Un pied au Kirghizistan

Période de voyage: fin juin 2010

Ici commence la grande descente ou finit la grande montée... en tout cas un soulagement pour qui va et qui vient.
Ici commence la grande descente ou finit la grande montée... en tout cas un soulagement pour qui va et qui vient.

Vous souvenez-vous? On était resté au bouquetin... Qu'est-ce qui se passe après?
Après, c'est la descente, longue et raide, plus de 1000 mètres de dénivelée entre le Tadjikistan et le Kirghizistan. Malgré ce froid particulièrement... froid, on ne peut pas s'empêcher de penser à la chance que nous avons de ne pas faire cette route en sens inverse... Avec les mains congelées serrant fermement les freins nous dévalons toute cette pente, sans perdre de vue le vol des grands rapaces qui dominent ces montagnes, demeurent si attrayantes et si sévères... Nous quittons ainsi la chaîne du Pamir par son extrémité nord-est. Tout en bas, après une vingtaine de km, le poste de frontière kirghiz. La situation à Osh semble s'améliorer vu que la porte est ouverte mais il faut être prudent car l'instabilité politique peut facilement engendrer l'abus du pouvoir par les plus forts et autoritaires...

 

Les montagnes du nord du Pamir, vues depuis la prairie kirghize aux environs de Sari-Tash
Les montagnes du nord du Pamir, vues depuis la prairie kirghize aux environs de Sari-Tash

Verte est la plaine...

Une fois entrés dans le pays, une vaste plaine verdoyante s'ouvre devant nous. Le soleil réchauffe l'air et exalte les couleurs. Ce vert... nous nous rendons compte à quel point il nous a manqué après tous ces jours passés sur l'aride plateau du Pamir tadjik. Nous décidons d'en profiter pour cuisiner nos nouilles chinoises habituelles. Quelques yourtes fumantes sont visibles par ci et par là sur le pré moelleux. Soudain, des chevaux en liberté apparaissent et se joignent à nous pour le repas en broutant cette bonne herbe. Il y en a des blancs comme les montagnes à l'horizon.

... et froide est la pluie!

Les yourtes, habitations traditionnelles des éleveurs nomades kirghizes
Les yourtes, habitations traditionnelles des éleveurs nomades kirghizes

C'est bien ça, dès que nous nous remettons en route, il commence à pleuvoir. La route est une longue ligne qui s'écrase contre les montagnes à l'horizon. Nous devons traverser la plaine et l'immensité de l'espace visible nous donne une estimation trompeuse de la distance. Nous enfilons le minimum de nos tenues de pluie et nous lançons contre vent. Très rapidement l'averse se transforme en orage et nous nous retrouvons complètement trempes en plein milieu de la plaine. La route semble interminable, les km filent et le village de Sari Tash est toujours loin vers ces montagnes qui s'approchent trop lentement. Heureusement nous trouvons une sorte de bunker abandonné nous offrant un abri temporaire. Mouillés et refroidis nous nous comfortons avec le souvenir du repas au soleil d'il y a à peine 40 minutes...

L'averse terminée, nous reprenons le chemin. Peu avant Sari Tash, un défilé de camions de la Croix Rouge nous dépasse et prend la route pour Osh. Nous nous arrêtons au village pour acheter quelques provisions. Nous trouvons un petit magasin bien camouflé parmi les plusieurs baraques de cet hameau, vendant très peu de choses comestibles. Je ne vous dit pas quelle joie d'y trouver deux plaques de chocolat empoussiérés! Le petit bonhomme derrière le comptoir se marre avec son copain du même mûr age en regardant nos maigres achats. Nous les quittons avec l'image de leur visages brûlés par le soleil et le froid d'altitude, les traits mongols accentués par l'effet du ricanement sous leur extravagant couvre-chef kirgizes, imprimé dans le coeur.

Deux minutes après j'enfonce mes dents dans le chocolat et, comme un chateau de sable asséché, il se brise dans ma bouche en dégageant une saveur plutôt non comestible. Comment vous décrire la déception du petit Suisse si loin de sa terre natale, frileux avec ses pieds mouillés, trahi par une de ses fiertés nationales? Et les deux bonhommes se marraient... En fait c'est un peu comme si on avait acheté une antiquité dans un musée alimentaire, vu la date d'expiration périmée depuis plus d'un an et demi...

Le tchai réchauffe les membres pour un moment et le coeur pour toujours

Mais quelques centaines de mètres après, deux conducteurs de camion tadjiks arrêtés en bord de route nous appellent avec la parole magique “Tchai”. On n'y pense pas deux fois! Nous sortons les biscuits achetés au musée et on partage ce moment de communion. Nous apprenons qu'ils se dirigent vers la Chine pour charger du matériel à amener au Tadjikistan. Nous ne les avons pas vus sur la route avant parce qu'ils ne passent pas par le plateau du Pamir, pour peur de tomber dans les pommes en conduisant à cause de l'altitude. Nous cueillons donc l'occasion de leur demander un passage jusqu'à la frontière chinoise. Sans hésiter ils acceptent et repartons ensemble. Mais le soir approche et nous nous arrêtons une vingtaine de km après pour manger quelques chose dans une gargote sur la route, refuge pour conducteur de camions et constructeurs de routes locaux. 

Les travailleurs kyrghizes viennent poser des questions aux conducteurs tadjikes et se mettent à discuter sur les désordres (ou la guerre) à Osh. Je dois dire que ces gens ne m'inspirais aucune confiance, en particulier l'un d'entre eux qui continuait à jeter ses yeux sur Laeti et poser des questions de façon insistante. Heureusement nous étions avec ces deux hommes qui avaient l'air en ordre, plus encore deux autres arrivés plus tard. Pour la nuit, Shapiro, celui de gauche dans la photo, nous dit de bien fermer la porte à clé du camion (on dort dedans). Lui, passera la nuit dans un autre camion.

La nuit est froide et malheureusement nous avons nos affaires dans les sacoches, enfermés dans le container du camion avec les vélos... et nous jugeons trop tard pour aller réveiller Shapiro pour nous ouvrir. Dans la cabine du camion il y a deux couchettes, A CASTELLO (en étage), impossible d'y dormir à deux dedans. Je donne ma polaire à Laeti car en ce moment-là je n'avais pas froid... La situation change plus tard dans la nuit... Finalement je décide d'enlever le fin matelas da la couchette et de l'utiliser comme couverture. ça a marché étonnamment bien car je n'ai vraiment pas eu froid. Mais on ne peut pas dire de même pour Laeti; même avec ma polaire elle a souffert un petit peu...

Le lendemain nous reprenons la route en camion. Elle est en très mauvais état mais le paysage est magnifique. En quelques heures, nous sommes au poste frontière kyrghiz. Nous saluons nos amis et continuons à vélo. Sortis du Kirghizistan, il faut monter un petit peu et soudain nous nous retrouvons devant une énorme grille colorée. Les Portes de l'Empire du Milieu sont là devant nous, fermées...

 

Pas de diaporama cette fois car pas de photos...

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Maryse & Damien (mardi, 10 avril 2012 21:11)

    Ouiiii ! Encore des histoires!
    Même avec l'effet flashBack c'est trop bon de vous lire.
    Grros bisous de Genf, ou l'hiver s'étire.
    Les feuilles et les jonquilles sont dans les starting blocks... mais ca dure.
    :-)