Au pays des pandas

Période de voyage: début août 2010

La floraison du bambou

Le bambou d’Asie ne fleurit généralement qu’une seule fois dans sa vie. Il va grandir, il va s’étendre et se répandre pendant environ 30 ans, puis parfois soudainement il va fleurir. Après sa floraison bien souvent il se fane, il jaunit, il se meurt gentiment.


Le voyage que nous avons entrepris n’est pas juste un trajet à vélo, c’est une vie, c’est peut-être un mode de vie quelque peu différent mais il n’échappe pas aux réalités de la vie. Il est fait d’un quotidien avec ses surprises, ses joies et ses tristesses. Lors de notre arrivée à Chengdu ville emblème du panda, la disparation d’un ami très proche nous a tristement été partagée.

 

...

 

 

La décision de prendre un peu de temps avant de reprendre la route a été inévitable et sommes alors demeurés dans une petite auberge de jeunesse. C’est là que nous avons fait la rencontre de Stéphanie et son fils Olivier qui ont égayé nos cœurs. Durant cette semaine nous avons effectués quelques brèves visites telles que la réserve des pandas, mais toutes autres sorties touristiques préalablement envisagées ont été annulées. On donnera nos corps avachis et endoloris aux mains de fers des masseurs chinois traditionnels, douillets s’abstenir !

 

La reprise du voyage fut néanmoins difficile. Reprendre la route dans un mode qu’on peut clairement qualifier d’automate n’est pas très souhaitable. L’itinéraire avait pour but de rejoindre Guilin dans la province du Guangxi afin là-bas d’y organiser la venue de nos familles respectives. Pour cela il fallait donc traverser quelques milles kilomètres en basse altitude, moyenne 200 mètres, en plein mois d’août dans l’une des régions comptée parmi les plus chaudes et plus humides de la Chine.

 

Et on s’est lancés dans cette fournaise, on pédale, on avance, sans réelle motivation et bien que la route ne soit pas des plus intéressantes on tente malgré tout de se laisser éveiller par les beautés qui nous entourent, comme ces porteurs vendant leurs fruits dans le village voisin et pour cela transportent des kilos de pêches sur un balancier fait d’une tige de bambou et de deux paniers en osier aux bouts ; ou encore toutes ces plantes aux tailles inhabituelles, tous ces papillons eux aussi inhabituellement grands virevoltants au gré du vent.

 

Mais il fait chaud, extrêmement chaud, même si l’on interrompt la journée aux heures caniculaires, l’avancée dans ce hammam infesté de moustiques et de ces minuscules « sandflies » est pour ainsi dire quasi insupportable. Autour de nous une végétation dense, des parcelles de terrains cultivées à tout bout de champs, pas un espace n’est libre et laissé à lui-même, ce qui équivaut à ce qu’il n’y a pas un endroit où mettre la tente. Il nous faut donc au coucher du soleil espérer trouver ne serait-ce même qu’un bout de béton sur lequel nous puissions poser la tente, et une fois cet espace identifié il nous faut comprendre à qui il appartient pour enfin essayer vainement de communiquer pendant une heure. L’aboutissement de cette discussion incompréhensible sera toutefois toujours positive, et les chinois nous invitent à dormir sur le lieu choisi. Mais il fait bien souvent déjà noir quand nous le comprenons et c’est, on doit l’avouer, un peu fatiguant.

 

Dans les villages, des émissions radios grésillent des haut-parleurs à un volume perceptible à des kilomètres à la ronde. Par terre à même la route, des maïs sur le sol bitumé sèchent sous le soleil ardent. La Chine rurale, nous avançons à travers elle, car parfois lorsqu’on se retrouve dans les grandes villes chinoises, signe d’une économie croissante, on a tendance à oublier que dans ce pays en plein essor, la population active agricole représente 40%. L’agriculture est l’un des secteurs économiques les plus important du pays et la Chine possède la production agricole la plus importante au monde.


On découvre qu’ici chacun fait son maraîchage, chacun possède son propre potager. Les maisons se ressemblent, noircies par le temps, aux tuiles recouvertes de lichen et de mousse verdâtres. Souvent sur le côté de la porte de ces maisons de pierres sont accrochées des écritures chinoises et des symboles sur fond rouge vestiges du nouvel an chinois; appelants au bonheur, à la chance et la prospérité. Parfois on retrouve aussi des représentations de féroces guerriers empêchant ainsi les mauvais esprits de franchir la porte.

