont sans emploi. Le taux de chômage est vraiment élevé. Généralement, les géorgiens vivent de leurs propres produits du jardin et de leurs animaux. Les familles sont souvent nombreuses et ils s'occupent les uns des autres.

 

Nous avons aimé les petites maisons géorgiennes carrées et simples, avec le toit métallique. Par endroit, des ruines de maisons, des anciens bâtiments et usines abandonnées du régime communiste et des bâtiments détruits pendant la guerre civile.

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Panorama sur la plaine du Rioni

La Géorgie conserve encore de grandes surfaces sauvages, la végétation est très riche, surtout à l'ouest du pays, vers la Mer Noire. Comme dit avant, vaches, cochons, oies, chèvres et chevaux se promènent en liberté. Les immenses montagnes du Grand Caucase au Nord et du Petit Caucase au Sud dominent de nombreuses vallées ou ruissellent rivières et cascades (les géorgiens sont très fiers de la pureté de leur eau minérale). Malheureusement, Mère Nature a décidé de ne pas nous dévoiler tous ces joyaux sous une abondante douche de pluie, qui sera plus qu'au rdv... la grisaille sera notre horizon.

 

 

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Notre deuxième jour, nous le passerons sous le toit (celui de la cuite à Davide) à observer le déluge.

Le jour d’après nous offre une trêve le matin et nous en profitons pour nous remettre en route. Mais la pluie ne tardera pas à revenir. Laetitia, n'ayant plus d'habits vraiment imperméables (elle a déchiré son pantalon en soulevant la jambe pour monter sur son vélo...), est trempée après 20 minutes. Nous décidons de nous arrêter à côté d'une mini baraque qui fait office de mini marché pour tenter de faire du raccommodage. Ainsi nous serons invités chez une sympathique famille qui nous fera découvrir beaucoup sur leur culture, en mangeant et buvant.

Savoureux plats, jus de framboise maison, Khatchapuri (pain au fromage, huilé de beurre), Khinkali (raviolis géants), ...

 

Le jour suivant, ils nous emmènent visiter un petit monastère, où des soeurs à l'époque du communisme y vivaient cachées. Nous faisons la connaissance de Soeur Nino qui, après nous avoir guidés dans le site, nous donne l'adresse de sa famille à Kutaisi avec la recommandation de visiter la fameuse académie-monastère de Gelati et les restes de la cathédrale de Bagrati.

 

Pour rejoindre Kutaisi nous emploirons deux jours de pédalage, naturellement sous la pluie, Laeti désormais réduite à s'habiller avec des sacs poubelles. Nous passerons la nuit dans un étable, en compagnie de vaches et petits veaux... voir photos.

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L'église de Gelati

 

Nous passons deux jours à Kutaisi où on a pu admirer la beauté d'anciennes églises et cathédrales, mais aussi des empreintes de dinosaures, et immanquablement goûter quelques litres de vin fait maison... 

On apprendra aussi que les verres à çay de la Turquie proviendraient de la Géorgie, mais eux ils y boivent du vin dedans :-)

 

Petit coup de coeur pour les chants polyphoniques, les danses et les tenues!

Ne ratez surtout pas les 2 dernières minutes...

Tbilissi

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Vue sur Tbilisi

Une légende raconte qu'un roi était en train de chasser lorsque le faisan sur lequel il avait tiré tomba dans une source d'eau chaude de sulfure. Ainsi il fut prêt pour le dîner! Le roi décida donc de fonder à cet endroit la ville de Tbilissi au 5ème siècle. Tbilissi dérive du mot "Tpili", qui signifie "chaud". 

 

Elle fut ensuite une étape importante de la route de la soie et elle subit les ravages des envahisseurs des différentes époques: arabes, mongols, perses... Figure emblématique est celle de David the Builder (le ré-constructeur) qui a étendu la ville en 1121. Tbilisi fut par la suite le centre de résistance au gouvernement soviétique, et il s'y déroulait des manifestations. On peut voir tout genre d'architecture farfelue, souvenir du régime communiste!

