Arrivés en Chine!

Période de voyage: juillet 2010

L'arrivée

Chine, 中国 ! Jusqu’au dernier instant, ce pays tant espéré nous aura fait patienter avant d’enfin nous laisser entrer sur son territoire. D’abord, il y a eu la difficulté d’obtention du visa. Toutes les ambassades depuis l’Azerbaïdjan nous refusaient catégoriquement. Puis lorsque nous étions au Tadjikistan, des frontières fermées à la suite des évènements au Kirghizistan. Et pour finir des bruits couraient à travers les hauts sommets du Pamir que les frontières chinoises fermeraient également pour d’autres raisons, telles que festivité… mais le 30 juin 2010, nous voilà arrivés aux portes occidentales de la Chine, c’est un moment décisif. L’imposante clôture nous sépare encore de cette terre promise. Devant, quelques camions attendent. A l’intérieur il semble que la vie est en suspens. Au delà de la barrière fermée, personne… c’est désert. Nous comprenons que nous aussi devons attendre. Le camionneur chinois en première ligne cherche la communication, celle-ci est plus que bienvenue. Davide, se remémore quelques mots en chinois appris plusieurs années auparavant. L’homme nous explique que pour l’instant tout le pays est en pause déjeuner. Réglé à l’heure de Beijing, alors que nous sommes à 4’500km de là, tout s’arrête !


Nous voici face à cette réalité chinoise, la rigueur d’un pays très centralisé administrativement, qui suit scrupuleusement l’autorité et aux règles établies difficiles à transgresser.

Le vent souffle et le temps tourne, gentiment la pluie arrive et toujours pas un signe de reprise du service de l’autre côté. Généreusement, le camionneur nous invite à patienter à l’abri dans sa cabine. Il nous offre alors toutes sortes de friandises sous vide dont les chinois raffolent. Pour nous qui venons tout juste du Tadjikistan, où il n’était possible de trouver que quelques rares denrées comme des carottes, oignons, instant noodles, nous plongeons en l’espace d’une seconde dans cette puissance économique en plein essor, qui compte une population de plus d’un milliard d’habitants, producteur et consommateur d’une quantité infinie de produits divers, en boîte, sous vide…

 

Finalement, après plus de trois heures de patiente attente, une parade orchestrée démarre, officiers alignés, marchent au pas rythmé par le son perçant d’une trompette. Les militaires se mettent en place, enfin la grille s’ouvre : c’est avec hâte que nous faisons nos premiers pas en Chine, ou plutôt dans ce no man’s land pour le moment. Cette frontière est quelque peu spéciale, jeunes militaires fusil à la main veillent à ce que personne n’enfreigne les règles. Tout est dicté, dirigé, et l’atmosphère est plus que contrôlée.


Ils veulent tout inspecter, toutes nos sacoches, dans les moindres recoins. Ils regardent chaque objet très attentivement, mais en fin de compte ils sont à la recherche d’une seule et unique chose: d’informations que nous pourrions introduire sur le territoire. Cartes géographiques, journaux et livres sont les articles suspectés sur lesquels ils mettent l’accent pour notre fouille. Le jeune soldat très motivé, regarde chacun de nos mouvements, et ne cesse de nous demander : Do you have maps ?


Je lui répond que bien évidemment nous en possédons et lui montre alors les dizaines de photocopies de cartes, mais il n’est pas satisfait, il veut des vrais cartes. Il scrute ces papiers truffés de ces informations géographiques, et soudain il nous adresse ces mots: You know, in some maps Taiwan is like a different country, but NO, Taiwan IS China !

La perquisition terminée, ils nous disent que nous pouvons poursuivre. C’est avec soulagement qu’on s’imagine enfin libre d’avancer sur ce territoire, mais après quelques kilomètres c’est reparti, un autre poste, celui ordinaire cette fois. Inspection à nouveau avec les mêmes questions quant aux médias que nous détenons, puis tampon sur le passeport et via… finalement tout se déroule bien, mais c’est long.

 

La Chine ! …cette fois nous y sommes ! Les montagnes sont de toutes beautés, colorées aux ondulations et formes géologiques singulières, plissées, dentelées, c’est un relief varié qui se présente face à nous et nous l’embrassons allègrement. Les panneaux signalétiques nous amusent beaucoup, avec des flèches qui zigzaguent. Nous sommes dans la province du Xinjiang, région principalement peuplée de Ouïghours, une minorité musulmane sunnite. Du coup, bien que nous soyons en Chine et malgré le constat d’une certaine modernité, la population et les villages traversés ressemblent fortement aux pays précédents, et nous ne ressentons pas un changement radical. Par endroit il y a même des yourtes kirghizes. Les gens parlent le ouïghour, langue turcophone à l’alphabet arabe. Seules ces maisons rectangulaires, les unes à côtés des autres, peintes en jaune, aux inscriptions chinoises rouges sur les murs extérieurs nous permettent de ressentir un changement de pays, une autre culture.