 

Dans les cours intérieurs les familles travaillent sur la dernière récolte, on y voit alors 4 générations réunies tous assis sur ces petits tabourets hauts tout juste d’une vingtaine de centimètres. Des landaus roulent sur des bambous, ou tout simplement suspendus et alors doucement balancés par un geste répétitif d’un pied d’une grand-mère à la tâche. Le bambou est utilisé pour toutes sortes d’usages, tout comme le vélo est quant à lui utilisé par tous les âges. Ce sont parfois des forêts entières de bambous qui nous entourent dont un son assourdissant de cigales s’échappe sans répit pendant des heures.

 

 

 

 

 

L’humidité émanée de la végétation est étouffante. Il est rare de trouver des espaces d’ombres. Il fait chaud… sur le compteur s’affiche 39°.

 

Alors sous un cocktail aux ingrédients tels que : baisse de motivation, de nuit à suffoquer sous une moustiquaire où il fait 32° et pas le moindre filet de vent pour vaciller une brindille, des klaxons à vous faire des cheveux blancs, de la difficulté à trouver un endroit où dormir devenant 1 heure de discussion quotidiennement, à une monotonie du paysage tout cela assaisonné de jambes enflées recouvertes de centaines de pustules purulentes, réaction allergiques à ces sandflies invisibles qui vous bouffent en quelques secondes sous la chaleur torride lors d’un bref moment de repos ; et quand le soir venu ces centaines de piqures brûlent à se gratter jusqu’au sang et que pas un pet de vent et là pour calmer ces démangeaisons alors nous avons décidés de rejoindre la ville la plus proche (Chongqing) pour y prendre un train et nous rendre à Guilin.


Mais trouver cette ville n’a pas été des choses les plus aisées même pour nous voyageurs aguerris que nous sommes. Malgré les panneaux de signalisations, des infrastructures routières optimales et l’aide généreuses des gens… trouver Chongqing aura été digne d’un parcours du combattant toujours dans cette ambiance caniculaire suffocante.

 

Donc après avoir tourné des heures dans une première ville pensant être Chongqing, après avoir reçus divers conseils erronés de passants (rappelons tout de même que nous sommes à la recherche d’une ville de plus de 8 millions d’habitants se situant à moins de 20 km à la ronde), après avoir fait des aller retour sur des routes inachevées et cela toujours sous recommandations de piétons, après avoir tourné en rond et finalement avoir été escortés par deux voitures à l’entrée d’un croisement, après avoir gravis une colline et suivis une route sans aucune indication… après avoir désespérément envisagé que cette ville est fantôme et n’existe pas, nous avons passé sur l’autre versant, pédalé encore une dizaine de kilomètres quand soudain la vue s’offre à nous, des milliers de gratte-ciel, des ponts suspendus, un métro serpentant dans les airs, une ville au relief irrégulier, traversée par une rivière zigzagante, découpant ainsi la ville en diverses parties, le tout déposé sur un ciel bleu embrumé de smog dans des températures avoisinants les 34°, où des millions de véhicules circulent, des millions de gens fourmillent, cette ville semble sorti d’un monde de science fiction dans lequel il ne manquerait plus que les voitures volantes. Et c’est la dedans que nous devons nous aventurer, l’aventure semble ne faire que commencer… Bien évidemment nous ne comprenons pas grand-chose aux indications, ni aux explications, et tant de kilomètres sont encore à parcourir avant de trouver l’auberge de jeunesse, nous interrompons constamment notre avancée afin de s’assurer que nous allons bien dans la bonne direction, car si par malheur on arrive sur la mauvaise colline, passer alors d’une rive à l’autre n’est pas un jeu d’enfants. Mais au bout du compte on s’en sort pas trop mal et arrivons enfin où lit et douche nous attendent sur le bord de la rivière Yangzi.

 

Petite anecdote : En Chine, il est bien rare que les gens répondent à une question par oui ou non. C’est ainsi que si vous demander à un croisement : dois-je prendre la route à gauche ou à droite ? Les gens vont par politesse s’embarquer dans une explication aux mots coulants à flots sans pour autant répondre à votre question. Il va sans dire que cela vient pimenté notre avancée à souhait. Voilà comment en arrivant à Chongqing, nous étions entouré de bien 10 personnes, toutes discutant de quelle route nous devions prendre (alors que nous étions sur l’axe principal) sans répondre à la question qui était : tout droit Chongqing?