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Zura et Davide et au 2ème plan la statue de "Mother Georgia"

À Tbilissi, nous aurons deux pieds d'attaches. L'un chez Zura et Khatuna, tous deux géorgiens, Zura nous fera découvrir la ville et les environs, en particulier le monastère de David Gareja, situé dans la steppe géorgienne, paysage magnifique. L'autre, par le biais de couchsurfing, chez Daksh, un indien étudiant en médecine. Dans l'appartement de Daksh, nous vivrons une semaine à six (nous et 4 indiens), ce qui fut une expérience intéressante :-), disons assez exotique!

 

 

Nous constatons rapidement que cette ville, et en général ce pays, n'est pas faite pour les piétons, rarement des endroits pour traverser, ET s'il y a des passages piétons même si c’est vert, le piéton doit faire attention car il n’a jamais la priorité. Nous n'avons vu aucune moto, rien qui circule sur deux roues et surtout pas de vélo… malgré son nom "Sakartvelo"!

 

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Vert pour les piétons et pourtant...

 

Et pour terminer, voici une petite vidéo, tournée dans un moment ensoleillé. Autour de la charmante protagoniste, on peut remarquer la campagne géorgienne, des maisons typiques et des oies!

 

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Album Géorgie

 

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Back to Turkey!

Période de voyage: février 2010

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On entend le morceau “Pour Elise”, il est l’heure pour les enfants en uniforme d'école de retourner en classe. De l’autre côté de la rue, un Çay Salonu bondé d’hommes jouant au rumikub. Devant le Salonu, ça déborde de vieux vélos... c'est ceux des hommes. À quelques mètres, un champ de persil, on y voit des femmes qui y travaillent, elles portent les habits typiques, soit un large pantalon fleuri, une jaquette en tricot et un foulard sur la tête… le long de la route des troupeaux de moutons et chèvres paissent.

Puis, le chant du muezzin retentit dans les haut-parleurs grésillants…

Tant de choses nous ont imprégnés en Turquie. Carrefour de 2 continents, Asie et Europe, la Turquie est un véritable amalgame de cultures, de diversités antiques et modernes.  Il y a 20 ans encore, elle était avant tout un pays rural. Aujourd’hui, ce pays est en pleine expansion. Face au problème de production de l’électricité, les Turcs ont adoptés le chauffage solaire. Sur tous les toits on peut voir les panneaux et les tonneaux!

 

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Encore de nos jours, chaque famille possède habituellement une terre qu’elle cultive, d’ailleurs les exploitations agricoles sont souvent de type familial. Toutefois, de nos jours la situation demeure telle que bien souvent les hommes sont assis au café en train de jouer, ou alors rassemblés dans les magasins à bavarder, pendant que les femmes, elles, travaillent à la maison ou dans les champs… Cependant, la situation des femmes peut être très diverse: de la femme soi-disant "moderne" (surtout en ville), à la femme voilée ou encore portant un simple fichu coloré, plus par commodité et habitude, que par obligation religieuse.

On remarquera aussi une très forte camaraderie entre les hommes…

 

Bien entendu, comme on vous en a déjà parlé le Çay est solidement enraciné dans la tradition, le Çay représente le verre de l’Amitié. Les activités dans le foyer se déroulent généralement par terre, que ça soit pour cuisiner ou boire le thé… le salon est couvert de tapis et coussins, que l’on retrouve aussi dans les maisons à thé au bord des routes, il y a presque toujours un espace pour se coucher et prendre le temps. L’hospitalité dépasse bien souvent les barrières linguistiques. Un "Çok Guzel" (qui signifie "très bien") accompagné du signe de la main comme font les italiens pour dire "che cavolo dici", et les sourires apparaissent !

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Çok güzel!
Marché de légumes et image de Atatürk
Marché de légumes et image de Atatürk

La Turquie c’est aussi Atatürk (Mustafa Kemal), dit le père des turcs qui a amené la Turquie au monde moderne lui rendant son identité et son indépendance en 1923. Il est définitivement Le Héros National, le peuple turc continue a le glorifier en affichant son portrait dans tout les coins, en érigeant des statues, de la place principale au porte-clé, il est partout !