Dorénavant, c’est la descente des 3'000 mètres pour rejoindre la plaine qui nous attend. La température est agréable, la route est belle et tranquille mais pourtant pour différentes raisons j’ai envie de rejoindre la ville de Kashgar au plus vite. Alors après notre deuxième jour, à la fin d’une longue journée, les nerfs un peu à bout, la pluie approchant, nous arrêtons un véhicule et lui demandons de nous emmener à la ville suivante à une quinzaine de kilomètres de là, afin de pouvoir prendre un bus ou un taxi pour nous rendre à Kashgar (~100km).

 

C’est alors qu’une aventure que nous n’aurions jamais pu imaginer commence !


Le véhicule qui nous avait donc pris en stop précédemment se propose pour nous emmener ce soir même à Kashgar. Tip top ! Sauf que le chauffeur après nous avoir promené pendant une heure et demie dans la ville, reviens sur sa décision. Cette promenade avait pour seul but la quête d’autres voyageurs à transporter. La nuit tombe, il pleut des cordes et nous sommes coincés dans cette voiture. Un peu d’agitation, on monte la voix en toutes les langues afin de convaincre le chauffeur qu’il se doit de maintenir son engagement, qu’à présent il est trop tard pour changer de plans. A cet instant une voiture de police déambule, un policier descend, demande brièvement ce qui se passe, monte dans la voiture et donne l’ordre d’aller illico au poste.


Assise sur la banquette arrière de ce véhicule, policier collé à ma gauche et Davide à ma droite, nous sommes comme dans une boîte à sardines. J’essaie discrètement de dissimuler le Lonley Planet que je tiens à la main avec à l’intérieur la carte de la Chine sur laquelle Taiwan est clairement indiqué comme pays indépendant. Nous voilà dans de beaux draps. Après cette interminable journée et seulement 2 jours en Chine, on nous conduit directement au poste, bien joué ! Inspection méticuleuse de nos passeports, de notre visa chinois (on imagine déjà le scénario catastrophique… expulsés !) ; mais au final tout est bien qui fini bien. La police aura joué le rôle de médiateur en donnant un second ordre net et concis à notre chauffeur : nous conduire sur le champ à Kashgar.


Youth hostel à Kashgar
Youth hostel à Kashgar

Nous y arrivons enfin, il est tard, presque 23h. Nous savons que certains de nos compagnons de voyage sont dans une auberge quelque part au milieu de cette immense ville de plus de 400'000 habitants. Non seulement nous n’avons aucune indication pour trouver ce lieu mais en plus il y a fort longtemps que nous n’avons pas été confrontés à autant de gens, de circulation, de lumière, de bruit etc.…. L’envie de retrouver nos copains est forte, la fatigue est grande, la faim est douloureuse et la nuit avance. Par de drôles de coïncidences nous parviendront après beaucoup de difficultés et de tentatives ratées, passé minuit, à dénicher cette chaleureuse auberge de jeunesse au décor rappelant celui des caravansérails et au staff convivial.

 

Tous ensemble!

Les retrouvailles sont inattendues et amusantes. Arnau, Grégoire et Gaëtan sont là, assis dans le noir à chuchoter… ils leur faut quelques secondes avant de réaliser qui sont ces deux ombres qui s’approchent d’eux et les saluent! La joie partagée de se revoir, nous nous évadons aussitôt pour tenter de dégoter quelque chose à nous mettre sous la dent. Ils nous emmènent dans une petite gargote qu’ils connaissent. Des laghmans ! C’est un régal… ces nouilles délicieusement servies avec des oignons, des carottes, des tomates, assaisonnées de poivre, de coriandre et de gros morceaux d’ail est une explosion de saveurs pour nos papilles ! Le cadeau mérité après cette extrêmement longue journée aux émotions à l’allure de « montagnes-russes ».