 

Le train

C’est organisé dans la chaleur pesante de l’après-midi que nous partons de cette mégapole. Itinéraire clairement identifié, enfin on croit, il y aura tout de même à quelques reprises de brèves hésitations, car ayant un timing bien réglé : un train à prendre, il serait dangereux de s’aventurer sur la mauvaise voix d’autoroute qui nous mènerait à faire un détour pouvant nous retarder de bien plus d’une heure. Donc tout comme ces milliers de véhicules qui se dirigent dans toutes les directions, nous roulons, parmi ce trafic incessant de début de fin de journée, en direction de la gare.

 

 

 

Timing parfait, arrivés à la gare le pneu de Davide explose ! Comme quoi un imprévu est toujours à prévoir. Du coup, nous devenons l’attraction, l’occupation de l’attente pour les chinois. Davide change son pneu vite fait bien fait sur le seuil de la gare sous l’œil attentif d’un public intéressé par la mécanique.

 

Envie d’expérience nouvelle, nous achetons des billets en « hard seat » soit banquettes en bois en 4ème classe. Dans le wagon, il n’y a pas de climatisation, mais on compte sur la fraîcheur de la nuit et sur les vieux ventilos poussiéreux. Nous sommes 3 par banquette, autant dire que c’est serré, surtout qu’il va falloir dormir de la sorte. Mais même pour nos fessiers habitués à rude épreuve, il est difficile de rester ainsi assis des heures sans même avoir l’espace d’étendre les jambes. Collés les uns aux autres vient davantage accentué la chaleur déjà accablante. Nous avons tous des peaux suintantes et dégoulinantes, les habits mouillés et la tête assommée, et dire que nous sommes en début de soirée. La chaleur émanée dans ce wagon, vient décupler les odeurs lourdes qui l’habitent, odeurs de poissons séchés que les gens mangent, de transpiration ou encore de pisse. Il y a ici des familles entières qui voyagent, alors que chez nous ceci semblerait juste inconcevable. Bébés, arrière grand-mères, enfants, tous se partagent sièges étroits et genoux fatigués. Rapidement la nuit tombe, les fenêtres sont ouvertes laisser passer non seulement le bruit sourd du train lent avançant sur les railles mais aussi le vent chaud d’une journée écoulée. Les gens alors sortent leur repas, allant bien évidemment des nouilles bouillantes, repas indispensable lors d’un voyage en train, aux pieds de poulets. Puis l’assommement prend place pour enfin se laisser bercer et verser dans un sommeil léger interrompu constamment, par le bruit, le voisin, les douleurs, la chaleur. C’est les uns sur les autres que nous dormons…

 

Dès le lever du soleil, on commence à sentir ce fidèle soleil qui réchauffe la carcasse du train. Le paysage défile lentement, l’arrivée est prévue pour dans environ 10 heures (la durée totale du voyage est d’environ 20 heures). L’activité matinale se met en place, toilette, déjeuner, discussion. Dans le train il y a toutes sortes de marchands ambulants voulant vous vendre toutes sortes de marchandises inutilement drôles.

 

L’un d’entre eux parviendra a capter l’attention de tout le wagon soit 118 personnes (j’ai compté J). C’est un homme qui veut vendre une serviette capable d’absorber une grande quantité de liquide. Il parle fort, il est rigolo, et il est pour un moment l’occupation qui fait passer le temps. Quand tout à coup, l’indésirable se produit ! Nous sommes en plein après-midi sous un soleil de plomb quand le train tombe en panne. Nous sommes là bloqués, sans un souffle d’air, entassés comme des sardines dans ce wagon en plein soleil… nous cuisons, pas de ventilateurs, juste des bouts de cartons pour tenter de se ventiler soi-même. Nos peaux perlent et mes jambes quant à elles ressemblent dorénavant à des tubes prêt à exploser avec des centaines de pustules purulentes qui suintent, les démangeaisons sont atroces. Une combinaison de chaleur, de nombreuses heures assises, de réaction allergique et le résultat est juste hideux ! Les chinois ne se cachent pas de montrer leur dégout méfiant face à elles.


On attend, on attend… on dégouline… Personne ne sait quand le train va redémarrer, mais on espère au plus vite. Bien une heure s’écoule et par chance on repart, c’est le scénario le moins catastrophique imaginé. Finalement, nous arrivons à Guilin tard le soir.