 

De retour en Turquie, nous sommes vraiment heureux et nous réjouissons de la traverser du sud au nord cette fois.  Ici, beaucoup de voitures roulent au gaz, se qui rend la conduite à vélo plus agréable (ou disons moins pénible!) en termes de respiration.

 

Immédiatement, nous y retrouvons toutes ces choses qui nous ont séduit un mois auparavant, dont notre 1ère nuit après la frontière syrienne, invités chez Edip, pharmacien qui aurait pu être la doublure de Nicolas Cage tellement il lui ressemble.

 

Mais la nature en a voulu autrement, le mauvais temps et la neige nous font prendre la décision de rejoindre la Mer Noire avec un bus, choix qui fut très difficile à accepter.

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La route le long de la Mer Noire fut brève et pourtant forte en moments ! Nous y aurons vécu des situations des plus rocambolesques… que ça soit une St-valentin dans le QG des femmes qui vendent leur corps, aux nuits dans les mosquées des stations d’essence et bien d’autres… et bien entendu à la grande joie de Laetitia, les oiseaux qui nous accompagnent...

 

Les endroits où nous passons sont vivants de la couleur de leurs habitants, paysages, traditions, gastronomie et musique !  Notre motivation est toujours très forte si ça n'est davantage…

 

De jour en jour, notre curiosité pour le monde dans lequel nous vivons grandit! Notre soif de lecture fait peser nos sacoches (particulièrment celles de Davide :-)) , nos interrogations et interpellations remplissent nos cahiers de mots...    

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Album Turquie

 

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Welcome in Syria! From where?

Période de voyage: janvier 2010

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WELCOME! disent les syriens contents de notre visite, mais le passage à la frontière n'a pas été des plus aisés... trois heures à admirer la grande pancarte "Welcome in Syria", nous avions tous les documents requis pour l'obtention du visa et pourtant arrivés là on nous dit qu'il faut faire chemin arrière! Alors avec beaucoup d'insistance, finalement, nous voilà en terre syrienne.

 

Que dire de la Syrie, pour commencer que ça n'est pas un endroit où l'on peut scier beaucoup de bois...ahahah mais plutôt un important carrefour des Routes de la Soie, et qu'on y a découvert le premier alphabet... Nous y passerons un mois, entre mer et désert, villes surpeuplées et tentes bédouines dispersées... Voici notre récit. 

 

 

Latakia et ses collines

Quelques kilomètres après la frontière, il commence déjà à faire sombre, il y a de la forêt partout et une pancarte indique: "Scout Camp". On décide de demander à un jeune homme qui se trouve sur le site, rien à voir avec les scouts car il est là pour couper du bois... (en Syrie ahahah) Tout de suite il nous invite à passer la nuit dans la maison où il travaille. C'est notre premier contact avec la culture et la langue arabe (si on ne prends pas en compte la douane), nous en profitons pour apprendre quelques mots basiques.

 

Le lendemain nous arrivons à Latakia, ville portuaire où nous nous arrêterons deux jours pour nous reposer et faire la lessive. Nous nous aventurons dans le trafic de la ville et nous découvrons la fameuse conduite "à l'orientale": environnement presqu'anarchique, tout espace libre est bon et le premier qui le prend à la priorité, klaxons à profusion... mais ça circule, mieux qu'à Genève. Par la suite, nous remarquerons qu'il y a quasiment plus de taxis que de voitures et que ce n'est pas l'homme qui appelle le taxi, c'est le taxi qui appelle l'homme (avec un coup de klaxon, bien entendu).

 

Après quelques tentatives nous trouvons un hôtel plutôt sale mais vraiment bon marché, géré par des jeunes sympas, ils nous offrent le narguilé et du "Maté", et nous laissent utiliser la cuisine et la machine à laver. Parfait pour nous.
 