 

Cours de russe
Cours de russe

Le lendemain, c’est avec plaisir aussi que nous retrouvons Marcella et Bernardo, rencontrons enfin Sabine, que nous connaissions à travers Gaëtan, et faisons la connaissance de Nadine. Bien des gens habitent dans ce lieu! Cela nous permet finalement d’élucider qui est le mystérieux bienfaiteur du Tadjikistan. Cet être généreux ayant abandonné ses pneux Schwable Marathon dans l’hôtel à Dushanbe ; durant toute la route du Pamir nous n’avons cesser de le remercier. Cette découverte nous révéla être la personne de Sabine. Danke viel mal !

 

Cette auberge est un délectable havre de paix où un rendez-vous involontaire rassemble les voyageurs de toutes horizons qui se mélangent et échangent. Pour les voyageurs à vélo, c’est un lieu stratégique après la Route du Pamir et avant la Karakoram Highway, et vice et versa. Chaque jour l’un s’en va alors que d’autres arrivent. Ainsi, nous faisons aussi la connaissance de Marco avec son vélo-couché, et aurons également le plaisir de revoir, Lena et Beni, ainsi que, Helen et Ed.

 

Tous à vélos... Sabine, Arnau, Marcella, Gaëtan, Grégoire, Marco, Bernardo, Nadine, Davide et Laeti
Tous à vélos... Sabine, Arnau, Marcella, Gaëtan, Grégoire, Marco, Bernardo, Nadine, Davide et Laeti

Très rapidement nous ressentons la chaleur des basses altitudes en cette saison, il fait sec, très sec. On passe beaucoup de temps au sein de la cour intérieure à l’ombre, à chercher un peu de fraîcheur ou plutôt à simplement fuir le soleil. Tandis que l’eau des fruits est d’un grand secours face à cet air brûlant, nous minimisons les déplacements afin d’éviter un réchauffement corporel… l’acclimatation est progressive.


Du côté des mâles, Davide, Arnau et Grégoire c’est la reprise des parties d’échecs. Ils sont aussi atteints de cette envie insoutenable d’acquérir les fameux couteaux de renommés de la région… ils vont bien évidemment céder à ce besoin et vont tous par la suite bichonner ces lames, les comparer, dormir à leur côté et les admirer à peine les yeux ouverts. Cependant pour des raisons encore inconnues à ce jour, Davide, devra tout interrompre le laps d’une journée complète. Il est frappé d’une crise intestinale accompagnée de fièvre qui disparaîtra dès le jour suivant. Chaleur ? Excès de nourriture? Virus ?

 

Au coin de la rue, il y a un marché qui déborde de fruits ! C’est incroyable ! Tellement de fruits ! Des paniers remplis d’abricots, des pastèques par kilos, des charrettes qui s’écroulent sous les melons, et nous, nous nous ruons dessus dès les premières heures du matin, mais aussi à midi et le soir, résultat : des selles plus liquides que normales, spécialement pour Davide.


Des galettes de pain au centre croquant, des artisans à la pelle, les gens sont souriants et le marchandage est de mise. Il faut alors flâner, humer et se laisser guider vers un marchand avec lequel on va partager quelques mots et échanger, pour parvenir à un compromis, où lui et moi seront contents. Ça grouille de monde, de vie, de produits, d’odeurs, on a envie de tout essayer ! Le parfum des brochettes « chachlick » posées sur des grilles reposant sur des demi-tonneaux remplis de charbon, le petit resto aux aliments fraîchement sortis du four à bois, l’invitation à goûter est irréfutable ! Mais les fruits… !!! Les fruits demeurent notre choix de prédilection, surtout que la plupart d’entre eux viennent directement de la région et que c’est la bonne saison.

 

Aux alentours, on peut voir ce contraste entre modernité grandissante et une vie d’époque qui tend à s’effacer petit à petit. Les anciennes maisons se font détruire, leur ruines au milieu de cette ville en développement, sont abandonnées ainsi pour un temps. Ces décombres demeurent toutefois la maison de ses anciens résidents qui malheureusement n’ont pas d’autres habitations où aller vivre, alors que non loin, des buildings se construisent sans pour autant se terminer. La disparité est présente partout, allant du bout de la petite rue où artisans habiles qui toujours fabriquent tout genre d’objets par des méthodes séculaires transmises de génération en génération, et au croisement lorsqu’on bifurque à gauche, ce sont des grandes voies longées d’immenses supermarchés qu’il faut traverser par un pont suspendu. Les allées sont bondées de ces scooters électriques, donc il faut faire attention aux collisions car ceux-ci ne faisant aucun bruit il est facile de se faire surprendre. Mais au milieu de cette croissance frénétique subsiste cette ambiance d’antan qui peine à s’incliner promptement.