 

Au milieu des karsts

Prise de température de la ville, visite d’hôtels, recherche d’informations, notre séjour à Guilin est clairement logistique en vue d’organiser l’arrivée de nos parents. En Chine, le système de logements hôteliers est très bien organisé et répertorié. C’est ainsi que nous avons l’avantage à différentes reprises de séjourner dans des auberges de jeunesse non seulement offrant un prix très abordable, mais surtout nous offrons un pied d’attache fort agréable avec souvent des ambiances détendues avec une infrastructure vous invitant à la paresse ou la bière. On s’approprie très rapidement ces lieux devenant notre chez nous. On y rencontre des voyageurs et on échange. Ces « hostel » sont aussi bien pratiques car ils vous donnent le choix de dormir en dortoir à moindre prix si bien évidemment place il y a. Beaucoup de jeunes chinois utilisent ces auberges et cela nous permet de sentir et de voir l’atmosphère « back-packer » locale. On regarde les voyageurs qui vont, qui viennent, qui passent.


Mais la chaleur toujours torride nous fera minimiser nos sorties préférant l’air brassé des ventilateurs. Dans les rues les petites gargotes locales partagent le trottoir avec les salons de massages érotiques, les épiceries ou encore les mécaniciens. Devant les restaurants, des tortues, des grenouilles et bien d’autres animaux attendent vivants dans des bassines d’être servis en plats.

 

Durant la visite de nos parents nous envisageons de passer visiter spécialement un seul endroit, et celui-ci bien que très touristique et impressionnament beau. C’est l’une des destinations les plus fameuses de Chine, spécialement pour les chinois eux-mêmes, c’est Yangshuo. Yangshuo se situe à 70 km au Sud de Guilin. Nous nous y rendons à vélo. La route bien que très fréquentée est belle de part le paysage qui la longe. On découvre tous ces pics creusés par l’érosion il y a de ça des millénaires. Dès la sortie de la ville, rapidement nous retrouvons autour de nous cette Chine rurale, aux terres cultivées de riz, aux buffles d’eau prenant des bains de bous et luisant sous le soleil. L’atmosphère dégagée par ces montagnes aux formes biscornues est tout simplement magique. Des centaines de papillons volent autour de nous, ils sont si grands, si légers. Malheureusement, une grande partie d’entre eux finiront asséchés sur la route après avoir été violemment frappés par une voiture roulant à toute vitesse.

 

En fin de journée nous arrivons à Yangshuo et c’est un tourisme de masse que nous découvrons. Cette petite ville dirons nous pour la Chine, le district compte quelques 250'000 habitants peut recevoir par jour parfois la moitié de ce chiffre en touristes. Toutefois, on comprend vite pourquoi. Le cœur de Yangshuo est, il est vrai, principalement un nid à touristes avec rues piétonnes dans lesquels on trouve de tout, mais toutefois très charmant dans lequel il est possible de contempler malgré tout une Chine authentique. Néanmoins cette petite ville est littéralement entourée de ces splendides et imposantes montagnes et bordée par la rivière Li. Et de plus il faut moins de 5 minutes à vélo pour se retrouver dans le calme total, complètement isolé parmi les petits villages.

 

On savoure durant quelques jours cette ambiance féérique animée par cette folie touristique. On organise le séjour de nos familles. Réservation d’hôtels en poche, idées d’itinéraires en tête et motivation à plus 200% pour aller voir la mer, on embarque dans un bus couchette : direction Hong Kong !


 

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Commentaires: 6
  • #1

    Mickaël (samedi, 05 mai 2012 10:06)

    Quelle aventure !!! ça ne donne que moyennement envie d'aller faire du vélo en Chine... mais quel dépaysement ! Bravo pour votre ténacité ! Keep going !!! Mick

  • #2

    Chiara Del Ponte (samedi, 05 mai 2012 10:13)

    Tanti, ma tanti auguri a Davide per guarire presto e bene!
    Luca è partito dal mio......pianerottolo. Mi dispiace tanto e so che verrà da voi questa estate. Curati bene Davide e fatti trovare in forza da tuo fratello!Ciao Letizia, sei molto coraggiosa. Un abbraccio. Chiara

  • #3

    Lorenzo (samedi, 05 mai 2012)

    Auguri di prontissima guarigione a Davide!

  • #4

    andreina (samedi, 05 mai 2012 12:56)

    dafit: fuori l'aria cattiva, dentro quella buona!

  • #5

    Philontheroad (dimanche, 06 mai 2012 10:43)

    Bonjour,je lis ton récit avec intérèt et c'est bientôt Yangshuo Tai Chi center!!!!!!

  • #6

    Désirée Buchs (dimanche, 06 mai 2012 22:09)

    Chère Laeticia, cher Davide,
    Avant tout j'éspère que Davide va vite guérir de la maladie de fièvre de dengue! Chère Laeticia; tu as bien profité du temps de repos pour nous avoir fait participer de votre splendide voyage. Les pandas sont tellement choux...je ne peux pas cesser de les regarder! buona continuazione e a presto, Dösirée