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Les rues de la ville sont très animées: artisans, couturiers, cordonniers, magasins de vêtements, chaussures, falafels, shawarmas et gourmandes patisseries (dont nous nous empiffrons immédiatement), épices, téléphones portables, stands de jus de fruits, pharmacies et cosmétiques, billets de loterie à tous les coins de rues, chariots de foul (fèves) chaud (à l'odeur particulière), vendeurs ambulants de chai et café qui se baladent en clappant les cuillères entre elles créant des sonorités rythmiques, cireurs de chaussures (de tous âges), quincaillerie, etc... Les cafés sont remplis presque exclusivement d'hommes qui jouent au backgammon, boivent du Chai ultra-sucré et fument le narguilé. Les gens sont en général très gentils et nous demandent souvent d'où on vient: "From where?" et nous sourient la bienvenue. 

Le Krak des Chevaliers

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La prochaine étape de notre séjour en Syrie est le Krak des Chevaliers, le plus célèbres des châteaux-forts du Moyen-Âge, qui s'élève au dessus d'un cratère volcanique, sur les hauteurs de Jebel Kalakh. Sa première construction date de 1099 à 1144 et aujourd'hui on peut encore en admirer son envergure impressionnante. Nous y mettrons deux jours et demi de routes (douloureuses pour nos poumons) pour y arriver depuis Latakia. Là, nous empruntons l'autoroute mais elle ressemble plutôt à une route principale, ouverte aux activités marchandes et roulable à vélo, à pied, etc.. mais quand-même vraiment horrible, plein de camions, d'ordures!

 

 Le long du chemin nous avons pu remarquer la présence d'églises chrétiennes. En effet, en Syrie, il y a des villages entiers qui sont chrétiens, ce qui devrait faire réfléchir par rapport à nos dernières votations... 

 

 

Le lendemain de notre visite au Krak nous pédalons au Sud en direction de Homs et ensuite An Nabk. Sur la route (toujours l'autoroute) nous rencontrons un couple de cyclo-touristes anglais, Jon et Nicola (ils ont 47 et 50 ans!!) avec lesquels nous nous entendons tout de suite super bien. Avec surprise, nous apprenons qu'ils ont roulé avec notre ami Gaëtan (nous l'avons rencontré au Montenegro il y a trois mois) pour une dizaine de jours en Grèce jusqu'à Istanbul.

 

Deir Mar Musa el Habashi

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Avec Nic et Jon nous rejoignions An Nabk (située à plus de 1200 m d'altitude) en deux jours avec le vent soufflant précisément face à nous. Pendant ces deux jours nous avons remarqué les changements de paysage majeurs: de la forêt montagneuse de la région de Latakia et des collines touffues d'oliviers, au plateau caillouteux et désertique qui caractérise le Sud et l'Est du pays.

 

Nous trouvons une route alternative à l'autoroute et pédaler devient beaucoup plus relaxant, malgré le vent sévère qui doit souffler souvent vu l'inclinaison des pins. Ce paysage aride est magnifique: à l'Ouest les hautes montagnes libanaises (chaine du Mont Liban), brunes aux pics enneigées; à l'Est des collines plus douces.

 

 

Depuis An Nabk, nous prenons la direction Est pour une vingtaine de km avec l'intention de visiter le monastère chrétien Deir Mar Musa el Habashi, situé dans le désert. Il nous a donc fallu redescendre la falaise Est du plateau, et la remonter un peu plus au Nord, cette fois à pied. Eh oui, le monastère est construit sur le flanc de la falaise, offrant une vue magnifique sur le désert. Un long escalier permet l'accès au site. Nous garons nos quatre vélos dans un local aux pieds de la montée et surprise! deux autres vélos de voyage se trouvent aussi à l'intérieur. Curieux nous montons au monastère et nous rencontrons Arnau et Grégoire, deux jeunes frères (pas au sens religieux) belges, aussi en route vers l'Asie Centrale. 

Monastère de Deir mar musa, voyage à vélo en Syrie, bike touring

 

Deir Mar Musa était un ancien lieu de culte qui a été relevé de ses ruines en 1984 par le père jésuite italien Paolo Dall'Oglio. Il y compte maintenant une petite communauté cosmopolite de moines et volontaires à titre religieux ou non. Il comprend deux églises (une ancienne et une nouvelle), des dortoirs, un potager, une laiterie, cuisine, salle à manger et de discussion, une bibliothèque,... Tout le monde peut s'y rendre et y séjourner pour le temps désiré, logement et repas sont offerts en échange de services (travaux d'entretien, vaisselle, lessive, travail dans le potager, etc.) Les messes et méditations ne sont pas obligatoires et les discussions sont très ouvertes, en particulier au sujet de la rencontre et le partage entre religions.