 

Alors, malgré tous ces véhicules dernier cri, il y a la présence de cette considérable variété de moyens de transport hybrides inclassifiables selon les normes occidentales. Tous se déplacent sur la même route, se côtoient et se partagent les voies. Certains chargés comme des mulets, d’autres à 4 sur une sorte de moto, des vieux sur leurs vélos une vitesse à la roue voilée, des triporteurs, des side-cars, des charrettes, toutes ces 2, 3, ou 4 roues sont modifiés artisanalement et adaptées à l’usage premier auxquels elles sont destinées (transport de gens, de bidons, de déchets, etc…). Il y a une certaine magie dans ce pot-pourri du transport.


Très vite on se familiarise avec cette multitude d’offre, de gens, de produits. On trouve tout, et facilement. Les grandes surfaces sont colossales, des actions tous les mètres, une voix qui hurle dans des haut-parleurs faisant la publicité des promotions, des vendeurs à tout bout de champ aux sourires digne d’une campagne dentaire, des centaines de chinois qui avancent lentement examinant chaque produit et ces rayons fournis de tout en tout genre. S’aventurer dans ces magasins n’est jamais une partie de plaisir. Par contre c’est bien plus lentement qu’on s’habitue à cette manie culturelle qui nous dégoûte quelque peu dans certaines circonstances : le crachat ! Ce raclât de la gorge si présent dès le réveil est pourtant si propre à la culture chinoise étant donné qu’en médecine traditionnelle il est mauvais de ne pas expectorer les mucus des bronches.

 

Les décisions quant à la suite se prennent, choisir où l’on veut aller, dans quelle direction, ce que l’on veut voir et parvenir à concilier tout cela avec des réalités géographiques et temporelles. Car la Chine est grande… très grande… On discute et échange des infos avec d’autres voyageurs. Pour nous le choix est pris, nous ne longerons pas le désert du Taklamakan à vélo, mais privilégierons plutôt une route recommandée dans les hauts plateaux de la région du Sichuan.


Il va donc falloir prendre un train dans un premier temps pour rejoindre Ürümqi, puis un second pour Lanzhou, qui se situe approximativement au Centre de la Chine. Ainsi nous avancerons de quelques 2’000km en seulement quelques jours. Cela nous offrira plus de temps pour profiter de certains lieux.

 

Boîtes à sardines
Boîtes à sardines

Le train ! Bien différent du Kazakhstan… En Chine tout est plus qu’organisé. Inspection détaillée comme dans les aéroports, rien ne passe et par conséquent les garçons ont cachés leurs couteaux dans les tube de selles pour espérer ne pas se les faire confisquer et quant à moi je transporte une bouteille d’eau à moitié remplie, le policier me demande alors d’en boire un peu devant lui pour lui démontrer que c’est bien de l’eau et non pas … que sais-je … un liquide inflammable.

 

Nous embarquons avec nos deux amis belges et Sabine. Les instant noodles ultra-piquantes qu’on ébouillante et que les chinois mangent en suçant en moins de 5 minutes constituent le menu principal lors d’un voyage en train. Il y a aussi tous ces enfants qui rient et égayent tout autour d’eux, ils jouent aux singes entre les banquettes, et s’accrochent aux échelles créant de la sorte un terrain d’aventures. Les plus jeunes sont vêtus de pantalon fendu à l’entrejambe, laissant voir en plus de leur petit cul de bébé tout lisse, les bijoux de famille. Car ici, les couches culottes ne sont pas coutume. Les enfants apprennent dès leur plus jeune âge à réclamer pour leur besoin.


Par la fenêtre défile lentement l’aridité du désert, malgré quelques tentatives d’irrigation et de plantation, l’étendue de terre sèche et de sable est absente de vie sur des milliers de kilomètres, c’est très lumineux et il vente fort… quelques pensées s’envolent alors pour nos amis qui ont décidé de faire cette route à vélo.

 

Ürümqi, dans la ville tout est propre, des gens partout nettoient constamment. Des néons de couleurs, des publicités à n’en plus finir, des marchands ambulants avec triporteurs et la vision d’une première pagode commence gentiment à nous transporter dans l’ambiance chinoise imprimée dans notre imaginaire.


Les routes se séparent à nouveau, mais cette fois pour de bon, car nous allons direction Sud alors que Arnau et Grégoire vont direction Beijing pour rejoindre ultérieurement la Mongolie. La Mongolie, destination primée de bien des voyageurs à vélos rencontrés. Voici le moment venu où nos routes différent et où notre aventure en commun s’arrête. Davide et moi, prenons un train qui nous emmène à Lanzhou, ville traversée par le fleuve jaune, aux multiples pagodes car elle fut un centre important pour le bouddhisme. Encore quelques milliers de kilomètres, quelques 32 heures de voyage en train et nous pourrons enfin reprendre nos montures pour nous évader vers les hauteurs et retrouver, on l’espère, un peu de fraîcheur et de calme.

 

En route pour les hauts plateaux

Vue depuis notre chambre
Vue depuis notre chambre

Lanzhou, est peuplée de plus de 1'500'000 habitants. Elle est le centre géographique de la Chine et s’étire sur plus de 30 km le long du fleuve Jaune. Arrivés de notre long trajet en train nous logeons dans un hôtel au 17ème étage, les enseignes lumineuses ne s’interrompent pas de la nuit ni d’ailleurs le bruit du trafic. Nous sommes dans la province du Gansu, et allons monter gentiment pour regagner les hauteurs de la province du Sichuan.


La circulation est dense et désagréable. Cela faisait quelques mois que nous n’avions plus l’habitude de partager ainsi la route ; des véhicules passent perpétuellement à nos côtés. De plus, sans aucune parcimonie les conducteurs font usage de leurs klaxons, nos oreilles en souffrent et nos nerfs aussi. 

 

Une ascension d’environ 2’500mètres en perspective, et on espère sincèrement retrouver la tranquillité des altitudes. Dès, les premiers kilomètres nous commençons à monter. D’abord par une légère pente puis par quelques zigzag espacés et finalement par des lacets.

 

Durant plusieurs jours notre avancée se dirige vers le haut et vers le sud. On découvre des collines cultivées, des maisons traditionnelles dans des petits villages escarpés. Dans les terrasses de riz des familles entière travaillent, cultivent, tous habillés de ce chapeau de paille triangulaire. Les terrasses donnent à ces petites montagnes des couleurs différentes par niveau, par parcelle. C’est joli et cela devient de plus en plus paisible. Sur les cimes on peut voir à l’horizon différents temples, à l’architecture typique, de là où nous les apercevons ils semblent petits, c’est alors qu’on se rend compte de la grandeur des collines qui nous entourent. 

Outre les maisons anciennes ou les monuments historiques, le style architectural chinois aux influences diverses des différentes dynastie est encore bien souvent utilisé pour la construction et la rénovation des maisons actuelles. Aussi, on peut voir défiler un bout d’histoire et prendre conscience des différents peuples en admirant par exemple un « Gongbei » (complexe sanctuaire islamique) indiquant que cette région est peuplée principalement de Hui (ethnie chinoise pratiquant l’islam) et non loin de là apercevoir une pagode ou des temples taoïstes.

 

Gongbei
Gongbei

Le trafic diminue nous laissant ainsi souvent seuls sur une route en super état, probablement refaite il y a peu. La température devient elle aussi plaisante. Un superbe passage sur une crête nous offre une vue panoramique permettant de réaliser le relief dans lequel nous pédalons, ce sont déjà des montagnes aux lignes douces vers lesquels nous grimpons.  Sur notre compteur dorénavant s’affichent les 10’000 kilomètres.

Dès Linxia, toujours dans la province du Gansu, l’itinéraire va dévier un peu à l’ouest en empruntant une vallée où coule la rivière Daxia afin de nous rendre à Xiahe, préfecture autonome tibétaine de Gannan, situé à 3'000 mètres. La raison première de cette visite est le monastère de Labrang, l’un des plus importants de l’école de Gelugpa du bouddhisme tibétain. Tout au long de ces villages perchés, des artisans créatifs fabriquent des lunettes un peu biscornues et extravagantes, avec des grands verres fumés. Ces lunettes font fureur dans toute la région et sont exportées jusque dans le Sichuan, les hommes adorent les porter, particulièrement les plus vieux.

"loungta" guirlande de prières
"loungta" guirlande de prières

Plus nous montons et plus les traits des visages changent, des drapeaux de prières sont attachés et dansent dans le vent, les gens rencontrés sont habillés avec le typique chuba (manteau aux manches larges serré par une ceinture). Apparaissent aussi quelques moines aux robes bordeaux. Les gens sont extrêmement souriants. La signalétique se modifie, à présent s’est écrit en tibétain, en chinois et en phonétique. Sur le chemin quelques petits monastères bouddhiques et pour compagnie des rapaces jouant avec les courants.