Mais Mar Musa est plus qu'un lieu de culte; il comprend un vaste périmètre reconnu par l'Etat comme site naturel protégé. Des parcours dans le désert, plus ou moins engagés sont proposés.

 

 

Nous y passerons deux nuits au lieu d'une grâce à un fait extraordinaire: 2 jours d'orage! dans le désert! Le pluviomètre montrait clairement que pendant ces deux jours il a plu plus que la moyenne annuelle de 200 mm. Le petit vallon creusé par l'action érosive de l'eau était complètement sec le jour de notre arrivé. Maintenant, il y coule un bon volume d'eau!

 

 

Nous, 6 cyclistes, quittons le monastère le matin au milieu du blizzard et du brouillard, dans cette ambience mystérieuse nous nous séparons. Avec Arnau et Grégoire nous arrêtons un camion qui nous pousse jusqu'a Damas. Après deux bons sandwich au falafel, nous saluons nos amis belges, nous nous rendons chez nos hôtes syriens (famille de Lauriane et Yazan, Merci) qui nous attendent (ce qui explique le trajet en camion ;-)).

 

Damas

Mosquée des Omeyyades, voyage à vélo en Syrie, bike touring

Nous passons quatre jours à Damas (aussi nommée Al Cham, grain de beauté), l'une des plus anciennes capitales au monde. Nous y découvrons la magie du décor des milles et une nuit en se baladant à travers ses souks (anciens marchés) éparpillés dans la vieille ville. Dans les souks on retrouve les métiers traditionnels, transmis de père en fils: tissus imprimés à la main, le brocart, l'aghabani, les capes brodées en fil d'or et d'argent, les tapis aux motifs géométriques et arabesques, l'argenterie, le cuivre, l'or et les objets dorés, l'art des incrustations au nacre, la marqueterie, la moulure, la calligraphie arabe, la maroquinerie et la tannerie, la poterie et le verre soufflé...

Mais on y trouve aussi toutes sortes d'objets en plastique, vêtements, parfums, épices marchés alimentaires. On peut goûter aux spécialités locales: chawarma, falafel, les mezzés, jus de fruits et, les délicieuses pâtisseries à la pistache et à la pate d'amende. [...j'ai un peu repris la brochure touristique... :p]

 

Le vieux Damas était entouré de murs et de sept portes. Au coeur de la ville se situe la Mosquée des Omeyyades (énorme!), lieu de culte islamique mais aussi espace de jeux pour les enfants de part son sol glissant...

 

On trouve aussi la citadelle (que nous n'avons pas visitée à cause des travaux) et plusieurs hammams (anciens bains publics), les Khans (caravanserails) et bien d'autres somptueux vestiges.

Palmyre et la route du désert

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Un jour de pluie, nous partons de Damas pour l'oasis de Palmyra, dans le désert. Pendant les trois jours de vélos, nous avons eu droit à une nuit en compagnie de militaires et une petite tempête de laquelle nous sortirons à l'aide d'un gentil bédouin (nomade arabe du désert) en camionnette (aujourd'hui ils sont motorisés), nos vélos et sacoches confortablement couchés sur un "tapis" de caca de moutons, apportant ainsi une touche charismatique à nos personnalités pour environ un mois.

 

Palmyra (Tadmur en arabe) était une ville très ancienne avec une histoire passionnante, particulièrement rattachée à la reine Zenobia, qui en fut à son époque (3ème siècle a.c) un site grandiose et splendide. Aujourd'hui, on peut visiter ses ruines, ses temples et ses nécropoles.

 

 

Elle est une étape principale pour les touristes qui visitent la Syrie; les nombreux hotels, camping sous les palmiers tenus par des bédouins convertis au tourisme (où nous passerons 2 nuits à la fraîcheur d'environ zéro degrés), petites boutiques, tours en dromadaires et bédouins en mobylettes qui te courent après pour te vendre des colliers.