C’est sous des trombes d’eau que nous arrivons à Xiahe. Nous aurons beaucoup de chance car le lendemain en plus d’un ciel parfaitement dégagé nous pourrons assister aux dernières cérémonies avant les vacances pour les moines. Du coup, une fois la procession terminée, ce sont des moines de tous les âges qui s’apprêtent à prendre congé quelque temps. Dans l’air les rires des échangent de ballon, sur les camions ils sont peut-être 30 ou plus, amassés les uns sur les autres, balluchons, sacs à dos, lunettes aquatiques sur le visage, l’excitation est au rendez-vous.

 

Xiahe, plus près du ciel

Dans l'enceinte du monastère
Dans l'enceinte du monastère

L’ambiance qui règne au sein de cette ville mais plus spécialement dans l’enceinte du monastère nous invoque un profond respect. En plus des centaines de moines, de l’odeur d’encens qui brûle, des dong qui retentissent, du parfum de beurre de yak dans les bâtiments, des chants bouddhiques, il y a ces milliers de pèlerins tibétains; des familles au grand complet. Les femmes sont particulièrement belles, elles portent sur elles un certain charisme. Bien souvent des boucles d’oreilles et des gros colliers aux couleurs vives ornent leur beauté, elles sont coiffées de tresses souvent séparées par une raie au milieu des cheveux, indiquant ainsi qu’elles sont mariées. Quelque chose d’étrange, de particulier plane sur cette petite ville hôte de pèlerinage, aux apparences authentiques mais débordante également de touristes et du commerce qui l’accompagne.


Le monastère est entouré des moulins à prière qui ne cessent de tourner… en faire le tour est un pèlerinage portant le nom de « kora », attention il faut toujours marcher dans le sens des aiguilles d’une montre, ce qui équivaut à avoir ces moulins à prières sur notre côté droit. Les ethnies se mélangent, quelques Han, des Huis mais principalement des tibétains. Les huis sont facilement reconnaissables non pas seulement car ils vendent du pain, mais par la toque qu’ils revêtent sur la tête ou le tissu en velours qui entoure le visage des femmes.

 

Cuisine au wok

La reprise de la route direction Sud se fait dans la plus grande des motivations. Complètement remise à neuf, cette route est lisse, cela semble presque incroyable. Ce goudron parfaitement gris aux lignes blanches, si blanches qu’elles semblent encore fraîches, et sur le côté des petites collines aux prairies où le jaune éclatant des champs fleuris de colza vient tapir l’herbe d’un vert quasi fluorescent. On croirait un fond d’écran windows, pour preuve :

 

Chaque jour c’est des centaines de tibétains à moto que nous croisons et qui nous saluent tous si généreusement, ils vont en pèlerinage. Cette joie qu’ils nous offrent se transmet de rencontre en rencontre. Voyageurs tout comme nous, cheveux et sourires au vent !

 

Toujours plus nombreux les rapaces tournoient dans le ciel alors que sur terre ce sont les yaks par millier qui mouchètent les prairies. C’est le temps de l’alpage . Les tibétains ont monté leurs tentes pour la saison d’été et avec eux les moutons, les chèvres et ces curieux et sympathiques yaks. Majestueusement, ce peuple mènent leur troupeau à cheval et les voir cavaler à travers champs rend aux dimensions du lieu toute sa grandeur.

 

Ne savant pas trop comment fonctionne les appartenances au terrain et celui-ci étant fortement occupé par ces campements saisonniers nous irons à différentes reprises à la rencontre des familles vivant en tentes. Nous leur demandons si nous pouvons nous installer non loin d’eux. La communication est facile et pour eux cela paraît naturel de vouloir planter sa tente. C’est ainsi que nous nous réveillerons dans la brume entourés de yaks ou que nous goûterons à certaines spécialités telles que le beurre de yak et son mélange appelé « Tsamba » qui consiste à mélanger le beurre de yak avec de la farine de blé et de l’eau ; ou encore goûter à ces nouilles super piquantes dès le réveil ou tous ensemble nous émettrons un son inspiré très fort afin de laisser sortir le feu et tenter de rafraichir nos lèvres et bouches qui brûlent.

Au fur et à mesure de notre ascension les courbes deviennent plus douces autour de nous, nous sommes en moyenne à 3’400 mètres, bientôt c’est sur un plateau couvert d’un tapis verdoyant parsemé de fleurs des champs que nous arrivons, contrasté par cet immense ciel bleu dans lequel les nuages balayent. Le parfum des fleurs, cet air si pur, ce calme. Le sol est truffé de petits trésors, oiseaux, marmottes, edelweiss… Les familles tibétaines quant à elles poursuivent leur activité du moment : la tonde ! Un à un les animaux y passent. 

 

C’est plaisant… mais un soir pourtant nous vivons la plus grande frayeur jamais vécue jusque là… la crépuscule arrivant, nous trouvons un endroit idyllique pour poser la tente, près d’un ruisseau d’eau, bien à l’abri des regards. Ce lieu toutefois peut sous certaines conditions représenter un grand danger que nous avions quelque peu lésiné. Nous nous sommes donc mis au couvert des vents violents qui peuvent régner à ces altitudes au pied d’une grande falaise de terre. Ce vent justement porte avec lui la fraîcheur de la pluie, ainsi à peine le repas fini nous nous blottissons dans la tente. Soudain, commence quelques éclairs au loin, puis un orage de toute puissance semble s’approcher à toute vitesse, et tout à coup il est là, déversant avec lui des tonnes d’eau et des rafales de vent à déraciner un vielle arbre. Chaque fracas décharges électriques de foudre semble traverser notre moelle épinière… nous sommes à 3’800 mètres, ce tonnerre est juste là, au dessus de nous… c’est si violent et bruyant. La peur, la puissance de la nature, l’eau qui rentre de partout, le sol de notre tente est baigné, on essaye de rester au milieu car sur tous les bords c’est trempé… le temps qui passe semble interminable. Les yeux fermés à attendre que tout s’arrête, que cela passe… mais c’est long… les flashs lumineux répétés à intervalle très courte et sans relâche viennent constamment interrompre notre noir intérieur dans lequel nous tentons vainement de trouver un peu de calme, mais cette foudre à de si hautes altitudes porte sur nous l’inquiétude et chaque détonation fait trembler la terre… Sous ces pluies diluviennes on s’imagine la falaise à quelques mètres, on penses à tous ces gens qui comme nous vivent sous tentes aux alentours, les gens, les troupeaux dehors… on attend… puis finalement l’orage s’éloigne.

 

Le lendemain la nature est moite de la veille, mais gentiment des éclaircies apparaissent, car le vent toujours présent dans ces hauteurs soufflent si fort qu’il offre constamment des changements climatiques. Dans le ciel deux oiseaux à l’envergure immense montent dans le ciel, ce sont des vautours de l’Himalaya. Ils tourbillonnent lentement et gracieusement, plus ils vont vers le haut et plus ils deviennent petits, et gentiment se dissipent pour finalement disparaître dans la hauteurs de ces lieux.

 

Nous entamons doucement la descente. Des villages entiers aux drapeaux de prières, et quelques kilomètres plus loin un autre village aux maisons toutes neuves, sur lesquels sont alignés les drapeaux chinois.

 

En 2008, un fort séisme toucha la province du Sichuan que nous traversons actuellement. Nous approchons de l’épicentre de ce terrible tremblement de terre qui eu pour bilan plus de 70'000 morts, 18'000 disparus et 374'000 blessés (chiffres sources de wikipédia). Les dégâts sont de plus en plus voyants, jusque là nous avions pédalé sur une route impeccable et neuve. A présent, c’est sur cette nouvelle Highway 213 en construction que nous devons avancer, car l’ancienne route que l’on peut voir à quelques mètres de là, de l’autre côté de la rivière, est soit complètement détruite ou alors recouverte de coulées de roche de montagne. Toute la vallée est en reconstruction et des panneaux nous rappellent d’autant plus la catastrophe qui s’est déroulée sur le sol que nous foulons. Un sentiment très fort nous accompagne tout le long de cette descente, où nous mangeons de la poussière et devons pédaler si lentement à cause de l’état de la route et des constantes interruptions de la circulation. A cela, vient s’ajouter le vent violent de face qui tire dans les vallées, l’un des facteurs faisant que nos corps sont complètement recouvert dès les premiers kilomètres de cette poussière grise.

 

Des villages de travailleurs se sont bâtis tout du long. Allant des simples tentes grégaires au alignement d’habitations cage à poule.


Toujours plus bas… toujours plus peuplé, toujours plus chaud. La végétation change, des cultures en pente de poivre sichuanais, du chanvre sauvage à profusion, parfume l’environnement. Le bambou devient forêt, les papillons aux couleurs vives tourbillonnent. Les hans sont de plu en plus présents alors que les tibétains le sont de moins en moins.

 

La plaine d'en bas

L’arrivée est lente, les kilomètres s’enchaînent tout comme la fatigue. Pédaler dans ces métropoles vous met dans un espèce d’automatisme, avancer avec le flux, le bruit, le traffic, avancer toujours droit devant espérant soudainement parvenir dans le cœur de la ville.

 

Nous avons déjà pédalé quasiment 100km et la journée a démarré tôt. Malgré cette fatigue il est important de rester concentrés à chaque instant dans ce traffic incessant. Malheureusement, une seconde d'inattention de la part de Davide lui fait avoir un accident heureusement pas grave. Il a roulé de pleins fouets dans un gros tuyau en béton. Résultat: rien de cassé mais son cadre s'est déplacé de quelques centimètres, engendrant que son porte-bagages avant est disposé sur la fourche de façon anormalement penchée. On poursuit la route car outre ce petit incident de parcours tout va bien et bien des kilomètres sont encore à parcourir.

 

Dorénavant c’est par centaines que nous traversons les feux verts sur ces pistes cyclables pour toutes les diversités de 2-3 roues. On se mélange à cette masse de milliers de cyclo-moteurs et cheminons dans cette ville de plus de 9 millions d’habitants sans vraiment savoir où nous allons car les signalétiques sont pour nous d’une quasi-totale inutilité. Capitale de la province du Sichuan, Chengdu est la ville emblème du panda, nous y voilà. La nuit tombe et on atterri dans une superbe auberge de jeunesse, au décor tek, et à l’ambiance très chaleureuse et détendue.


Tout autour de nous, la lumière artificielle s’exhibe et nous plonge à nouveau dans ce mouvement permanent d’un monde frénétique avide de consommation matérielle. Nous voilà redescendus et devenus l’un de ces acteurs d’un consumérisme massif et superflus.

 

 

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Commentaires: 7
  • #1

    Chiara Del Ponte (vendredi, 13 avril 2012 09:03)

    Magnifico.Ho letto tutto, complimenti a che scrive. Vi invidio il vostro coraggio, la vostra voglia di conoscere, di vivere diversamente , di amare.....Godete più che potete di queste esperienze, la vita corre così veloce che bisogna APPROFFITTARNE!!!!Sono parole banali, ma è così e bisogna continuamente ricordarsene. Le foto sono STUPENDE. Ero preoccupata del vostro lungo silenzio, ho chiesto vostre notizie al fratello Luca, che mi informava.Bravi, coraggiosi ed intelligenti!!!Accettate il mio abbraccio, penso potrei esser vostra nonna. Chiara

  • #2

    Lorenzo (vendredi, 13 avril 2012 09:24)

    Grazie per i meravigliosi momenti che ci fate vivere con le vostre testimonianze! Continuate così! Ogni tanto ci colleghiamo anche con Bea e Giuliano per avere aggiornamenti su di voi.
    Un caro saluto. Lorenzo da Torino.

  • #3

    Costas Kouremenos (vendredi, 13 avril 2012 11:03)

    Sur la premie`re photo, apre`s l'entre'e au Xinjiang, l'inscription en caracte`res chinois rouges sur la maison ochre dit (selon mon chinois modeste):

    "Re'alisons le projet d'habitations antiseismiques, au be'ne'fice du peuple de toutes les ethnies frontalie`res"

    Salutations!

  • #4

    Christian (samedi, 14 avril 2012 00:25)

    Excellent ce début de voyage en Chine. Des paysages incroyables et encore une belle histoire à suivre.
    Faites nous rêver, on adore !

    Bonne continuation

  • #5

    Antonio ex Tony (samedi, 14 avril 2012 10:42)

    Bon Bon Bon, ça en fait du chemin parcouru!
    Et le chemin intérieur vous en parlez pas beaucoup ca m'intéresse tu sais bioen je suis curieux...
    Je vous embrasse.

  • #6

    andreino (dimanche, 15 avril 2012 13:26)

    roba ottima! che sforza!
    quando torni ti faccio il culo a scacchi e anche a gamba di ferro

  • #7

    Viviane (mercredi, 30 mai 2012 22:10)

    J'ose espérer qu'un jour tous ces magnifiques commentaires, descriptions et photos donneront vie à un livre ....
    J'aime beaucoup la Chine et vous suivre sur ces chemins me rappelle de magnifiques souvenirs ....... merci!
    Bonne route !
    Viviane (amie de Carmen)